Hommage à Line

Publié le par Bernard Bonnejean

 

amateur d'une vie qui ne l'a pas épargnée


Elle s'appelle Line ? Non, mais elle demande qu'on l'appelle ainsi et ses désirs sont des ordres. Je viens de la quitter à l'instant, remontée comme une comtoise normande, prête à reprendre des activités révolutionnaires sur des souvenirs de barricades. Elle y croit dur, Line, moins à la révolution qu'à une évolution vers un mieux qui se fait attendre et auquel on a l'impression que ses contemporains ne croient plus.

L'homme est perfectible ; elle le sait, agit et pense en conséquence. Elle a finalement raison, notre Line. Savoir que l'homme n'a pas atteint la perfection, c'est se donner le désir, la volonté, ou simplement la possibilité de le voir un jour tenter d'y accéder.

Alors, elle rêve de révolution, Line. A soixante ans et quelques menues poussières. Et elle aime la vie. Comment je le sais ? Elle aime la musique et l'opéra comme les gens qui aiment la vie. Les grands airs. Ceux que les moins mélomanes des amateurs fredonnent sous la douche ou beuglent lorsqu'ils se croient seuls.

Mon premier cadeau est sans doute le plus connu. Il s'agit du Carmen de Bizet, l'air « La fleur que tu m'avais jetée », chanté par le ténor espagnol PLACIDO DOMINGO. C'est Teresa Berganza qui jouait le personnage de la cigarière. L'orchestre était placé sous la conduite de Pierre Dervaux :



  

Aujourd'hui on n'oserait pas avouer qu'on n'a pas vraiment d'attirance pour Carmen. Pourtant, à l'époque de Bizet, on lui préférait les « chefs-d'oeuvre » de ses confrères : Victor Chéri, Émile Paladilhe, Napoléon-Henri Reber, Fromenthal Halevy ou Ernest Guiraud, son ami. Les goûts et les modes...

Pendant que j'y suis, je voudrais en profiter pour faire un cadeau à un autre ami : Maurice H. Je ne le crois pas pressé de remonter sur les barricades, trop heureux sur son île bretonne, là où l'on respecte encore les valeurs traditionnelles. Même s'il n'est pas vraiment breton, l'ami Maurice, je le vois mal s'installer définitivement dans les miasmes parisiens. Enfin, il est possible que je me trompe.

Lui, préfère l'opéra italien. Eh bien, je vais lui faire un cadeau royal, digne de lui et que Line ne reniera pas. « E strano ! E strano », de Giuseppe Verdi, par l'Orchestre symphonique de Turin chanté par... Maria Callas en personne. 







La Callas disait d’elle-même : « J’ai eu le privilège de connaître une destinée extraordinaire. Je suis une créature du destin. Il s’est emparé de moi, il a tracé ma voie. Je ne m’appartiens pas mais suis le témoin extérieur de ma propre vie. »

Pour terminer, je voudrais profiter de cet hommage pour faire valoir mes droits à la provocation. Au fait, est-ce vraiment de la provocation  ? L'œuvre que je vais vous faire écouter, classée désormais dans la catégorie « opéra », est pratiquement reconnue comme classique. Il s'agit de
Die Dreigroschenoper / L'opéra de Quat'sous aussi réputé en France qu'en Allemagne. Parmi les chanteuses qui jouèrent le rôle de Mackie, les plus connues sont Lys Gauty et la grande Damia. Cette dernière chante ici la fameuse Mackie Messer / La complainte de Mackie enregistrée pour Columbia en 1931.





Tel était donc le devoir d'amitié que je m'étais promis de rendre. Et qu'on ne me parle pas de virtualité ni d'éphémère. Je sais fort bien qu'il me faudra bientôt chanter comme Rutebeuf :

Que sont mes amis devenus
Que j'avais de si près tenus
Et tant aimés
Ils ont été trop clairsemés
Je crois le vent les a ôtés
L'amour est morte
Ce sont amis que vent me porte
Et il ventait devant ma porte
Les emporta

Avec le temps qu'arbre défeuille
Quand il ne reste en branche feuille
Qui n'aille à terre
Avec pauvreté qui m'atterre
Qui de partout me fait la guerre
Au temps d'hiver
Ne convient pas que vous raconte
Comment je me suis mis à honte
En quelle manière

 

poesie-clebre--Pauvre-Rutebeuf.jpg


Que sont mes amis devenus
Que j'avais de si près tenus
Et tant aimés
Ils ont été trop clairsemés
Je crois le vent les a ôtés
L'amour est morte
Le mal ne sait pas seul venir
Tout ce qui m'était à venir
M'est advenu


Pauvre sens et pauvre mémoire
M'a Dieu donné, le roi de gloire
Et pauvre rente
Et droit au cul quand bise vente
Le vent me vient, le vent m'évente
L'amour est morte
Ce sont amis que vent emporte
Et il ventait devant ma porte
Les emporta


 

En attendant, profitons de ce qu'aujourd'hui nous donne et à Dieu vat !


