De quelle genre, la rumeur ?

Publié le par Bernard Bonnejean

 

L'identité sexuelle est-elle une construction sociale ?
ou les malheurs de Peillon 

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Une « rumeur », prétend le ministère de l’Éducation-peillon, serait à l’origine de l’absentéisme scolaire qui a frappé 200 écoles dans 15 départements le lundi 27 janvier 2014. Certains parents, alertés par Farida Belghoul, refusaient ainsi officiellement que leurs enfants soient les victimes d’une propagande de logiciens modernes, « inventeurs » ou diffuseurs de la « théorie du genre », appelée « gender » outre-atlantique d’où elle nous vient.


Qu’est-ce qu’une rumeur ? Une rumeur est « un phénomène de diffusion par tout moyen de communication formel ou informel d'une information dont la véracité est douteuse ou incertaine et suscitant en général un mécontentement. Par extension la rumeur est un mouvement de suspicion publique à l'encontre de quelqu'un ». Cette définition de La Toupie reprend ainsi celle du Larousse, beaucoup plus simple : « Nouvelle, bruit qui se répand dans le public, dont l'origine est inconnue ou incertaine et la véracité douteuse ».

Certes, il est inadmissible de faire croire que les « leçons » données aux bambins de maternelle comportent des exercices pratiques, notamment la masturbation. Comme j’ai eu l’occasion de le dire à mon amie Geneviève : c’est faire peu de cas de la responsabilité des enseignants que d’ajouter foi à de telles imbécillités. Passons très vite ! « L’instruction » de Farida Belghoul comporte une telle masse d’absurdités auxquelles ses partisans croient sans broncher qu’il n’est pas très surprenant que cette énormité ait trouvé un écho chez des disciples inconditionnels. Mais que le ministère par la voix de son ministre pousse des cris de vierge effarouchée prétendant qu’il ne s’agissait finalement que de favoriser l’égalité entre les hommes et les femmes dès le plus jeune âge, voilà qui est vraiment d’une souveraine hypocrisie ! À moins qu’il ne s’agisse finalement que d’un énième dégonflage… Cette fois la palinodie frise la lâcheté. Ainsi, toutes les voix qui se sont élevées seraient celles d’odieux réactionnaires qui entendent laisser la femme dans un état de servitude confortable pour ses asservisseurs ? Pire : ils entendent ainsi lutter contre un idéal d'égalité entre les hommes et les femmes ! Pitreries mensongères à la Peillon, une fois de plus ! Renforcées par les mensonges éhontés de Najat Vallaud-Belkacem 

http://www.dailymotion.com/video/x1ajjkf_rumeurs-sur-le-genre-peillon-demande-de-convoquer-les-parents_news 

Voyons les faits ! De prestigieuses universités étatsuniennes se félicitent d’avoir introduit dans leur programme l’étude de Gender Trouble : Feminism and the Subversion of Identity de la féministe Judith Butler. Telle est la source de la « théorie du genre », aussi appelée « perspective du genre », ou tout simplement Gender. Butler y défend que le « genre est une construction culturelle ; par conséquent, il n’est pas le résultat du sexe et il n’est pas non plus déterminé comme le sexe ». À quel premier résultat aboutit-on ? « Le genre lui-même devient un artifice libre d’attaches ; “homme”et “masculin” pourraient désigner aussi bien un corps féminin qu’un corps masculin ; “femme” et “féminin”, autant un corps masculin qu’un corps féminin ». Poursuivons !

