France, mère des arts

Publié le par Bernard Bonnejean

 

et du français

 

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Ordonnance de Villers-Cotterêts (août 1539),

instituant le français comme langue officielle en France.

 

art. 110. Que les arretz soient clers et entendibles
Et afin qu'il n'y ayt cause de doubter sur l'intelligence desdictz arretz. Nous voulons et ordonnons qu'ilz soient faictz et escriptz si clerement qu'il n'y ayt ne puisse avoir aulcune ambiguite ou incertitude, ne lieu a en demander interpretacion.

 

art. 111.De prononcer et expedier tous actes en langaige françoys
Et pour ce que telles choses sont souventesfoys advenues sur l'intelligence des motz latins contenuz es dictz arretz. Nous voulons que doresenavant tous arretz ensemble toutes aultres procedeures, soient de nous cours souveraines ou aultres subalternes et inferieures, soient de registres, enquestes, contractz, commisions, sentences, testamens et aultres quelzconques actes et exploictz de justice ou qui en dependent, soient prononcez, enregistrez et delivrez aux parties en langage maternel francoys et non aultrement.

 

Essayons d’être clair sans vexer personne.

Jusque dans les années 1970, les niveaux de langue, que par mesure de simplification on a réduits à trois, étaient surtout des outils de différenciation pour ne pas dire de discrimination. L’ouvrier ou l’agriculteur parlait un niveau de langue familier, voire patoisant, moins souvent argotique. Le rôle de l'éducateur parental ou institutionnel consistait entre autres à tenter d’élever les enfants dans l’échelle sociale en leur inculquant la notion de « correction ».

Une langue est toujours normative, c’est-à-dire qu’elle obéit à des lois, soient obligations, soient interdictions, comme l’orthographe d’usage et l’orthographe d’accord, les règles de conjugaison et la composition syntaxique, etc. Or, pour parler et écrire normalement une langue normative, il est nécessaire d’en avoir appris les principes essentiels. Autrement dit, jusque donc dans les années 70-80, bien parler français consistait surtout à en observer les normes. La fameuse dictée du certificat d'études, tant décriée, s'apparentait pour les classes populaires à un rite initiatique pas plus humiliant que beaucoup d'autres.

Seuls quelques individus que nous appellerons « l’élite » pouvaient s’échapper de la norme par le haut, ce qu’on appelle l’écriture artiste, la littérature, le style. Certains même ont feint de s'en échapper par le bas. Quand Louis-Ferdinand Céline écrit : « C’était bien ça qu’était le plus drôle, leur guerre à tous », il ne revient pas à la langue familière, il réinvente une langue à partir de celle qu'il connaît parfaitement. Il est écrivain en ce sens que l’écriture est pour lui fabrication d’une langue, d’un français qui lui soit propre. On reconnaît Céline entre mille, non pour ses idées, mais pour son style, imité bien qu'inimitable.  

Ce qui signifie que si moi, Hector de la Dorée, je dis à ma boulangère en allant chercher mon pain : « La magnificence des sommités florales de mon parc enfantin éclatait dans mon cerveau d’adulte comme autant de pierres précieuses », je passe pour un prétentieux ou un pédant. En revanche, si je réussis à glisser un tel galimatias  dans un feuilleton des Veillées des Chaumières, il est possible, mais fort peu probable, qu’une admiratrice m’écrira pour me féliciter d'employer le langage très soutenu, très travaillé, très littéraire d’un écrivain.

Et puis des pédagogos saboteurs sont arrivés, avec dans leurs dossiers en chemises de toutes les couleurs, l’ « égalité des chances ». Un jour on a entendu à la télévision, pour la première fois, le « bonjour » de Mourousi qui jeta un froid à la maison, un « je vous emmerde », puis un « bande de cons », prononcés non par d’humbles ouvriers qui s’évertuaient encore à endimancher leur langage, mais par une élite qui voulait se rapprocher du peuple. Les intellectuels, c'est bien connu, sont assez friands de ce travestissement. Une sorte de socialisme, si vous voulez, par la médiocrité. Le « il est interdit d’interdire » est devenu la loi générale même en langues.

Le premier président français à s’être essayé à « faire peuple » fut probablement le moins populaire, le plus coincé de nos présidents de la République. Giscard ne parvint jamais, à ma connaissance,  à dire un gros mot en public mais sa fausse humilité simili-prolétarienne puait la vulgarité : chaussettes de foot, petits airs d’accordéon dans des guinguettes de « fortune », invitations « surprises » chez des Français plus étonnés que vraiment contents, et le pire : une conduite de goret lubrique de ce faux aristocrate avec la princesse la plus merveilleuse que l’Angleterre nous ait donnée : lady Diana. Non, Giscard, elle n’était pas consentante : elle était malade !!!