 

Bernard Bonnejean

 

P.-S. : J'ai écrit cet article en hommage à une femme que j'aimais et qui aujourd'hui ne m'est plus rien. Son ami Maurice, mentionné ici, m'a traité de « lâche ». Pourtant, un lâche renierait cet hommage et l'effacerait. Je n'en ferai rien. Cette femme-là a existé pour moi et je réécrirais ce billet dans les mêmes termes s'il était possible de retrouver le même contexte avec la même personne. 

Publié dans poésie et chanson

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Fathia Nasr 23/02/2010 21:09


Je fais tant d'erreurs sans me rendre compte, je corrige l'erreur sur mon blog, merci de me l'avoir faite savoir, bises


Fathia Nasr 23/02/2010 19:54


Bonsoir Bernard, quelle coïncidence de trouver une de mes cartes virtuelles sur le net, la rose blanche est une de mes roses qui ont égayées mon coeur, Yann a contribué dans cette carte, car c'est
lui qui l'a crée, moi je n'ai fait que copier et coller le poème. J'aime les fleurs et j'en achète pour moi chaque semaine pour apaiser ma solitude, et j'en fais des cartes virtuelles avec l'aide
de Yann. Tu as raison de dire que je ne suis pas vraiment seule car ma mère et mon fils comblent ma vie, et ils sont les deux mes amours, et je suis heureuse avec eux, sans eux, je ne serai être
que triste et sans but dans la vie. Je vais voir l'article qui est en mon honneur, je te remercie en avance, bonne soirée, bises.


Fathia Nasr 22/02/2010 19:48


Bonsoir Bernard, merci de mettre cette carte virtuelle que j'ai complètement oubliée, je suis ravie de voir que tu l'as utilisée dans ton billet. Dans la chanson, les amis ne durent pas, la preuve,
j'avais tant d'amis, et amies, je ne revois plus personne, maintenant, je n'ai que des amis virtuels, et mes blogs, la solitude est affreuse, mais quelque fois, elle nous apporte tant de repos et
de soulagement. Pour la réponse de ma dernière lettre que je t'ai envoyée, tu peux me répondre en m'envoyant une lettre par poste ou un mail, mais il faut me le dire une fois que tu envoies pour
moi une lettre dans mon mail, car c'est rare que j'ouvre ma boite de réception, et beaucoup vont dans le spam, et je supprime tout sans vérifier car j'en trouve beaucoup, je te souhaite une bonne
semaine et merci de nous faire partager toujours des bons articles, bises


Bernard Bonnejean 23/02/2010 18:21


Un aveu : je ne te savais pas "l'auteur" de cette carte virtuelle que j'ai trouvée sur Internet. Elle m'a semblé belle mais j'avais aussi oublié que tu l'avais mise en page et illustrée. C'est la
preuve que tu as un vrai talent.

Ta solitude est affreuse, dis-tu. C'est un grand malheur. Comment peux-tu être seule avec ton fils et ta maman ? Comment va ta santé.

Je t'écris dès demain. Je n'ai que trop tardé.

L'article suivant celui-ci, je l'ai mis chez "les poètes immortelles" en ton honneur.

A bientôt,
Bernard


Fathia Nasr 22/02/2010 19:33


Bonjour mon ami Bernard, un très bon article, j'aime l'opéra, Carmen, c'est mon premier film que j'ai adoré dans ma jeunesse, je me souviens bien de ce film, et j'aime chanter la chanson " L'amour
est enfant de bohème ", je vais publier cette chanson ce soir sur ma page, car j'adore cette chanson, je te souhaite une bonne semaine, bises.


Bernard Bonnejean 23/02/2010 18:16


Merci, Fathia.
Pendant que j'y suis, pourrais-tu corriger la liste de tes blogs, s'il te plaît. A la place de "les romans de Bernard Bonnejean" (je n'en ai jamais écrit), il faudrait mieux écrire "les livres"
tout simplement.
Bises.


