C'est pour ma pomme

Publié le par Bernard Bonnejean

 

La reine de la gastronomie mayennaise

 

 

Vous croyez les connaître ? Celles-ci, assurément :

 

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Quoique, pour la Reine de Reinette, je ne parierai pas un fifrelin sur vos chances d'en trouver dans les grandes surfaces ni même dans les épiceries fines. Permettez-moi tout de même de disgresser : que penser d'une « épicerie fine » qui vend des bananes et des oranges en pleine saison de chasselas ? dont le tenancier, par ailleurs d'une amabilité toute commerçante, vous avoue sans rire ignorer jusqu'au nom ? lequel, après que vous lui avez expliqué que c'est du raisin blanc, vous promet un prochain arrivage d'Italie ? et auquel vous décidez, plus par compassion que par vocation, d'expliquer ce que devraient évoquer Moissac et sa région à un fin épicier digne de ce nom ? « Dites-moi où, n'en quel pays ». Holà, gentilhomme, comme vous y allez ! « La route de la vertu n'est pas toujours la plus sûre, et il y a des circonstances dans le monde où la complicité d'un crime est préférable à la délation », vous aurait répondu le Marquis de Sade.

 

 Revenons à nos pommes. Mais fruit pour fruit, je crains que le problème des uns et des autres n'aient la même origine. Pourtant, dans les années 1900, il existait plus de mille variétés de pommes en France, plus ou moins grosses, plus ou moins belles, plus ou moins colorées, plus ou moins agréables aux sens. Elles étaient à ce point présentes au quotidien, qu'on ne s'embarrassa guère de les protéger. Si j'ose dire, elles faisaient partie des meubles. On en vint même à oublier leur nom. Il arriva aux pommes ce qui arrive à la viande de bœuf : de même que le client demande au boucher un « bifteck bien tendre », sans se soucier de savoir si ce sera dans la tranche, dans l'araignée ou dans l'onglet, on se sert un kilo de boules bien faites et bien brillantes appelées « pommes » sans en reconnaître, comme en grammaire, ni la nature ni la fonction.

 

 

 

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Une pomme n'est pas une pomme. 

 

 

Rien d'étonnant, finalement : il a fallu attendre le XIXº siècle pour que nos ancêtres trouvent un intérêt à nos monuments médiévaux. Jusqu'à ce que Prosper Mérimée alerte Viollet-le-Duc, personne ne se souciait davantage de l'état de la basilique de Vézelay, de Notre-Dame de Paris ou de la cité de Carcassonne que Grouard et Carré, d'Orléans, ne s'abaisseront à respecter la rue des Carmes. Comme chantait Vian :

 

                                            Demain ça sera ton tour
                                            Demain ça sera ton jour
                                            Plus de bonhomme et plus d'amour

                                            Faut que ça saigne

Parce que quand on y réfléchit, la pomme d'amour existe bel et bien, mais il faut croire qu'elle ne rapporte pas autant que la pomme de discorde. Et si, pour une fois, on allait plus loin que la viande à Vian : plus de La Villette, plus de rue des Carmes à Orléans, plus de pomme, plus de bonhomme, plus d'amour. On démolit, on anéantit, on annihile des siècles d'histoire et de plaisir de vivre. On s'en fiche : c'est pour le tram, le progrès, le fric !! Ah ! ça inra, ça inra, ça inra !

 

 

 

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Quel beau parking ça ferait ! 

 

 

Et dire que tout le monde pensait que puisque ça avait tenu jusque là, c'était bien le diable si ça disparaîtrait un jour. Les gens y prêtaient autant d'attention qu'aux panneaux « Attention ! Chutes de pierre ! ». Le passant passe quand même en pensant : « Et alors ? Qu'est-ce qu'on y peut ? »

 

À vrai dire, la rue des Carmes d'Orléans, les steaks ou les pommes, on vivait avec et on n'y pensait même pas. Jusqu'au jour où les pierres ont chuté et où une pomme est tombée ! Demandez à Newton.

 

L'agriculture des années 60 a imposé le rendement et la rentabilité. La golden, seule capable de supporter engrais et conditions modernes de transport, devint reine et domina le marché à 80%. Des spécialistes eurent même l'idée géniale de gorger notre miss univers de gaz éthylène pour en favoriser le mûrissement. Certes, on en cherchait le goût, mais la plus belle fille du monde ne peut donner que ce qu'elle a... 

 

Cependant, il me semble ne pas me tromper en affirmant que la nature, la morale et la politique obéissent à une loi commune : à une force finit par correspondre une force contraire qui, au moins pour un temps, favorise un retour à l'équilibre. J'ai pu le constater de mes yeux sur un tronçon guyanais de la transamazonienne : au bout de quelques mois, cette percée humaine au milieu du désert vert s'était de nouveau recouverte d'une végétation qui la rendait impraticable.

 

La nature s'était vengée toute seule. Les pommes, elles, ont eu besoin de la volonté de passionnés pour entrer en résistance et reprendre leur droit.

