Les Carmes d'Orléans (2)

Publié le par Bernard Bonnejean

ou le sens religieux d'une rue uniquement accessible aux seuls chalands qui y passeront

Ne protestez pas ! Vous étiez prévenus : "Ne perdez plus votre temps à me guetter à l'endroit où vous m'attendiez !" Depuis des mois je parcours la rue des Carmes en imagination. Depuis des mois je suis avec passion la polémique, mieux qu'un Orléanais bien né à seize quartiers. Avouez-le : me connaissant, vous envisagiez le pire ! Vous croyiez pouvoir pressentir une déclaration aussi fracassante que paradoxale de ce Zinzin qui se range avec les grands que les petits hargneux veulent casser ; avec les petits que les grands obséquieux veulent humilier ; avec les juifs que les arabes vindicatifs veulent chasser ; avec les arabes que les juifs sionistes veulent rejeter ; avec les catholiques que les agnostiques militants veulent bâillonner ; avec les agnostiques que les catholiques intégristes veulent museler ; avec les théoriciens que les activistes hâtifs veulent aiguillonner ; avec les activistes que les théoriciens irréalistes veulent juguler.

La bataille de la rue des Carmes, Mesdames et Messieurs, est le résultat de tous ces combats pour la justice et la liberté. Il n'est pas de grande cause qui n'englobe une multitude de causes apparemment insignifiantes qui l'alimentent et lui donnent sa signification véritable. D'où l'importance de ce que nous appelions les "microréalisations" ; et, à mon avis, la vanité des grands principes et des projets trop hardis. Se battre pour la rue des Carmes, d'un côté comme de l'autre, les uns pour l'alignement, les autres pour la piétonisation, ne saurait se limiter à un problème d'urbanisme ou de préservation patrimoniale. M. Carré, député, l'a bien compris, qui a tenté de nationaliser la question par la loi, sans succès ; Mme Leveleux Teixeira, courageuse tenante de la partie adverse, qui a alerté le Conseil d'Etat sur le sujet.
 
Maintenant que je connais de visu la rue des Carmes, que je l'ai arpentée de la Porte Saint-Jean à la rue Jeanne-d'Arc, côté pair et côté impair, je pourrais me permettre de vous livrer en une phrase ou deux le résultat de mes impressions et de mes cogitations. Je ne le ferai pas ! Par respect pour une ville que j'aime depuis que j'ai appris à aimer Péguy et sa drôle d'idéologie, inclassable, en laquelle je crois retrouver la mienne. Par respect pour tous ces zélateurs d'une rue dont je finirai bien par parler, pour elle-même, quand le moment sera venu.

La rue des Carmes, c'est d'abord un contexte. Un contexte orléanais, c'est-à-dire national. Comment les habitants et les politiciens d'une telle cité ont-ils pu oublier pareille évidence ? Orléans, n'en déplaise aux négationistes, c'est elle :




Et c'est aussi cette autre, qui se reconnaissait en elle avant que le pays tout entier ne les confondît en une seule et même allégorie, le symbole de la vierge sainte et pure, martyre pour les martyrs, les pays martyrs, les villes martyres :


Thérèse qui signa comme le veut la règle des Carmes et des Carmélites, rel. carm. ind., "religieuse carmélite indigne", sa pièce de janvier 1895, Jeanne d'Arc accomplissant sa mission, où elle faisait chanter à la Pucelle dont elle jouait le rôle devant ses soeurs :

                                                 Ô France !... Ô ma belle Patrie !...
                                                 Il faut t'élever jusqu'aux Cieux
                                                 Si tu veux retrouver la vie
                                                 Et que ton nom soit glorieux.
                                                 Le Dieu des Francs dans sa clémence
                                                 A résolu de te sauver
                                                 Mais c'est par moi, Jeanne de France
                                                 Qu'il veut encore te racheter.

Et sauver la France, c'est d'abord sauver Orléans. Reconstruire la France, ce sera aussi reconstruire Orléans bombardé par l'aviation alliée. Et le travail sera colossal comme le prouve cette vision apocalyptique du centre historique, daté de 1943 :



Alors, avec l'aide du ciel et les bras des Orléanais,  renaîtra la nouvelle rue des Carmes, des ruines de la précédente plongée dans la douleur et dans la mort, mais aussi dans l'espoir de la Libération. Elle sera un peu plus large et un peu plus rectiligne, comme toutes les rues restaurées...

A suivre

Bernard Bonnejean

Publié dans culture humaniste

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