Le sommet de Pékin, en septembre 1995, fut l’occasion d’officialiser la « perspective du genre ». Son Comité directeur proposa la définition suivante : « Le genre se réfère aux relations hommes et femmes basées sur des rôles socialement définis que l’on assigne à l’un ou l’autre sexe ». Devant le danger d’incompréhension de certains délégués, Bella Abzug compléta ainsi cette définition : « Le sens du mot “genre” a évolué, se différenciant du mot “sexe” pour exprimer la réalité selon laquelle la situation et les rôles de la femme et de l’homme sont des constructions sociales sujettes à changements ». Partant de ce principe, il suffisait de conclure à « l’inexistence d’une essence féminine ou masculine » et par conséquent d’une « forme “naturelle” de sexualité humaine ». On découvrit alors que les « féministes du genre », enseignantes dans les Universités étatsuniennes, s’étaient armées de tout un arsenal définitoire pour imposer leur théorie :

- Hégémonie : dans ce contexte, désigne l’ensemble des concepts universellement acceptés comme naturels et qui sont en réalité des constructions sociales ;
- Déconstruction : tâche qui consiste à faire passer de l’hégémonie au constat de « construction sociale » ;

- Patriarchat : institutionnalisation du pouvoir de l’homme sur la femme ;

- Perversion polymorphe : le désir sexuel n’est pas le résultat d’une attraction naturelle pour le sexe opposé mais celui d’un conditionnement social ;

- Hétérosexualité obligatoire : un des principes pervers de l’hégémonie qui fait croire qu’il existe deux sexes qui s’attirent naturellement ;

- Orientation sexuelle : Toutes les formes de sexualité existent ;

- Homophobie : terme qui sous-entend que le préjugé contre les homosexuels plonge ses racines dans l’exaltation des tendances homosexuelles.

Le même cours intitulé « Ré-imaginer le genre » enseigné dans ce Collège américain précise qu’il est désormais inadmissible de devoir se contenter d’une « tolérance » du lesbianisme comme « style de vie différent » du fait que le genre n’est qu’une « construction sociale ».

Et la conclusion s’impose déjà à ce stade et l’on comprend mieux dans ce contexte pourquoi pour les socialistes hollandiens il fallait en passer par le mariage homosexuel et la déconstruction de la famille traditionnelle : « Le genre implique une classe et la classe présuppose l’inégalité. Lutter en priorité pour déconstruire le genre conduira beaucoup plus rapidement au but ».

La « théorie du genre », la déconstruction de la famille ne seraient-ils, finalement, que des principes marxistes complémentaires de celui de lutte des classes ? Tout s’éclaire. Il ne s’agit donc pas de se contenter d’une parité entre les hommes et les femmes. Christina Hoff Sommers, la première, dénonce cette outrance : « La féministe pour la parité [femmes-hommes] considère que les choses se sont bien améliorées pour la femme ; le « gender feminist » pense que les choses vont de mal en pis » (Interview accordée à « Faith and Freedom » en 1994).

Dale O’Leary, une des tenantes du « gender feminism »  montre bien qu’une fois éliminée la propriété privée, facilité le divorce, accepté l’illégitimité, éliminée aussi la religion (SIC !), le marxisme serait voué à l’échec si l’on se contentait de solutions économiques SANS S’ATTAQUER DIRECTEMENT À LA FAMILLE véritable cause des classes. La féministe Shulamith Firestone, elle, affirme péremptoirement : « L’objectif final de la révolution socialiste était non seulement d’en finir avec les privilèges de la classe économique, mais encore avec la distinction même qui existait entre les différentes classes économiques. Le but définitif de la révolution féministe doit être non seulement d’en finir avec le privilège masculin mais encore avec la distinction même des sexes : les différences génitales entre les êtres humains ne doivent plus avoir d’importance culturellement parlant » (The Dialectic of Sex, Bentam Books ; New York, 1970). 


Mais la nature, objecterez-vous. Firestone encore répond très facilement à cette objection : « Ce qui est “naturel” n’est pas nécessairement une valeur “humaine”. L’humanité a commencé à dépasser la nature ; nous ne pouvons plus justifier le prolongement d’un système discriminatoire de classes par sexes sur la base des origines. […] Il commence à devenir évident que nous devons nous en défaire » (Ibid.)

