Gemma Galgani (X)

Publié le par Bernard Bonnejean

 

 

 

La petite perle de Lucques

 

A Gérard Lecouvreur...

      comprenne qui pourra 

 

Ste Gemma Galgani, Vierge Stigmatisée,

1878- 1903

 Biographie établie par la 

 

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1878 : Naissance le 12 mars à Camigliano, près de Lucques en Toscane. Elle est la cinquième d’une famille de 8 enfants. 4 de ses frères et sœurs mourront avant elle.

1885 : Elle reçoit le 26 mai le sacrement de confirmation. Elle a sept ans. Sa mère meurt en septembre. Au cours de sa première locution surnaturelle, Jésus lui en avait demandé la permission.

1887 : Elle fait sa première communion le 19 juin, jour de la fête du Sacré-Cœur de Jésus. Elle a neuf ans. C'est pour elle une expérience spirituelle intense : « En ces instants, je saisis que les délices du Ciel ne sont pas comme ceux de la terre. (…) Ce fut ce matin-là que Jésus me donna le grand désir d’être religieuse. »

1889 : Elle oublie un peu l’élan d’amour de sa communion, mais elle se distingue dans un amour sans borne pour les pauvres de la ville, vidant la maison de son père pour eux. Elle a 11 ans. Elle reçoit une grande grâce intérieure : elle renonce à se soucier de ses vêtements et de son apparence extérieure.

1891 : À l’école des Zitines (sainte Zita de Lucques) depuis 1887, sa maîtresse, voyant son grand désir de connaître la Passion, lui en fait méditer tous les jours un point. Elle a 13 ans.

1894 : Mort à l’âge de 17 ans de son frère Gino, celui de ses frères et sœurs qui lui était le plus proche. Elle en a un immense chagrin et tombe malade quelque temps. Elle a alors 16 ans. Elle cesse de fréquenter l’école à partir de ce moment.

1896 : Nouvelles faveurs surnaturelles. Elle voit pour la première fois son ange gardien qui lui demande un plus grand dépouillement de sa coquetterie afin de devenir « l’épouse d’un Roi Crucifié ». Jésus lui fait comprendre fortement qu’elle doit devenir religieuse. Elle a alors 18 ans.

1897 : Mort de son père. Cette disparition laisse la famille dans une misère noire. Elle a 19 ans. Elle vit quelques mois chez une de ses tantes à Camaiore avant de revenir à Lucques pour fuir les prétendants.

1898 - 1899 : Gemma est atteinte d’une maladie « mortelle ». Elle est très entourée à cette occasion. Saint Gabriel de l'Addolorata lui apparaît pour la première fois. Tout le reste de sa vie elle aura un amour irrésistible pour ce saint passioniste qui lui était envoyé par Jésus pour l'aider à vivre la spiritualité de la Passion.

3 mars 1899 : Guérison miraculeuse de Gemma par l’intercession de sainte Marguerite-Marie Alacoque. Saint Gabriel de l'Addolorata lui apparaît chaque soir de la neuvaine pour prier avec elle. Commence pour elle une vie amoureuse quotidienne avec Jésus et une familiarité surnaturelle avec les saints. Elle est alors âgée de 21 ans.

Mai 1899 : Elle tente d’entrer chez les visitandines (Ordre de la Visitation), mais en vain. Tout le reste de sa vie sera dominé par le désir de la vie consacrée.

Jeudi 8 juin 1899 : Gemma reçoit la grâce des stigmates. Elle les reçoit le soir, c'est-à-dire à la vigile de la fête du Sacré-Cœur de Jésus qui se célébrait le lendemain. L’expérience dure jusqu’au vendredi à 15 h. Les stigmates se répéteront ensuite chaque semaine : du jeudi 20 h au lendemain 15 h.

25 juin - 9 juillet 1899 : Mission des Passionistes à Lucques. En allant les écouter, elle reconnaît l’habit de saint Gabriel. Jésus lui confie : « L’un de ces fils sera ton père ».

Le 8 septembre, malgré l’avertissement de Gemma, Mgr Volpi la fait examiner par le docteur Pfanner : le simple nettoyage des plaies fait disparaître les stigmates.

  En septembre les extases de Gemma commencent à être prises en notes : elle parle en effet tout haut dans ces moments.

