Il serait temps !

Publié le par Bernard Bonnejean

 

de savoir à qui vous avez à faire !

Bernard Bonnejean, né le 10 juin 1950 à Ernée, dans le département de la Mayenne, est un écrivain français, auteur d'ouvrages critiques et biographiques, spécialiste de la poésie française des XIX et XXe siècles.  Ses analyses, souvent remarquées, portent notamment sur les poètes catholiques d'une période que Jean Calvet a appelé le Renouveau catholique des lettres.


Enfance et jeunesse

Bernard Bonnejean est le dernier d'un famille d'origine picarde du côté maternel et bourbonnaise du côté paternel.  Ses ancêtres paternels forment une longue lignée de maréchaux-ferrants et de forgerons, la plupart anciens Compagnons du Devoir. Profondément attachés à la République, une légende familiale raconte que l'un d'eux fut enterré de nuit, escorté par des Maçons, un œillet blanc à la boutonnière et portant un haut-de-forme noir. En guise de corbillard, une brouette aurait servi à transporter la dépouille. La famille, à défaut de preuves, n'a jamais ajouté foi à cette triste mascarade. En revanche, la mère de Bernard est fille d'une famille d'ouvriers agricoles pauvres des grandes plaines picardes. Le grand-père maternel ne savait ni lire ni écrire et c'est son épouse qui lui lisait le journal. Son mari en souffrit tant qu'il n'eut de cesse d'assurer une instruction élémentaire à ses nombreux enfants. Du côté picard, la famille connut trois invasions germaniques. Les trois se soldèrent par un exode. Les parents de Bernard Bonnejean furent contraints de prendre la fuite lors des événements de mai 1940. C'est de la débâcle lors de la seconde guerre mondiale que Bernard doit sa naissance, le 10 juin 1950, à Ernée dans la Mayenne. 

Les parents décidèrent d'y rester jusqu'en 1959, peu avant que Maurice, le père, ne prenne sa retraite de l'arsenal du Mans en 1960. Il travaillait comme forgeron hautement qualifié à l'ERGMAU. La famille Bonnejean s'installa alors à la CILOF, près de la gendarmerie du Mans, puis en 1961, avenue Jean Jaurès. Le père, secondé par son épouse, faisait office de sacristain de la paroisse Sainte-Jeanne-d'Arc de Coëffort sous l'autorité du chanoine Christian Briand, l'un des restaurateurs de ce chef-d'œuvre de style plantagenêt. Bernard fit ses études au gré des déménagements : à l'asile d'Ernée (école maternelle) ; à l'école primaire Saint-Joseph d'Ernée ; puis au collège Maupertuis au Mans, à la Psalette de la Cathédrale du Mans, à l'école Notre-Dame de la Flèche, et enfin dans un lycée catholique de Laval, chef-lieu du département de la Mayenne, où la famille revint s'installer définitivement en 1965. 

La carrière professorale

Sans en éprouver aucun complexe, Bernard Bonnejean fut professeur avant de commencer ses études, comme le permettaient les lois de l'époque, appliquées à l'enseignement catholique. Après avoir obtenu son baccalauréat, en 1968, il fut immédiatement nommé, sans autre préparation, instituteur stagiaire, de 1968 à 1970, exerçant les fonctions de professeur au collège Notre-Dame de Villaines-la-Juhel. Le maire d'alors était l'un des cosignataires des accords d'Evian : Robert Buron qui deviendra par la suite maire de Laval. 

Il y fera aussi la connaissance de l'une des administratrices du célèbre théâtre parisien de la Huchette, où l'on donne traditionnellement La Leçon et La Cantatrice chauve d'Eugène Ionesco. Le célèbre dramaturge a d'ailleurs résidé dans ce département en 1918 et 1919, en pension chez sa sœur à La Chapelle Anthenaise. Il en aurait d'ailleurs gardé un excellent souvenir.

Fin 1970, Bernard Bonnejean, sa demande pour la Coopération en Libye ayant été refusée en toute dernière minute à cause de son trop jeune âge (en réalité, les premières frasques de Khadafi indisposaient le Ministère), est incorporé dans l'Infanterie de Marine, au 3ème RIMa de Toulon. Après y avoir fait ses classes, il part pour deux courts séjours à la Guadeloupe, puis à la Martinique avant d'être envoyé pour une année environ en Guyane française au Quartier Loubère de Cayenne. Il en rapportera une expérience exceptionnelle acquise près des autochtones, descendants d'esclaves, marrons, chercheurs d'or, derniers survivants des bagnes, indiens de l'Inini et quelques Brésiliens. Il y confirmera sa conception universelle d'un monde unifié et cosmopolite, d'abord proche d'une conviction libertaire en partie innée et renforcée par mai 68, puis de plus en plus ordonnée au fur et à mesure que l'Église y prendra sa place.  