Puis voilà notre Sarkozy, le moins démocrate de tous les démocrates, le plus oligarchique de nos gouvernants (que l’on me rende ce qui m’appartient : qui le premier a dénoncé la « démocratie occidentale » comme une escroquerie à échelle internationale, une oligarchie déguisée de nos pseudo-républicains ?) Commencer un quinquennat par un « pot » au Fouquet’s et une croisière sur un yacht ne faisait pas assez peuple : alors Sarko se mit en short et il fit son jogging devant une foule de journalistes qui se trouvaient là par hasard. Il les tutoya comme de vieilles connaissances, ce que je n'aurais jamais admis d'un de mes étudiants même majeur ! Et il se laissa tutoyer par des gamins pigistes pour s'assurer une popularité que du coup il perdit tout à fait. Le « short à Giscard » devenu « short à Sarko » n'était pas devenu magique.

La nouveauté fut surtout langagière. Une sorte de régression : « Casse-toi, pauv’con », « karchériser la racaille », et tout ce qu’on peut lire çà et là de ce qui, personnellement, ne me fait pas rire. Dire que naguère on alla chercher noise à de Gaulle à cause d'un « quarteron de généraux en retraite » qui ne faisait pas le compte !... Sarko alla même, — encore un fac-similé d'inélégance giscardienne —, jusqu’à faire inviter un comique chez le pape. Et quel comique ! On sait depuis les intentions ordurières de Bigard puisqu’il les aurait « confessées » publiquement. Les vrais catholiques apprécieront :  

« Le pape, j’en ai rien à branler. Mon désir était juste de visiter les fouilles sous la basilique : on venait de retrouver les restes de saint Pierre. Sarkozy, me présentant au Saint Père, lui a dit : “Jean-Marie est un homme de Dieu. Il donne aux bonnes œuvres.” Et il a rajouté : “Il est le seul humoriste à avoir fait rire les cinquante-deux mille spectateurs du Stade de France.”  SOURCE

Oui, la France a besoin d’une élite ! J’ai bien dit « élite », pas oligarques friqués sans âme ni culture !!! Le bling-bling ne réussira jamais à masquer l'ignorance. La culture est une richesse non monnayable ! Ils ont tué les belles lettres au bénéfice du tout-mathématique et du tout-commercial. On n'a jamais si mal parlé que depuis qu'on enseigne la communication !!!  

Que la gauche, si elle existe encore, saisisse la balle au bond ! Qu'elle comble cette béance laissée par une droite que l'on disait attachée à la morale et à la spiritualité, pas à la sacro-sainte finance ! Où est-elle la devise du réfectoire de ma jeunesse, enserrée dans un vitrail : « Dieu, premier servi » ?  

Il y a peut-être, en ce moment, sur les bancs d’école, un petit garçon, une petite fille, né de parents modestes, peut-être d'origine étrangère, qui regarde le monde avec émerveillement et sache traduire ses impressions en un beau français, ni soutenu ni alambiqué, mais habile, ciselé, assez ouvragé pour être plaisant à entendre. Comment Jaurès, comment de Gaulle, comment Brossolette, comment Pompidou, comment Mitterrand parlaient-ils lorsqu’ils étaient petits ? Ils avaient peut-être déjà conscience de devoir servir un pays par l’exemple, et non d’avoir la possibilité de s’en servir pour leurs besoins personnels.

Rendez-nous la France, rendez-nous le français !

Puissent Jacqueline de Romilly et Aimé Césaire, joailliers de la belle langue,  servir notre peuple en dehors des périodes électorales.  

« Le savoir est formateur et représente une liberté gagnée »,

Jacqueline de Romilly

 

Et surtout mon corps aussi bien que mon âme, gardez-vous de vous croiser les bras en l'attitude stérile du spectateur, car la vie n'est pas un spectacle, car une mer de douleurs n'est pas un proscenium, car un homme qui crie n'est pas un ours qui danse.
Cahier d'un retour au pays natal (1939)
Et surtout mon corps aussi bien que mon âme, gardez-vous de vous croiser les bras en l'attitude stérile du spectateur, car la vie n'est pas un spectacle, car une mer de douleurs n'est pas un proscenium, car un homme qui crie n'est pas un ours qui danse.
Cahier d'un retour au pays natal (1939)
 « J'ai plié la langue française à mon vouloir-dire »,

Aimé Césaire

Et surtout mon corps aussi bien que mon âme, gardez-vous de vous croiser les bras en l'attitude stérile du spectateur, car la vie n'est pas un spectacle, car une mer de douleurs n'est pas un proscenium, car un homme qui crie n'est pas un ours qui danse.
Cahier d'un retour au pays natal (1939)

Sarkozy, la revanche d'un cancre

Sarkozy_inquietant
Le mensonge et la manipulation seraient-ils à la base de la politique de notre président ? Un professeur de Paris X a enquêté sur le niveau d’étude et sur les supposés diplômes de Nicolas Sarkozy tel que l’annoncent son CV et le site internet de l’Elysée. Si ce qui est écrit dans l’article de ce professeur est vrai, Sarkozy aurait donc gonflé son CV et mentirait aux français sur ses réelles compétences. La politique de destruction du service public et notamment de l’Education Nationale telle qu’elle existe, pourrait provenir d’un échec personnel scolaire et universitaire non assumé et non digéré. Ci-dessous, le lien vers la Fondation Copernic qui a publié cet article en ligne :

La revanche personnelle d’un cancre sur le site de la Fondation Copernic

Mise à jour du 19 mars 2009 :

Par ailleurs, depuis la sortie de cet article, il semble que de nouvelles informations aient été diffusées par Paris X. Selon ces informations, N. Sarkozy n’aurait pas obtenu son diplôme en première ni deuxième session (où il ne serait pas présentéWinking, mais l’année suivante, par dérogation.

