Diplômes des deux lauréats de Rimes et déraison 2011

Publié le par Bernard Bonnejean

 

Mon imprimante est en panne !!!

 

« C'est ça le titre ? 
— Oui, c'est ça, mon titre. Comme le dit un spécialiste genre wikipedia, pour trouver un bon titre, il faut  : 

  • Prendre conscience de la polysémie des mots : la plupart des mots revêtent plusieurs sens (bureau : meuble, lieu) et il peut être intéressant de donner deux sens au titre, le sens « évident », propre, et le sens figuré, plus travaillé. Le mieux reste de donner deux sens plausibles évidemment (à toi de déterminer lequel est le bon dans ta news). Par exemple : « Bonheur d'occasion » (honteusement trouvé sur Internet). Est-ce un bonheur passager, qui tire son origine d'un événement ? Ou est-ce plutôt un bonheur bon marché, peu coûteux ?
  • La paronymie. C'est une « homonymie imparfaite » qui consiste à identifier deux mots qui ont presque la même prononciation, avec des sons proches, mais qui restent différents. J'avais trouvé il y a longtemps l'exemple suivant dans un article de journal : « La smart va vous changer la ville ».
  • Dans le même ordre d'idée, on a la paranomase qui consiste à rassembler des paronymes au sein d'une même proposition. C'est plutôt agréable à l'oreille et ça peut dénoter ta capacité à jouer sur les sons. 

 

 Sauf que moi, si je vous dis que « mon imprimante est en panne » c'est juste pour vous dire que « mon imprimante est en panne » ! 

Et que je suis bien embêté parce que je voulais envoyer les diplômes aux deux lauréat du concours Rimes et déraison 2011.  Au fait, si vous voulez être branchés — rançon du succès, déjà ! — dites plutôt R&D avec une esperluette ou esperluète ou perluette ou perluète ou ampersand. Mais puisque la technique m'empêche de communiquer à mon aise, je vais donc me mettre à l'aise et vous communiquer les diplômes que voici :

 

LE GRAND PRIX

DU JURY

(Ganaël Joffo,

Frédérique Notez

Bernard Bonnejean)

 

DE RIMES ET DÉRAISON

 

2011

 

 

EST ATTRIBUÉ

À

SOPHIE ASSAYAG

 

 

À toi mon ventre

 

 

L'univers de Sophie ASSAYAG est polyvalent. Son poème plonge le lecteur dans une réalité indéfinissable, paradoxale et trouble. Rien ne va : le jeu traditionnel des correspondances et de la sémantique dysfonctionne. Il n'est jusqu'au thème que l'on cherche en vain à discerner dans cette atmosphère menaçante faite d'amour et de haine tout à la fois. Quel est donc cet « événement » si particulier qu'il semble indéfinissable, qui met en confrontation des réalités antinomiques, presque étrangères les unes aux autres : « émouvant » et « maléfique » ; « sublime » et « néfaste », un assemblage de couples mal mariés. Le pire, sans doute, est le rapprochement « chaste » avec l'ensemble d'un contexte qui laisse une impression continue et obsédante de quelque chose, de quelqu'un d'infernal. La chute, surtout, tient du vertige : « ma mère », « ma prostituée ». C'est l'ambiance d'une tragédie dont il est impossible de deviner les tenants et les aboutissants. « Ton ventre se vide » : s'agit-il d'une naissance ou d'un avortement ? Sophie ASSAYAG veut-elle signifier que naissance et mort ont en commun l'expulsion et l'exil ? Que naître est un renoncement involontaire à l'unité et à l'indissociabilité ; que mourir est une séparation donc une désunion ? Un mot, vers la fin, retient l'attention : « abandon ». Mais de quelle sorte d'abandon est-il question ? Du vrai ou du symbolique, du complexe des analystes ? On sort rompu de ce poème, sans avoir tout compris, mais en ayant tout imaginé. Laissons-lui son secret. Il ne nous appartient pas. Rompu et bouleversé...


B.Bonnejean,

 


Émouvante ta chair aux encens maléfiques
À ton âme sublime aux ascendants néfastes
À tes larmes sans joie, à ton silence ardent
À ton cœur inconscient et sa nudité « chaste »

Impensable défaite où les corps s'articulent
En l'abime d'un soir et l'alcool te brûle
En la proie ridicule, indigeste toxique
La femme tentacule et ton ventre se vide.