Toute différence “naturelle” entre les hommes et les femmes doit donc être niée dans cette guerre à la nature. Aussi ces « gender feminists » vont-ils en toute logique jusqu’à dénigrer la notion de « respect » autant que celle d’ « irrespect » car l’une comme l’autre participent de la même reconnaissance d’une différence !

Mais à quel stade de cette construction mentale, hautement politique finalement, intervient notre ministre Peillon. Bien sûr que c’est prévu, programmé, codifié. Le but des promoteurs de la « perspective de genre » est donc de parvenir à construire une société sans classe de sexe. Pour ça, il faut déconstruire un certain nombre de « stéréotypes » sur lesquels on a bâti nos sociétés : masculinité et féminité, relations familiales père, mère, mari et femme, professions ou occupations socialement attribuées, reproduction biologique fondée sur la différenciation sexuelle... Or, tout passe par l’éducation. Il convient donc, logiquement, de déconstruire aussi l’éducation. C’est ce que propose, entre autres, la présidente d’Islande, Vigdis Finnbogadottir : « L’éducation est une stratégie importante pour changer les préjugés concernant les rôles de l’homme et de la femme dans la société. La perspective du genre doit être intégrée aux programmes scolaires. Les stéréotypes doivent être éliminés dans les textes scolaires et les maîtres doivent veiller à ce que les petites filles et les petits garçons fassent un choix professionnel en toute connaissance de cause, et non sur la base de traditions prédéterminées en fonction du genre » (Conseil de l’Europe, « Equality and Democracy: Utopia or Challenge ? », 9 février 1995.

Alors, rumeur ou pas rumeur ? Le gouvernement a-t-il, oui ou non, tenté d’imposer la « théorie du genre » ou plutôt la « perspective du genre » aux familles françaises sous couvert de proposer à leurs petits une première ouverture sur la nécessité d’une égalité entre les hommes et les femmes ? À chacune, à chacun de se faire une opinion. Mais s’il appert que Peillon, par ailleurs propagandiste d’une religion républicaine nouvelle et irréligieuse, voire areligieuse, tente de détruire les fondements structurels et familiaux de notre pays, il faut qu’il sache que nous n’entendons pas nous laisser faire et que notre résistance sera mesurée à l’aune de son idéologie destructrice. Ni les accusations d’obscurantisme passéiste ni même celles  le visant, lui, personnellement ne sauraient modérer notre détermination. Oui au socialisme constructif, non au marxisme dévastateur !

Bernard Bonnejean


NOTA BENE 
:

Pendant des mois, en 2004-2005, l’éditeur Pierre TEQUI m’a confié la tâche de travailler à la traduction et au rewriting d’un ouvrage élaboré à partir des études du Conseil Pontifical pour la famille. Son titre répond bien à nos préoccupations d'aujourd'hui : Lexique des termes ambigus et controversés sur la famille, la vie et les questions éthiques. La question était donc de savoir ce qui se cachait sous la terminologie technocratique choisie pour désigner des réalités masquées : acharnement thérapeutique vs euthanasie ; avortement vs interruption volontaire de grossesse ; libre choix etc. La « théorie du gender » y occupait les pages 559 à 595. Elles avaient été rédigées par Oscar Revoredo Alzamora, président péruvien de la 
« Commission ad hoc pour la femme », auteur notamment de Dangers et portée de l’idéologie du genre ; par Jutta Burggraf, Docteur en psychopédagogie et en théologie, professeur titulaire de la chaire d’anthropologie de l’« Institut académique international pour les Études sur le Mariage et la famille », auteur de nombreux ouvrages sur la femme et la famille ; et par Beatriz Vollmer de Colles, Docteur en philosophie, professeur à la Grégorienne de Rome et directrice du Département de philosophie à Caracas. Ce fut pour moi une entrée en matière assez fracassante. Ce Gender me parut à ce point farfelu que, passées les premières lignes des exposés, je demandais un rendez-vous à l’éditeur pour lui demander « s’il ne se moquait pas de moi ». Depuis, j’ai appris… 

Publié dans vie en société

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