 

 

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Depuis quelques années, des spécialistes, aidés de quelques pépiniéristes amateurs éclairés, recherchent les anciennes variétés de pommes pour les identifier, les cultiver et les conserver. En 1990 était fondée l'Association nationale des Amateurs Bénévoles pour la sauvegarde des variétés fruitières régionales en voie de disparition, dite des « Croqueurs de pommes ».  Conscients d'une menace contre l'homme lui-même, ces bénévoles se sont associés en un mouvement solidaire.  Constatant que la diversité du patrimoine fruitier était en danger, les « Croqueurs de pommes » ont décidé, sur tout le territoire national, de répertorier tous les pommiers survivants, d'en faire une description détaillée et complète, de retrouver le(s) nom(s) sous le(s)quel(s) on les a toujours connus, de les localiser dans l'espace et dans le temps, d'en établir une liste aisément consultable, d'en assurer la survie, le maintien et la reproduction, de les faire connaître et aimer, plus rarement d'enrichir ce patrimoine par des variétés nouvelles.

 

L'Association ne poursuit pas seulement un but arboricole. Sous la houlette de Maïté Dodin, l'actuelle présidente, elle entend préserver l'environnement pour les générations futures ; leur assurer un savoir et un savoir-faire humanitaire, humaniste et encyclopédique par la survivance de végétaux témoins d'un monde où la variété est facteur d'équilibre et de bien-être ; établir un lien fraternel entre les membres, seule façon de valoriser et de protéger le vivant et de résister contre des lobbies internationaux dont les intérêts sont a priori ailleurs, c'est-à-dire dans une uniformité rentable et peu exigeante.

 

Certaines régions ont tout misé sur cette diversité pomologique. Le département de la Mayenne, situé aux confins de la Bretagne et de la Normandie, a créé le label Goûtez à la Mayenne, représentant une fourchette piquée dans une pomme rouge. Il n'est attribué qu'à des produits fermiers de grande qualité, à des restaurants qui proposent une cuisine souvent accompagnée de pommes ou de produits dérivés. Même si, en Mayenne, il n'existe pas de plats typiques du terroir, à proprement parler, des chefs travaillent depuis quelques années à travailler les différentes variétés de pommes des vergers locaux. L'art culinaire de la pomme en Mayenne, terre de bocage, est favorisé par de nombreux vergers réhabilités ou installés par des passionnés. On y redécouvre des variétés locales comme la fréquin, la bedan ou la damelot qui entrent dans la composition de jus de pomme, cidre, eau de vie et pommeau. Au nord du département, l'appellation « calvados » est autorisée. Quelques producteurs ont démarré une procédure AOC pour le « cidre du Maine », le « pommeau du Maine » et l'« eau de vie du Maine ».

 

 

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  Bourdaine de la Mayenne

 

 

Près de la Mayenne, en Normandie la pomme occupe une place de choix. Si un jour, vous passez du côté d'Avranches, ne manquez pas de rendre visite à Maurice Bunel (Association des Croqueurs de pommes, Siége Social local, 50240 Montjoie-Saint-Martin ; Tél : 02 33 48 35 04 ) qui vous fera l'honneur de la visite de son véritable musée vivant d'arbres fruitiers. Ce passionné vous accueillera  par le rappel des objectifs de l'Association des « Croqueurs de pommes » : la recherche, la sauvegarde du patrimoine génétique fruitier, la promotion des variétés fruitières méritantes, l'information et l'éducation du public.

 

Toutes les activités dont il est responsable à Montjoie-Saint-Martin s'inscrivent dans cette perspective :

  • Fête de la Pomme et de la Châtaigne, le dernier dimanche d'octobre ;
  • Bourse aux Greffons, le dernier samedi de février ;
  • Séances d'initiation au greffage et à l'écussonnage ;
  • Traitement naturel des maladies ;
  • Séance d'identification ;
  • Initiation à la taille ;
  • Visite guidée du verger privé riche de plus de trois cents variétés de fruits.

 

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Enfin, pour les plus curieux, voici une série de liens de sites aisément consultables. Mais il faudrait toute une vie pour arriver à bout d'une connaissance encyclopédique complète sur ce fruit qui fait que, depuis Ève, nous sommes assez heureux sur terre pour avoir envie d'y rester.



Et puisqu'en France tout finit par des chansons, chantons :



 

 

 

Bernard Bonnejean

Publié dans traditions séculaires

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Sourour 31/10/2010 06:35




merci pour votre gentillesse et ce joli poème sur mon blog


qu'Allah fasse que els peuples vivent en paix sérénité et prospérité et que les guerres cessent autant que les maladies disparaisssent
bonne fin de semaine


Bernard Bonnejean 31/10/2010 23:25



Très chère Sourour,


 


Votre délicatesse me ravit. Je vous ai envoyé des amis pour admirer cette admirable cérémonie à laquelle vous nous avez conviés.


 


Comment va votre fille ? A-t-elle subi de nouvelles opérations ?


 


Allah est grand et il vous protège elle et vous !


 


Bernard, qui aime quand vous venez lui rendre visite et qui vous donne un baiser.