À son retour de Guyane, il est nommé directeur remplaçant de l'école primaire privée de Saint-Pierre-la-Cour. Il y acquiert son premier diplôme professionnel : le CAP, Certificat d'aptitude pédagogique à l'enseignement primaire, obtenu en 1972. En 1973, il est nommé au Collège Notre-Dame où il restera près de vingt ans, d'abord en tant que professeur d'enseignement général de collège (PEGC) en français et en histoire, puis en tant que professeur certifié de lettres modernes (CAPES). Les temps ne se prêtant guère à l'hyperbureaucratie actuelle, ses spécialités ne l'empêcheront nullement d'enseigner jusqu'à onze matières différentes dont le sport, la musique, le dessin et... la géologie. En 1990, nouveau certifié, il est tenu de ne plus enseigner que les deux matières de sa spécialité : le français/lettres et le latin. Il ne sera jamais à même de faire goûter le grec ancien à ses élèves, malgré le combat d'arrière-garde d'une Jacqueline de Romilly, pour ne citer que l'un de ses plus ardents défenseurs. De 1990 jusqu'à la fin de sa carrière, en 2004, il enseignera donc dans un lycée polyvalent catholique de Laval (enseignement général, technique et professionnel), aux postes de professeur principal et de coordonnateur de niveau. Il donnera aussi des cours en BTS et des cours de formation à la préparation du CAPES aux jeunes futurs maîtres des Pays de Loire de l'Académie de Nantes (Mayenne, Sarthe, Maine et Loire, Loire Atlantique et Vendée). Sa réussite à l'agrégation de lettres modernes en 1995 sera, en quelque sorte, le couronnement d'une carrière personnelle et professionnelle assez remplie. 

Sans être autodidacte à proprement parler, ce fils d'ouvrier n'aura dû ses réussites universitaires qu'à des études entièrement financées avec ses émoluments de professeur. Rien d'étonnant, donc, qu'il ait mis tant de temps à réussir ce que d'autres ont obtenu peu après leurs vingt-cinq ans. 

Le militant

Conjointement, en lien étroit avec sa mission d'enseignant, Bernard Bonnejean  fut aussi responsable de Commissions et d'Associations loi 1901 à but non lucratif. Il fut l'un des membres fondateurs de l'AMEP, Association Mayennaise d'Echange et de Partage dont il fut le secrétaire pendant plus de vingt ans, de 1972 à 2000 environ. Un professeur camerounais, Geneviève Tjouès, s'était aperçue que nombre de ses élèves filles élevaient seules leurs enfants et n'avaient d'autre choix que d'être entretenues ou exploitées par des souteneurs. Elle décida de reprendre des études de couture à Laval pour devenir formatrice. Il lui fallait aussi des capitaux. C'est dans ce but que fut créée l'association. Madame Tjouès rentra dans son pays munie du diplôme de couturière et devint directrice d'un établissement mixte, à la fois collège d'enseignement général et atelier-école de couture. Un industriel lavallois, trésorier de l'association, lui fournit les machines à coudre. Les jeunes-mères célibataires devaient y acquérir une profession et ainsi gagner leur autonomie financière sans être contraintes à la prostitution. 

Geneviève Tjouès fit parallèlement une carrière politique qui la mena à la députation de la Sanaga Maritime puis à la Condition féminine dont elle fut nommée responsable nationale du Cameroun. L'AMEP, ayant constaté qu'elle avait mené à bien la partie du projet qui lui incombait, est aujourd'hui dissoute.

En outre, dès 1990, Bernard Bonnejean fonda le LYPO, Lycée en Poésie, chargé de promouvoir les talents poétiques des adolescents et des adolescentes et de leur permettre une libre expression des sentiments que seule permet la poésie. Il fit en sorte de faire participer à la rédaction des poèmes, à celle d'un bulletin, à la constitution du jury, aux réunions trimestrielles et aux prix attribués, l'ensemble de la communauté éducative : lycéens et lycéennes, étudiants de B.T.S., membres des associations de parents d'élèves, professeurs, membres du personnel d'éducation, direction, CDI... L'expérience fut assez concluante pour qu'elle se poursuive bien après son départ de l'enseignement.

