Election du nouveau pape (6)

Publié le par Bernard Bonnejean

 

Nouveau pape : la date du Conclave est fixée au 12 mars 2013

 

Assemblées préparatoires
des cardinaux

vendredi 8 mars 2013

La « démission » de Benoît XVI :
un fait analogue dans l'histoire,
Célestin V 

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Murrone Di Pietro



Contrairement à ce qu’on a pu lire ici et là, la « démission » de Benoît XVI pour être exceptionnelle n’est pas unique. L’expérience du moine italien, Murrone di Pietro, présente quelques similitudes avec le parcours du pape émérite actuel.

De famille humble, ce napolitain est né à Pérouse le 5 juillet 1215. Couronné à Aquila le 29 août 1294, il abdiqua le 13 décembre. Il est mort le 13 décembre 1296 au château de Fumone. Cet ermite bénédictin, disciple du Baptiste, vivait dans le désert de Monte Morone dans les Abbruzes une existence consacrée au jeûne, à la prière et au travail. Son exemple fut suivi de beaucoup d’autres : fondateur de l’ordre des Célestins, reconnu et approuvé par Urbain IV en 1264, branche des Bénédictins, on comptait 36 monastères et 600 religieuse peu avant sa mort. Boniface VIII le dissout et le dispersa en 1302.

En juillet 1294, trois dignitaires de l’Église, accompagnés de moines et de laïcs en grand nombre, vinrent lui annoncer que le Sacré Collège l’avait élu pape à l’unanimité en remplacement de Nicolas IV. La situation semblait désespérée, électeurs romains, italiens et français, en pleine guerre de Guelfes et des Gibelins, n’ayant pas réussi à se mettre d’accord. Poussés par Charles II de Naples, ils avaient accepté Pietro di Murrone, pour des raisons politiques autant que religieuses. Le pauvre ermite fondit en larmes, mais après une courte prière, obéit à la voix de Dieu.

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On dit que Pietro di Murrone se présenta à Pérouse, puis à Aquila, assis sur un âne. Il fut immédiatement couronné par les cardinaux présents sous le nom de Célestin V. Sur l’invitation, plus que pressante, du roi qui l’avait fait élire, Célestin ordonna à la Curie de quitter Rome pour Naples.

Sous son pontificat, sept Français furent élevés au cardinalat, préparant ainsi la voie à Avignon. Il rétablit la règle de Grégoire X dans toute sa rigueur, assainit le déroulement du conclave. Il s’attaqua aux privilèges accordés aux puissants et fut même accusé de confier des bénéfices ecclésiastiques à trois ou quatre rivaux de la Curie qui s’en trouva très affaiblie et dans le plus grand désordre. et les bureaux d'une main prodigue. Il prit ses quartiers napolitains dans une unique pièce du Castel Nuovo et, pendant l’Avent, il se fit construire une hutte sur le modèle de celle qu’il occupait dans les Abruzzes. Mais, mal à l'aise dans les Affaires d'État, il crut y perdre son âme conscient que ce temps était pris sur celui qui devrait être consacré à la prière.

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Aussi l’idée lui vint assez vite de démissionner et le cardinal Cajétan, consulté, déclara que rien dans le droit canon ne s’y opposait. Tout autre fut l’avis de son successeur Boniface VIII qui publia son doute dans le «Liber Sextus I, VII, 1 ». Lorsque le bruit se répandit que Célestin envisageait de démissionner, tout Naples fut en effervescence. Le13 décembre Célestin convoqua les cardinaux auxquels il donna la permission de procéder à une nouvelle élection. Benedetto Gaetani fut élu sous le nom de Boniface VIII. Célestin revêtit sa bure d’ermite, pratiquement prisonnier de son successeur de peur de représailles contre le vieux moine. Célestin réussit à se sauver mais pour une longue errance qui le conduisit à travers bois et montagnes jusque sur les bords de l’Adriatique pour gagner la Grèce. Son bateau pris dans une tempête le ramena en Italie. Il fut capturé par Boniface VIII au pied du mont Gargano et enfermé dans une cellule obscure du château de Fumone près d’Anagni. Maltraité par les gardes, il mourut dans sa ème année. Clément V le canonisa en 1313. Ses restes sont toujours conservés à l’église d’Aquila où ils sont toujours l’objet d’une profonde vénération. On le fête le 19 mai.

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Bernard Bonnejean d’après les sources suivantes :

Acta SS mai, IV, 419 ; Bibl. hagiogr. Latina, 979 ss ; Analecta Bollandiana (1897), XVI, 365 à 82 (la plus ancienne vie de Célestin ) ; Celidonio, Vita di S. Pietro del Morrone, Celestino papa quinta, scritta su 'documenti coevi (Sulmona, 1896) ; IDEM, La non-autenticita degli Opuscula Coelestina (ibid., 1896 ; ces opuscules édités par Telera, Naples, 1640, peut avoir été dictés, mais pas composés par Célestin) ; ROVIGLIO, La rinuncia de Célestin V (Vérone, 1894) ; AUTINORI, Celestino V ed il sesto anniversario della sua coronazione (Aquila, 1894) ; Raynald, Ann. eccl. ad ann. 1294-96 ; Hefele, Conciliengeschichte, V , et aussi l'histoire de la ville de Rome par von Reumont et par Gregorovius.

 

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