Sourour 21/02/2010 08:50


bonjour bernard je te remercie pour ton soutiene t ton aimable billet ainsi va la vie lle continue malgre tout et a Allah nous sommes et a lui nous retournons


Bernard Bonnejean 22/02/2010 12:38


Il n'y a vraiment que les politicards laïcisto-intégristes pour ne pas voir, amie Sourour, que chrétiens, judaïsants et musulmans, partageons les mêmes valeurs et les mêmes espérances. Vive Dieu,
vive Allah, vive D-ieu !!!

)ا قريبا, سرور. ان الميثاق الله يحمى!

Bernard


Liliane Stoltenberg 20/02/2010 02:28


Domingo, Callas, Damia (Macki Meser) Les chanteurs qui m'as suivi toute ma vie! Et Brecht, je l'aime, c'est un amour pour la vie.Les mots (les pensées) que tu as écris, Bernard,ils etaient comme
pommade pour mon àme blessé. Je trouve humour et amour dans tout ce que tu écris!! Merci, Merci, Merci!!!!!


Bernard Bonnejean 20/02/2010 23:56


Ainsi on aime Brech en Norvège ? Eh bien, je vous promets de vous en trouver et de vous dédier un de mes prochains articles. En français, Lili. Plus question d'anglais entre nous. L'anglais, c'est
pour les Anglais et les Nord-Américains. Les Bretons parlent français ou breton, mais rarement l'anglais, sauf lorsqu'ils sont obligés.

1ère leçon : le chanteur qui m'a suivie / les chanteurs qui m'ont suivie (suivie parce que Lili est une femme, donc féminin) ; m'a au singulier pour un chanteur /m'ont au pluriel pour plusieurs
chanteurs.

Et franchement, si l'un doit remercier l'autre, ce n'est pas à vous de le faire ! Donc merci et grosses bises,

Votre ami Bernard.


jacqueline-alix boissier-kane dite line 19/02/2010 14:39


bonjour bernard!!!effectivement comme tous gardois qui se respectent j'aime "carmen" ..mais mes gouts ne se bornent pas à cela.j'aime la musique classique et suis abonnée depuis 15 ans à
l'orchestre philarmonique de montpellier "le corum" ma mére était pianiste de concert protestante et radicale.je lis beaucoup.j'aime le théatre et apprécie l'instart de maurice
verdi,rossini,bellini etpuccini...j'ecris aussi des nouvelles que je fais lire à louyse quiest une amie dans la vie ainsi que sur face..un jour je te raconterais ma vie..un vrai roman de hall de
gare "collection arlequin"!!!hélas!!voila c'estpeu mais pour moi c'est beaucoup.je sais ce que c'est que d'avoir une rolex un enorme solitaire des fourrures et des robes de grands prix.je sais
aussi ce que c'est que de ne pas avoir un sou pour manger et payer ses factures .et je sais aussi comment on peut se contenter de peu une fois l'orage passé..je suis née dans un foyer aisé mon pére
était négociant en vins catholique et royaliste..je fus une enfant gatée choyée et dorlotés puis une fois dans la vie seule j'ai eu entre les mains beaucoup de fric e t un schizophréne pour
mari..la suite une autre fois si le coeur ..saches que je fus mariée une premiére fois 3 mois divorcée e t remariée puis séparée au bout de 3 ans pour cause de folie ruinée etc..merci pour le poeme
de rutebeuf que je connaissais chantepar ferret.merci pour ton ecrit ..merci et à plus amitiés line k.


Bernard Bonnejean 20/02/2010 23:48


Votre maman, chère Line, était pianiste de concert protestante et radicale. Quelle différence faites-vous entre une pianiste protestante et radicale, une pianiste catholique et moderniste, une
pianiste agnostique et juive froom, et un trompettiste de jazz noir et démocrate ? Je vous fais un peu marcher, comme LouYse parfois, qui est aussi une amie. Je ne voudrais pas abuser, mais
j'aimerais lire une nouvelle de vous, pour voir, juste pour voir, parce que j'aime les talents neufs. Quant aux milieux que vous avez fréquentés, je n'en connais pas un. Sauf bien sûr celui de
Ferré, de Rutebeuf et des artistes. (Et les royalistes aussi, mais chut, faut pas le dire !!!). Amitiés, Bernard.