Le chercheur et l'écrivain

A l'origine

Il n'est pas d'écriture sans motivation. En outre, il est rarissime que ce soit les institutionnels qui imposent le thème d'une recherche universitaire. Ici, je passe de l'autobiographie à la troisième personne aux confessions à la première. Dans le paragraphe Le militant vous vous attendiez sans doute à y voir inscrites mes convictions religieuses.

En réalité, elles sont relativement récentes. Bien que je puisse me vanter de ne jamais avoir été anticlérical, mon tempérament et ma nature me portaient plutôt vers un théisme libertaire. Vous me rétorquerez sans doute l'originalité de cette posture ambiguë : un professeur de l'enseignement catholique incroyant. En fait, mai 68 a permis pendant longtemps ce type d'anomalie. En 1990, l'année où j'obtenais mon CAPES ma mère décéda subitement d'une rupture de l'aorte. Je n'avais cessé de me moquer de sa dévotion à sainte Rita de Cascia, patronne des causes perdues. Ses prières, me disait-elle, étaient dite à mon unique intention. L'événement de sa mort, peu étonnant en soi, fut immédiatement suivi d'une multitude de signes qui me conduisirent à une véritable conversion, sincère et, j'en suis certain, irréversible. 

La thèse et de doctorat

Le fait est que je n'eus pas à chercher sur quoi porteraient mes travaux. J'avais connu, quelques années auparavant, le Professeur Steve Murphy, spécialiste de la poésie du XIXe siècle et notamment de Paul Verlaine. Cet agnostique d'origine britannique anglicane fut quelque peu épouvanté quand je lui appris que je comptais écrire un mémoire de DEA sur le poète devenu prêtre catholique Louis Le Cardonnel. Il invoqua la neutralité laïque de l'Université pour justifier son refus. Très vite, cette idée initiale apparut assez fumeuse. Je fus ensuite tenté de travailler sur la stylistique des écrits de Bernard de Clairvaux, mon saint patron. Mais il m'aurait alors fallu me remettre au latin à un très haut niveau et changer une nouvelle fois de filière. Maître en lettres classiques (français-latin-grec), je m'étais spécialisé en lettres modernes. Me vint enfin l'idée de travailler sur ce que je savais le mieux pour l'avoir pratiqué et fait pratiquer : la poésie. Il me fallait en outre mettre mes convictions au service de la recherche. Et je proposais à Steve, le pauvre homme, un mémoire sur Les poètes catholiques français de 1870 à 1914. Je ne suis toujours pas revenu de son acquiescement, courageux et inattendu. 

Le DEA me conduisit logiquement au doctorat et à l'écriture d'une thèse  : Les Poètes français d'inspiration catholique (1870–1914), 2 vol., (695p.), dont vous trouverez les références ci-après. La thèse fut présentée devant un jury composé de M. le Professeur Pierre Brunel, Président de Paris-IV-Sorbonne, Président du Jury, de MM les Professeurs Denis Huë, médiéviste à l'Université de Rennes II Haute Bretagne, Henri Scepi de l'Université de Poitiers et Steve Murphy de Rennes II. Le jury m'accorda la plus haute distinction pour mes travaux : la mention très honorable avec félicitations du jury, lequel me recommanda vivement de faire paraître ce résultat de mes recherches chez un bon éditeur. 

Je commençai par m'acquitter d'une dette envers ma grande amie, Thérèse de Lisieux, en écrivant un ouvrage sur son œuvre poétique puis je m'enquis d'un éditeur possible qui reste, jusqu'à aujourd'hui, le plus important dans le monde sur les questions catholiques : les Editions du Cerf, dont la maison-mère est à Paris, mais qui possède de nombreuses succursales à l'étranger. 

Résumé bibliographique

• Deux recueils de poèmes, un aujourd'hui détruit ou disparu, sous le nom de Bernard Lescure, Un Quidam, La Pensée universelle, Paris, 1975 et un inédit Les Éclusiers sur le méandre

• Plusieurs poèmes primés dans des concours divers. 

• « Le Verlaine de Guy Goffette », Revue Verlaine n° 5, 1997.

• « Liturgies intimes, un recueil à redécouvrir »Spiritualité verlainienne, Actes du colloque international de Metz, (novembre 1996), Klincksieck, 1997 (ISBN 2-252-03171-9).

