5 X 100 O

Publié le par Bernard Bonnejean


Ou le régime des cinq fruits et légumes

Au moment où un gouvernement provisoire (ils le sont tous) avait augmenté le tabac de manière significative, votre serviteur se mit à réfléchir sur l'actualité de ses poumons et l'avenir de son porte-monnaie. Convaincu que les uns finiraient par ne pas mieux remplir leur office que le second, ma volonté me poussa à m'arrêter de fumer. Ce fut moins difficile que je ne l'aurais cru à entendre les tabacologues de mes amis, qui, à en croire les commentaires de ces héros anciens fumeurs, vous auraient plutôt incités à ne surtout pas essayer un sevrage angoissant, déprimant, torturant, asservissant. Encore un peu, par le jeu des anagrammes, l'expérience se fût terminée en servage...


Un inconvénient, cependant, bien réel celui-là : le coeur et les poumons gagnèrent à l'épreuve, mais aussi le ventre qui finit par grassouiller de partout. On dira ce qu'on voudra. Les hommes sont certes insensibles à leur apparence physique, mais ils ne le sont pas au regard accusateur de leurs compagnes. Surtout lorsqu'il est accompagné d'un léger soupir exprimé avec juste assez de puissance pour vous permettre de le traduire : "Mieux vaut ne pas te le dire, mais il me semble bien que tu as encore grossi, non ? Enfin, le principal est que tu te sois arrêté de fumer".

Au bout de quelques mois, j'en parlais au généraliste qui me réconforta ainsi : "Vous avez le choix, Monsieur Bonnejean. Vous mangez ce que vous voulez, vous buvez itou, vous vous faites plaisir autant que vous le désirez, et vous mourrez un peu plus tôt. Ou bien, vous faites un régime, vous vous privez de tout, et vous mourrez centenaire, mais vous vous préparez un avenir d'une tristesse !...". Je consentis à évaluer positivement cette sagesse.


Ce qui ne m'empêcha pas d'aller frapper à la porte d'une nutritionniste. Pardon, Docteur, mais dès que je vous ai vue, toute menue, toute maigrichonne, nerveuse comme de la viande qui a trop couru, j'aurais dû tourner immédiatement les talons. Mais je m'étais lancé un défi. A peine avais-je relevé le gant, que vous m'asséniez un bilan catastrophique dont chaque étape se terminait par : "Mais vous vous rendez compte ?"


 
Et ces photos, ignobles, qui vous montrent à gauche des assiettes vides aux 4/5èmes et à droite d'autres pleines aux 4/5èmes. Le supplice consiste à dire qu'à partir de dorénavant, comme on dit à la télé, vous vous contenterez de la portion congrue de gauche que nos ancêtres n'auraient pas eu l'ignominie d'offrir au pauvre de passage. Sans compter le coup de la marche à pied. Ah ! Messieurs les Maires de Laval, si le syndicat d'initiative a besoin d'un expert en paysage urbain, je suis votre homme. J'ai parcouru notre belle ville de long en large pendant des mois, sans faillir, sans faiblir, encore que...


Encore que, tout fier de mes vingt kilos de moins en six mois, sans les félicitations de Maîtresse Nutri, je me suis retrouvé... à l'hôpital après qu'elle m'a dit, gentiment : "Bon ! Maintenant que vous savez ce qu'il faut faire, il est inutile que vous reveniez !" Et moi qui croyais lui faire plaisir en faisant semblant de regarder les affichettes sur la façon d'accommoder les patates, pour qu'elle ait une vue de profil de mon ventre presque plat. C'est vrai que malgré mes marches de commando, j'étais devenu légèrement pâlichon, au point que des amies me crurent atteint, je l'ai appris par la suite, d'une maladie grave.

Remarquez, c'est bien aussi, une jolie dame qui vous regarde avec des yeux transis de désespoir devant le cadavre qu'elle vous voit devenir. J'exagère ? Dites-moi donc pourquoi il y a beaucoup plus d'infirmières que d'infirmiers !

Tout ça pour vous présenter, d'une part mes excuses pour avoir retrouvé mes rondeurs (pour mes amis), mes protubérances disharmonieuses (pour un vila in) ; d'autre part ce beau cadeau de Dame Catherine, une idée de régime quasi végétarien qui ferait verdir d'envie un vert mi-figue mi raisin.


 
Finalement, voici donc résolue l'antinomie alimentarofinancière fruit + légume vs prix de revient + dévitaminose. Cher Docteur n° 1, vous aviez raison : une façon comme une autre de mourir jeune, avec la considération des bourgeois et la commisération des bigotes qui n'en pensent pas moins.

Tout ça, c'est pour rire, bien sûr ! Le seul point commun que je partage avec Sarkozy : je suis un buveur de flotte, sauf le dimanche, tant qu'il ne nous aura pas privé de dimanche.

A bientôt les Amis

Bernard Bonnejean
  

Publié dans humour grinçant

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