1900 : Gemma est accueillie par la famille Giannini. Début de sa correspondance avec le père Germano en janvier. Ce dernier habitait à cette époque à Rome (jusqu’à la mort de Gemma). Première rencontre en septembre avec le père Germano qu’elle a vu en vision et qui devient son directeur spirituel. Elle a 22 ans.

  Entre juillet et septembre elle rédige son « Journal » sur ordre de Mgr Volpi. Le père Germano, qui avait conseillé à Mgr Volpi de faire cesser cette rédaction, demande cependant à Gemma de rédiger son « Autobiographie ».

1902 : À partir de la fête de la Pentecôte (le 18 mai) son état devient inquiétant. Jusqu’à la fin juin elle cesse de s’alimenter, ne prenant comme nourriture que la communion du matin et un peu d’eau. Elle a 24 ans. C’est une période d’intense « réparation » offerte au Sacré-Cœur et de particulière intercession pour le clergé. Le père Germano lui commande de prier Jésus de lui rendre la santé. Elle la recouvre à la fin juin, mais pour peu de temps : elle retombe malade 20 jours plus tard. Son rétablissement n’était qu’un signe temporaire destiné au père Germano.

  19 août : Mort de sa petite sœur Giulia (18 ans) qu’elle chérissait beaucoup. Giulia était la dernière (cadette) de la famille Galgani. C’est elle qui désirait le plus vivement le retour de Gemma en famille. Le 21 octobre, mort de son frère Tonino (Antonio, âgé de 22 ans).

  21 septembre : Apparition des premiers symptômes manifestes de la tuberculose.

Janvier 1903 : Elle est transférée dans une petite chambre d’un immeuble attenant à celui des Giannini. C’est là qu’elle meurt le 11 avril 1903, samedi saint, vers 13 h 30. Elle est alors âgée de 25 ans.

Mars 1905 : Arrivée des premières religieuses passionistes à Lucques pour fonder le monastère tant désiré par Gemma. Venues du monastère de Corneto, sœur Palmira Armelini et une autre moniale débutent la fondation. Il n’existe alors que deux monastères de moniales passionistes dans le monde : Corneto en Italie (fondé en 1771, aujourd’hui Tarquinia) et Mamers en France (fondé en 1872). Ce sont les moniales de Lucques qui gardent aujourd’hui le sanctuaire de sainte Gemma, comme cette dernière l’avait prophétisé un peu avant sa mort : « Les passionistes, dit-elle, ne m'ont pas voulu vivante ; mais elles m'auront morte ».

14 mai 1933 : Béatification par Pie XI.

2 mai 1940 : Canonisation par Pie XII.

Ste Gemma dans mes armoiries


 

Gemma Galgani inaugure mon blog. Outre qu'il a été ouvert sous son patronnage avec sainte Thérèse de l'Enfant-Jésus (haut-gauche), la Vierge du Sourire (haut-droite), sainte Bernadette de Lourdes (bas-gauche), Gemma (bas-droite), je n'ai réellement écrit pour l'Église que depuis que je la connais. Malheureusement cette bannière, dont l'original a été perdu, est très floue. Mais on peut encore en trouver des explications dans l'article intitulé : Une surprenante image (samedi 5 février 2009)


 

8.    DERNIERS MOIS DE

SAINTE GEMMA GALGANI

 

 

 

 

L

a santé de Gemma, après sa guérison miraculeuse de 1899, fut relativement bonne jusqu’à la Pentecôte 1902. Ce jour-là, elle reçut une ultime mission de Jésus : être immolée en expiation pour les péchés et les sacrilèges. Elle l’accepta et tomba aussitôt gravement malade. Le 9 septembre 1902, après une trêve de trois semaines, Gemma vomit du sang des poumons. Le père Germano se précipite vers Lucques au mois d’octobre. Il la trouve dans un état pitoyable, physiquement du moins, car elle a encore l’esprit vif et le courage nécessaire pour lui faire part de ses ultimes volontés dans les moindres détails. Elle insiste notamment – ce qui aura des conséquences un peu fâcheuses – pour qu’on ne touche pas à sa dépouille. Après une confession générale, le père Germano lui fait administrer les derniers sacrements. Des médecins appelés à son chevet finissent par diagnostiquer une tuberculose pulmonaire et s’accordent sur l’obligation d’isoler la malade. Le 24 janvier 1903, on porte Gemma dans un petit appartement loué par l’une de ses tantes. La séparation avec les Giannini est cruelle pour tous. Gemma finit par l’accepter, recevant sa solitude comme une grâce :

Seule avec Jésus seul !