 

NON à la karchérisation des banlieues !

NON aux « casse-toi, pauv'con »

OUI à un magistrat suprême assez mûr pour ne pas parler comme un zonard irrespectueux !

 

 

 Chez Audiard, c'est du génie,

chez un chef d'État, c'est de la vulgarité

 

 

Rendez-nous la dignité des hautes fonctions de la République !  

 

 

Bernard Bonnejean

 

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Michèle Doige 12/01/2011 23:31


Osez, osez Bernard car je n'aurais pas dû ( chapeau également ) commettre cette faute ! Je vous sais gré de me lire alors que visiblement vous avez ces jours d'autres préoccupations que mes essais
de concordance des temps bien futiles somme toute ! Amicalement. Michèle


Bernard 12/01/2011 19:24


Oserais-je ajouter le chapeau de "il eût été", loin de mes préoccupations présentes, mais plus près de la concordance en système hypothétique, sans que formellement on pût voir la différence entre
une subjonctif plus-que-parfait et un conditionnel passé seconde forme ?


Michèle Doige 09/01/2011 10:27


Mea culpa ! Voilà que je veux en mettre plein la vue en employant un imparfait du subjonctif et imparfait il le fut assurément. J'ai osé eh oui taper "perdassiez" du verbe bien connu perder !! au
lieu de "perdissiez".
Aurais-je droit à votre bienveillance ?
Excellent dimanche à vous.


Michèle Doige 08/01/2011 11:46


Bernard, je viens de lire votre commentaire. Il eut été désastreux que vous le perdassiez car loin de le trouver mordant je le trouve réaliste et j'y souscris en tous points. Et puis les grands
esprits se rencontrent dis-je en toute modestie ! Je parle de la princesse de Clèves et vous évoquez la magnificence, ce mot qui figure au tout début de l'incipit re sic dudit livre de Madame de
Lafayette.
Je m'en vais profiter du soleil.


Michèle Doige 08/01/2011 11:22


Que de fautes de frappe ! langue, dont...je demande votre bienveillance car il m'est impossible de copier-coller un texte sur votre blog et une coquetterie de bonne femme sic fait que je n'utilise
pas beaucoup mes lunettes pour voir de près !


Michèle Doige 08/01/2011 11:19


Bonjour Bernard
Me voici de bonne humeur, un soleil généreux est enfin arrivé chez moi ce matin.
Je vais donc pouvoir lire la totalité de votre texte, s'il est mordant, cela devrait me plaire !
Je suis très à cheval si je puis dire sur la langure française, j'ai beaucoup de mal à supporter ces nouveaux tics de langage sont on nous abreuve ces temps commme "je suis sur Paris" ah bon vous
faites de la mongolfière ai-je envie de répondre, et acter, impacter, finaliser, au jour d'aujourd'hui, juste et tous ces faux anglicismes, mais la liste serait beaucoup trop longue.
Notre Président et la princesse de Clèves fut un moment ( renouvelé trois fois tout de même ) assez navrant !
Bone journée à vous.


Bernard Bonnejean 08/01/2011 02:22


Le mal est réparé : j'ai retrouvé mon texte.

L'article est désormais complet.


Bernard Bonnejean 08/01/2011 01:53


Non, Michèle, c'est toute une page de commentaire que je referai peut-être demain si j'en ai le temps.

Je ne regrette pas trop : j'étais trop mordant.

C'est un piètre président de la République, certes, mais c'est un président de la République quand même. On ne m'ôtera pas de la tête qu'une tête bien faite a été modelée par l'apprentissage du
français (Jaurès, Brossolette, de Gaulle, Edgar Faure, Mitterrand, avec une mention particulière pour un Chirac qui se plut à nous faire croire à sa bêtise, lui le spécialiste des arts anciens
!)

Bonne nuit et à bientôt.


Michèle Doige 08/01/2011 01:04


Est-ce la site de l'ordonnance de Villers Cotterêts et "le seul langage maternel françois "
qui a été effacée par mégarde ou alors une partie de votre commentaire?
Après Luc Chatel, ministre de l'Education Nationale, rien que cela, c'est au tour du nouveau chef de l'UMP de prendre la défense du langage de notre Président "J'aime passionnément la langue
française, je ne vois pas en quoi il la malmène. Je pensee qu'il s'exprime plutôt bien , que c'est un de meilleurs orateurs politiques".

Je voudrais citer ici Nicolas Boileau et son art poétique
"Un sot trouve toujours un plus sot qui l'admire" au lieu du sempiternel "ce que l'on conçoit bien s'énonce clairement" qui est loin d'être hors-sujet.
Ne m'en voulez point cher Bernard si je ne développe pas plus mais il se fait vraiment tard ou tôt, c'est selon.
Amicalement.