Les Carmes d'Orléans (4)

Publié le par Bernard Bonnejean


Informations piquées sur un site dont on voudra bien me rappeler l'adresse

L'architecte des bâtiments de France (A.B.F.) a pour mission de délivrer un avis sur toute demande d'autorisation de travaux situés dans un espace protégé, quelque soit son importance et sa nature. Cet avis peut prendre deux formes selon le type de travaux et/ou la protection de l'espace :

- soit il est dit "simple" et dans ce cas, l'autorité qui prend la décision n'est pas liée par l'avis de l'A.B.F. et peut passer outre celui-ci, engageant alors sa propre responsabilité. L'avis simple fera seulement référence en cas de contentieux.

- soit il est dit "conforme" et dans ce cas, l'autorité qui délivre l'autorisation est liée par cet avis. Elle ne peut s'y opposer qu'en engageant une procédure de recours auprès du préfet de région. Ce dernier tranchera après consultation de la commission régionale du patrimoine et des sites (C.R.P.S.).



Concernant la rue des Carmes à Orléans, la majorité municipale (UMP-Modem-MPF) souhaite détruire 17 immeubles allant du 45 au 77. Il s'agissait ici pour ABF de remettre un avis conforme , et qu'une fois émis, cet avis conforme a été négatif ! Allant à l'encontre de leurs propres discours électoraux selon lesquels il est impératif de préserver le patrimoine historique de notre ville et de le mettre en valeur (Souvenez-vous : extrait du programme électoral de Serge Grouard, "Orléans plus belle", p.9 ; extrait du magazine Orléans.mag du mois d'avril 2009, p.3 "obtention du label Ville d'art et d'histoire" pour Orléans), la majorité municipale orléanaise  (UMP-Modem-MPF) a décidé de passer outre cet avis confrome négatif, et choisit, seule, de détruire les 17 bâtiments datant du XVème au XVIIIème siècle.
(Cf : Délibération n°17 du conseil municipal du vendredi 27 mars 2009)

Il faut savoir qu'un ravalement de façades aurait embelli la ville à la manière de ce qui a été fait dans une partie du quartier Bourgogne ou rue Jeanne d'Arc. Que ce ravalement aurait été bien moins coûteux pour les orléanais (on parle en millions d'euros !) ! Que la piétonnisation proposée par l'opposition municipale est bien moins coûteuse ! Et que l'argent non-dépensé dans ce plan de destruction massive et immorale peut servir à financer bien d'autres projets (ou à baisser la taxe d'habitation de la ville d'Orléans, ce qui compenserait l'augmentation de cette même taxe par l'Agglomération) !




Je suis orléanaise et je tiens un blog citoyen sans a priori. Après avoir vu la vidéo du conseil municipal, j'ai été surprise de constater le manque d'argument total de la majorité municipale pour justifier l'élargissement de la rue des Carmes, élargissement extrêmement coûteux pour tous les orléanais !


Bon alors si ce n'est pas pour faire des économies (pas du tout ! plus de travaux = plus de frais), si ce n'est pas une obligation pour le passage du tramway (pas du tout ! l'étude financée par l'opposition le prouve), si ce n'est pas pour faire "plus beau" (pas du tout ! Olivier Carré nous a promis un peu de Kitsh lors du conseil municipal du 27 mars 2009 en essayant de refaire à l'identique une partie de la rue...), je ne me pose qu'une seule et unique question : "pourquoi ?"


Ils en parlent également :


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Quel avenir pour la rue des Carmes à Orléans ?

- A Orléans, la rue des Carmes redoute le grand nettoyage.

- Démolition de dix-sept immeubles rue des Carmes.

- La rue des Carmes, alignée au carré.

- La rue des Carmes devrait être piétonne depuis 30ans.

- Pourquoi veut-on raser la rue des Carmes ?

- La piétonisation de la rue des Carmes.

- Rue des Carmes : grand "nettoyage" ou simple aménagement ?

- Penser la rue des Carmes dans son histoire. Pour une esthétique urbaine de l'irrégularité.

- La mauvaise équation de la mairie pour la rue des Carmes.

- Opération Carmes !

- Destruction du patrimoine orléanais : Olivier Carré à la manoeuvre.

- M. Grouard, M. Carré, l'Histoire vous jugera.


Posté par miramos à 12:02 - Politique - Commentaires [17] - Rétroliens [0] - Permalien


A bientôt, les Amis, mais nous y reviendrons.


Bernard Bonnejean



Au fait, j'allais oublier. Figurez-vous qu'en me promenant rue des Carmes, j'ai rencontré une drôle de bonne femme, accoutrée comme il est pas permis, qui parlait à tout le monde et faisait la manche à la terrasse des cafés. Vous me connaissez : plutôt d'un naturel discret. Mais c'est elle qui est venue jusqu'à moi et m'a dit, comme ça, de but en blanc :

"Je m'appelle Jeanne Jugan. Je suis la fondatrice des Petites Soeurs des Pauvres. Je viens souvent rue des Carmes où j'ai de nombreux amis. Benoît XVI a décidé de me canoniser le 11 octobre. C'est vraiment gentil de sa part. J'aimerais te dire quelque chose, mon Nanard"



Moi, j'ai rien dit, pensez. J'ai jamais vu de sainte en vrai auparavant. J'entends des saintes officielles, canonisées selon les règles. Et voilà ce que m'a dit Jeanne dans la ville de l'autre Jeanne :

"J'ai prié et l'intelligence m'a été donnée. J'ai supplié, et l'esprit de la Sagesse est venu en moi. Je l'ai préférée aux trônes et aux sceptres ; à côté d'elle, j'ai tenu pour rien la richesse ; je ne l'ai pas mise en comparaison avec les pierres précieuses ; tout l'or du monde auprès d'elle n'est qu'un peu de sable, et, en face d'elle, l'argent sera regardé comme de la boue. Je l'ai aimée plus que la santé et que la beauté ; je l'ai choisie de préférence à la lumière, parce que sa clarté ne s'éteint pas. Tous les biens me sont venus avec elle, et par ses mains une richesse incalculable".

J'ai failli lui dire : "C'est pas toi qui fait bouillir la marmite !...". Mais elle m'a pris de cours et a ajouté :

"Comme il sera difficile à ceux qui possèdent des richesses d'entrer dans le royaume de Dieu ! Mon enfant, comme il est difficile d'entrer dans le royaume de Dieu ! Il est plus facile à un chameau de passer par le trou d'une aiguille qu'à un riche d'entrer dans le royaume de Dieu".

Je vous laisse imaginer ma tête, assis tranquillement en train de boire ma bière (il faisait chaud et il fallait bien tenir le coup !). Alors, moi, qui sais pas tenir ma langue, je lui réponds du tac au tac :

"A vous entendre, Madame Jeanne Jugan, personne ne sera sauvé"

Et là elle m'a répondu dans un sourire :

"Pour les hommes, cela est impossible, mais pas pour Dieu ; car tout est possible à Dieu".

Et, sans dire au revoir, elle a été donner tout le fruit de sa quête à une pocharde, probablement une ancienne gagneuse sans client. Et j'ai compris pourquoi il fallait garder la rue des Carmes. Comme disait mon amie Corinne, au Conseil Municipal :

"C'est une rue où il fait bon vivre car c'est une rue qui a une âme".

Cette âme-là, c'est celle des pauvres gens, des pas riches, des fins de droit, des tapineuses et tout et tout. Celle des préférés du Bon Dieu.

Publié dans culture humaniste

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