 

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L

es biographes de Gemma ont intitulé le chapitre concernant les derniers instants de Gemma : « Calvaire ». En fait, Gemma participe au supplice de la Passion jusqu’au bout. Elle ne peut plus aller communier, ce qui la prive du réconfort qu’elle y puisait jusque là. Son estomac refuse tout aliment et son corps se ruine. Elle perd la vue et devient progressivement inaudible. Nous ne nous éterniserons pas sur les attaques du démon. On parle dans sa biographie de « furieuses attaques », de « guerre barbare », de « vestibule d’enfer », de « cruelles vexations extérieures », etc. Gemma y répond avec courage, sans jamais faillir ni faiblir. Alors que la plupart des malades paraissent légitimement tristes ou abattus, on remarquera chez elle l’absence de tout accablement moral, voire de plaintes, de soupirs ou de gémissements. Quand elle entend quelqu’un près d’elle remarquer qu’elle n’en peut plus, elle repartit aussitôt :

Si, si, j’en puis encore un peu.

En fait, comme elle l’avouera à une religieuse infirmière, elle ne veut rien précipiter, consciente que ses souffrances participent à la gloire de son Bien-Aimé :

Plutôt souffrir que d’aller [tout de suite] au ciel, lorsqu’il s’agit de souffrir pour Jésus et de le glorifier.

Elle aura fini sa vie en une admirable et humble prière ininterrompue, unie intimement au Père, à Jésus et à la Vierge, pleine de prévenance et de gentillesse pour ses visiteurs, de déférence et de gratitude pour les religieuses qui lui prodiguent les soins. Elle promet à tous de les récompenser pour le moindre service rendu :

Soyez bon chrétien, et n’en doutez pas, je penserai à vous. Quand je serai près de Jésus, je n’oublierai pas ce que vous faites pour moi.

 

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Marie-Madeleine de l'abbaye de Solesmes


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’agonie et la mort de Gemma sont en tout point édifiantes. Le Mercredi saint, 8 avril de cette année 1903, Jésus fixe le ciel en murmurant « Jésus ! Jésus ! ». À une religieuse qui lui demande si Jésus l’a consolée, elle répond :

Ô ma sœur, s’il vous était donné de contempler la moindre partie de ce que vient de me montrer Jésus, quelle jouissance serait la vôtre !

Le même jour, elle reçoit la communion, ce qu’elle n’a pu faire depuis le 23 mars, jour où elle s’est rendue à l’église pour le dernière fois.

Le lendemain, Jeudi saint, elle communie à nouveau et dans une extase voit la couronne d’épines qu’on a tressée pour elle.

Le Vendredi saint, au moment où sa garde-malade, exténuée, s’apprête à la quitter, Gemma la supplie ainsi :

Ne me laissez pas jusqu’à ce que je sois clouée à la croix. Je vais être crucifiée avec Jésus. Jésus m’a dit que ses fils doivent être crucifiés.

Puis elle est plongée dans un état extatique jusqu’à une heure et demie de l’après-midi. Un témoin l’a décrite ainsi :

Figurez-vous Jésus crucifié mourant.

Elle va continuer à souffrir le reste du vendredi, la nuit et le samedi matin. Ce jour-là, elle reçoit l’Extrême-Onction vers huit heures. Elle meurt ce Samedi saint, 11 avril 1903, à une heure de l’après-midi, en présence d’une jeune confidente appelée Euphémie, de Mme Justine Giannini, et de quelques personnes de la même famille après avoir proféré ces dernières paroles :

Maintenant, il est bien vrai que je n’en puis plus. Jésus, je vous recommande ma pauvre âme… Jésus !