• « Huysmans avant À Rebours : les fondements nécessaires d'une quête en devenir »Le Mal dans l'imaginaire français (1850–1950), éd. David et L'Harmattan, 1998 (ISBN 2-7384-6198-0). 

• Les Poètes français d'inspiration catholique (1870–1914), 2 vol., (695p.), thèse de doctorat, Université de Rennes-II, 2003 ; Lille : Atelier national de reproduction des thèses, 2004.
• La 
Poésie thérésienne, Préface de Constant Tonnelier, Docteur en droit canonique et Chancelier de l’Évêque de Laval, Éditions du Cerf, Paris, 2006, II-292 p., (ISBN 978-2-204-07785-9), (FRBNF 40238743k).

La Thèse a été publiée en trois volumes autonomes

• Clio et ses poètesLes poètes catholiques dans leur histoire, 1870-1914, Préfacé par Dom Bertrand Gamelin, osb de l'abbaye de Solesmes, Éditions du Cerf, Paris, 2007, 354 p., (ISBN 978-2-204-08052-1)


• Le Dur Métier d’apôtre, Les Poètes catholiques à la découverte d'une réelle authenticité, 1870-1914, Préfacé par Olivier Bourdelier, Éditions du Cerf, Paris, 2009, 320 p., (ISBN 978-2-204-08053-8), (FRBNF 42011100g).

• 
Les Chemins d'un Éden retrouvé, à paraître aux Editions du Cerf.

Le Carmel chante la petite sainte

 

Voilà ! Ce qui est fait n'est plus à faire !

Bien amicalement,

Bernard 

Publié dans culture humaniste

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petite marie(marisol) 29/01/2012 00:09


c'est vrai que la chance sourit à ceux qui ont de l'argent mais..il ne fait pas toujours le bonheur même s'il peut y contribuer...pourtant il y a des personnes qui ont fait ou font de grandes
choses et qui sont restés et restent dans l'ombre parce qu'ils savent qu'au fond c'est dans les petites choses de tous les jours que l'on peut créer de grandes et belles choses...que l'on soit
fils d'ouvrier ou de prince,l'important c'est d'avoir une grande âme qui donne le meilleur de soi-même...en y mettant cette denrée rare qu'est l'amour dans ce monde si fade que les gens en ont
oubliés son goût si tendre et savoureux...vous n'êtes pas poète mais vous avez une grande âme et votre lumière habille beaucoup d'autres âmes autour de vous...moi je suis peut-être poète mais je
sais que j'ai encore beaucoup à apprendre chaque jour....Je vous remercie pour votre réponse et je vous souhaite une bonne soirée,Marisol

Bernard Bonnejean 29/01/2012 00:52



Je voulais dire, Marie, que vous êtes plus grande dame que je ne suis grand monsieur parce que vous êtes poète et pas moi. 

Vous dites que vous avez encore beaucoup à apprendre chaque jour. Vous serez vraiment très savante le jour où vous vous rendrez compte que finalement vous ne savez rien du tout.

Bises, Marie.  



petite marie(marisol) 28/01/2012 12:01


un grand merci Bernard pour ce partage de ton parcours,j'en suis ébahie! tu es un grand Monsieur,je te salue bien bas et sincèrement,bonne journée,Marisol

Bernard Bonnejean 28/01/2012 18:23



Ce très beau compliment, Marie, je le reçois de très bon coeur. Mais ce n'est pas le but recherché. 

J'aimerais seulement que l'on comprenne que dans notre cher pays de France il n'est nulle possibilité pour un fils d'ouvrier de faire connaître le bien qu'il a pu faire au moment du bilan. Sa
condition sociale ne lui permettra jamais de s'élever car, fût-il talentueux, bardé de diplômes, il restera fils d'ouvrier toute sa vie, faute d'un portefeuille garni.

Jean Sarkozy aura eu plus de succès malgré sa médiocrité en moins de temps qu'il n'en faudra à Mohamed Ben X, même boursier en khâgne à Henri IV, pour obtenir du travail à sa convenance et
correspondant à sa stature intellectuelle !  Jeannot est fils de Nicolas, Mohamed est fils de... on ne se posera jamais la question. 

L'égalité des chances ? Une fumisterie, une escroquerie !!!!

Marisol, vous êtes poéte, pas moi.

Bernard qui vous embrasse.