Et ce cristal maudit, le marbre de ta voix
Achève dans la nuit l'écho du désarroi
À ton ultime effort où se perdent les sens
Aux couleurs d'une vie indolore en substance

À ces ébats intimes où tu craches en silence
Les torts d'une folie inéluctable et franche
Au bruit que fait l'ennui lorsque tu te déhanches
En solitaire tu fuis l'abominable cri

Et toujours en l'absurde s'obstine ta fréquence
N'as-tu pour agrément que cette délivrance ?
Où jamais ne se plie le si peu d'existence
Où par l'encre et la feuille l'espoir fait offense

Et pour unique chance un tragique secret
Où la nature immense t'accorda ce reflet, 
Le masque narcissique où ton ego se plait
Et maquille sans honte la pauvreté du vrai !

M'avoir abandonnée... ma mère, ma prostituée.





 

LE GRAND PRIX

DU PUBLIC

(Ganaël Joffo,

Frédérique Notez

Bernard Bonnejean)

 

DE RIMES ET DÉRAISON

 

2011

 

 

EST ATTRIBUÉ

À

LAURIANE

MONAGHAN

 

Je commence ma résilience... demain

 

 

Voici une autre vision, plus insulaire, moins orientale, à la limite de la verte Irlande et de notre beau Paname. C'est le pays de Lauriane MONAGHAN. Le pays d'une cacophonie au réalisme têtu, insupportable, qui sème le trouble chez les uns, l'épouvante chez les petites victimes. Quelles horreurs laisse-t-on impunies entre les quatre murs de chez certains, sous prétexte de protéger la propriété, la vie privée ! Qui a dit que la propriété privée était le vol ? Parfois, à cause du respect de lois scélérates et ignominieuses, c'est le viol, la souffrance, la torture mentale et physique d'innocentes petites créatures laissées à la merci de bourreaux très-bien-sous-tous-rapports passé le seuil de leur porte. « L'intimité des foyers » devient alors plus qu'un cache-misère : une chambre à « écraser de petites existences », ou plutôt à « écraser l'existence » de petits à qui ne seront plus jamais accordés le repos de l'âme et son silence réparateur. Lauriane MONAGHAN a su trouver une des causes de cette « gravité sidérante » où se mêlent la complicité et l'indifférence de tous ceux qui savaient mais n'ont rien dit : « un soupçon d'amour assaisonné d'une immense violence ». De l'amour chez ce monstre boiteux ? Aussi étrange que ça puisse paraître, je serais tenté de le croire. Oh ! certes ! un amour tout à fait spécial, mais ni feint ni vicieux : un amour qui n'empêche pas les coups de pleuvoir, sans que « l'être aimé » sache au juste pourquoi. Et c'est pour cette raison qu'elle vient à tarder cette « putain de résilience », chère à nos psychos des temps modernes, prompts à vous faire dire du mal de ceux qui, dans le calvaire qu'ils vous ont fait subir, ont su glisser assez d'amour pour vous rendre capables d'en dire du bien, coupables jusqu'à la fin de votre existence.

B.Bonnejean,

 

Les regards qui se noient dans ce côté
 
sombre.

Ses mots, symphonie hurlante, notes
de 
la feue-terreur d'un enfant.

Gravité du claudiquant.
La fureur des culpabilisants.

Une chambre si volumineuse, si
grande,
Comblée de divers objets, a contrario
d'une fêlure si béante.

Un carré, extraits affichés, de
croyances.
Insécurités et grands revanchards
espoirs.

Quelques jouets usés, par ci par là,
éparpillés.
Le même scénario du peu de mots
qui y sont rattachés.
La confusion du peu de mots
qui y sont rattachés.
Retenue la leçon du silence écrasant
l'existence.

Son regard, un soupçon d'amour
assaisonné
d'une immense violence.
Ses mots qui claquent, de ce petit
chef acculé.
La gravité sidérante, digne des pires
instances.
Une fureur qui déchire ma présence.

Putain de résilience.


 

Non mais ! On ne va quand même pas se laisser embreiner par la technique, flûte alors !  

Si vous lisez cet article après minuit sonné, je vous adresse, chers amis d'overblog et de facebook, une excellente année 2012 avec toute mon amitié.

Bernard Bonnejean 

Publié dans poésie

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Samia Lamine 07/01/2012 05:52


Je félicite les deux lauréats du concours "Rimes et Déraison 2". Bien mérité. Amitiés.

Bernard Bonnejean 16/01/2012 00:59



Et moi, Samia, je te remercie pour ta participation et te félicite pour la qualité de tes poèmes. 

Rimes et déraison 2 est mort, vive déraisons et rimes 2012 auquel, j'espère, tu participeras.