Ses biographes ont souligné le fait que ne se trouvaient à ses côtés ni confesseur, ni directeur, ni Père spirituel et l’expliquent par une volonté de la Providence. Gemma avait fini par comprendre que le ciel voulait cette solitude forcée :

J’ai fait à Dieu le sacrifice de tout et de tous ; je ne demande plus rien. Maintenant, je me prépare à la mort. Le crucifix me suffit, avec un prêtre, pour m’assister à mes derniers moments.

 

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L'agonie (Gisèle-Anita Branchaud)


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ans les jours qui suivit le décès, les sœurs infirmières firent ce qu’elles purent pour honorer la défunte. On la vêtit de noir et on plaça sur son cœur l’insigne des Passionistes. On la couronna de fleurs et on orna son cou de son rosaire. On lui joignit enfin les mains sur la poitrine. Dès l’annonce de la mort, les visiteurs s’empressèrent, à commencer par les enfants Giannini accompagnés de leur famille. Le prêtre de la famille resta toute la journée de Pâques à prier et à pleurer dans la chambre mortuaire. Plusieurs ecclésiastiques, ainsi que quelques laïcs, approchèrent leur chapelet du front de la jeune fille. Tout le dimanche de Pâques fut occupé en gestes d’affection et de dévotion. Beaucoup devinaient, en effet, la sainteté de Gemma, avant même que l’Église ne se prononce officiellement sur ce point, comme ce prêtre qui devant la dépouille s’écrie :

Que vous êtes heureuse, Gemma, d’avoir su vivre comme les anges et mourir comme les saints !

 

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L

e soir de Pâques, on mit le corps dans un cercueil de bois qui fut porté, jusqu’au Campo-Santo, par l’aîné des fils Giannini, étudiant, un de ses frères et deux membres d’une confrérie de Pénitents. Après la cérémonie on descendit le cercueil dans une tombe du cimetière. Le corps sera exhumé deux fois : le 7 octobre 1908, puis le 4 septembre 1923, jour où l’on transporta les restes dans la chapelle des Passionistes. Ces mots furent gravés, en latin, sur une plaque de marbre :

Gemma Galgani, de Lucques, vierge très pure. Consumée par les flammes de l’amour divin plus que par la violence de la maladie, elle s’envola dans le sein de son céleste Époux, son cinquième lustre à peine révolu, le 11 avril 1903, veille de la Résurrection du Seigneur. – Veille en paix, belle âme, dans la compagnie des anges.

 

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O

n procéda ensuite à une autopsie qui, seule, permettrait de constater les signes corporels de la présence divine. Le cœur, rouge et vigoureux, après dix jours d’exhumation, présentait une forme anormale : aplati et dilaté, plus large que haut. Fait plus remarquable encore : un sang vif et très fluide en jaillit au premier coup de scalpel. Le chirurgien a aussi remarqué que trois côtes avaient été soulevées et arquées. Voici comment les biographes de la sainte ont expliqué ces phénomènes. Le style ampoulé du traducteur de l’italien ne doit pas troubler le lecteur au point de le faire douter :

Ainsi donc, ce cœur de Gemma, qui fut une fournaise de tant de flammes célestes et palpita d’un si pur amour de Dieu ; qui, trop à l’étroit dans sa cavité naturelle, souleva trois côtes en les incurvant fortement ; qui s’ouvrit une issue au dehors, dans la mystérieuse plaie du côté comme pour épancher l’excès de ses ardeurs ; qui brûlait les chairs avoisinantes, et dont on  n’approchait point la main sans éprouver soi-même une sensation de brûlure ; ce cœur de séraphin ne pouvait pas mourir !

Laissons de côté la forme pour ne retenir que l’essentiel, proféré par le Père Germano lui-même à l’issue de son témoignage :

Dieu m’avait ordonné […] de révéler au monde, par la publication de ces mémoires, la grandeur de son amour et de ses miséricordes envers sa Servante. [Qu’ainsi] de nombreuses âmes apprennent combien vous êtes bon, combien il est doux de n’aimer et de ne servir que vous seul, à l’exemple de la séraphique vierge de Lucques.

Ainsi le Père Germano, lui aussi, avait compris et avait été conquis par le « Jésus seul ! » si souvent proclamé par Gemma.

 

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À suivre...

© Bernard Bonnejean, 2006, mais vous pouvez vous servir en toute tranquillité. 

Publié dans religion

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