Histoire de poètes (8)

Publié le par Bernard Bonnejean

 

 Jammes et Ghéon, initiateurs de l’idée

d’une poésie catholique (suite)

 

A la Renaissance, Ronsard, abandonne pour un temps la source mythologique pour proclamer, dans l’Hercule chrétien, qu’il est inconvenant à des poètes baptisés de chanter autre chose que la grandeur de la foi et le nom du Christ.



Mieux encore, il tentera de démontrer que le mythe d’Hercule n’est autre chose que la figure, un peu grossière, de la mission du Rédempteur ; d’où la conclusion, bien avant Chateaubriand, que les mystères chrétiens sont bien supérieurs aux mystères païens :


 

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Est-il pas temps désormais de chanter

Un vers chrestien qui puisse contenter

Mieux que devant les chrestiennes oreilles ?

Est-il pas temps de chanter les merveilles

De notre Dieu ? et toute la rondeur

De l’univers rempli de sa grandeur ?

Le payen sonne une chanson payenne,

Et le chrestien une chanson chrestienne.

Le vers payen est digne des Payens,

Mais le chrestien est digne des Chrestiens,

Doncques du Christ le nom très sainct et digne

Commencera et finira mon hymne...

 


 

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Et Robert Vallery-Radot, qui publie cet extrait dans son Anthologie de la poésie catholique de Villon jusqu'à nos jours, proclame lui aussi, citant Claudel au passage, l’urgence d’un retour à la poésie sacrée, contre la domination d’une poésie agnostique ou athée, voire vaguement spiritualiste :

 

La poésie est un don sacré ; on ne peut ni la profaner ni la dédaigner impunément. Il dépend d’elle qu’un peuple soit futile ou héroïque : elle oriente son amour.


Le rôle de l’art, nous écrivait un jour Paul Claudel, est d’autant plus important que le mal dont nous souffrons depuis plusieurs siècles est une scission beaucoup moins entre la foi et la raison qu’entre la foi et l’imagination devenue incapable d’établir un accord entre les parties de l’univers visible et invisible. Toute la représentation du monde (sciences, art, politique, philosophie) que nous nous faisons depuis quatre siècles est parfaitement païenne. Dieu est d’un côté et le monde de l’autre ; pas de lien entre les deux. Qui se douterait, à lire Rabelais, Montaigne, Racine, Molière, Victor Hugo, qu’un Dieu est mort pour nous sur la Croix ? C’est cela qui doit absolument cesser. "


Oui, il faut que cela cesse.

 

Henri Ghéon, à la suite de l’incident, cessera toute correspondance avec son ami Jammes jusqu'à la date de sa propre conversion, en 1916.

 

 

 

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Il semble d’ailleurs que ce soit Jammes qui ait rétabli le contact, à l’occasion de la parution de Foi en la France, poèmes du temps de guerre. Dans sa réponse à Jammes, datée du vendredi 23 juin 1916, Ghéon affirme déjà ce que sera sa règle d’écrivain catholique. Comme Jammes et Claudel, quelques années auparavant, il rejette l’Art pour l’Art. Pour le nouveau converti, l’art doit être mis au service des valeurs nobles : patriotisme, morale, religion.

 

Pour démoraliser à tout jamais ceux qui confondent le devoir de transmission du savoir et le pédantisme, j'offre à tous les étudiants, sur présentation d'une photocopie de la carte d'étudiant mise à jour, toutes les références des citations mises en notes dans mes dossiers. C'est ainsi que je conçois le prolongement, à la retraite, de ma carrière d'enseignant,

Bien amicalement,

Bernard Bonnejean


Copie et reproduction de ce texte sur demande expresse de l'auteur. Les étudiants ont la possibilité d'avoir accès aux références et aux notes, sur demande et présentation de la photocopie de leur carte d'étudiants à jour.

 

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