C'est pas sérieux, la poésie

Publié le par Bernard Bonnejean


Quand j'entends le mot "culture", je rigole

Pour les pauvres petits nenfants qui se lèvent tôt pour aller à l'école et puisque c'est dimanche, voici trois poèmes pas tristes.

 
LE HARENG SAUR (Charles CROS)




Il était un grand mur blanc - nu, nu, nu,
Contre le mur une échelle - haute, haute, haute,
Et, par terre, un hareng saur - sec, sec, sec.

Il vient, tenant dans ses mains - sales, sales, sales,
Un marteau lourd, un grand clou - pointu, pointu, pointu,
Un peloton de ficelle - gros, gros, gros.

Alors il monte à l’échelle - haute, haute, haute,
Et plante le clou pointu - toc, toc, toc,
Tout en haut du grand mur blanc - nu, nu, nu.

Il laisse aller le marteau - qui tombe, qui tombe, qui tombe,
Attache au clou la ficelle - longue, longue, longue,
Et, au bout, le hareng saur - sec, sec, sec.

Il redescend de l’échelle - haute, haute, haute,
L’emporte avec le marteau - lourd, lourd, lourd,
Et puis, il s’en va ailleurs, - loin, loin, loin.

Et, depuis, le hareng saur - sec, sec, sec,
Au bout de cette ficelle - longue, longue, longue,
Très lentement se balance - toujours, toujours, toujours.

J’ai composé cette histoire, - simple, simple, simple,
Pour mettre en fureur les gens - graves, graves, graves,
Et amuser les enfants - petits, petits, petits.





CONVERSATION (Jean TARDIEU)

(sur le pas de la porte, avec bonhomie)




Comment ça va sur la terre ?
- Ça va ça va, ça va bien.

Les petits chiens sont prospères ?
- Mon Dieu oui, merci bien.

Et les nuages ?
- Ça flotte.

Et les volcans ?
- Ça mijote.

Et les fleuves ?
- Ça s'écoule.

Et le temps ?
- Ça se déroule.

Et votre âme ?
- Elle est malade,
le printemps était trop vert,
elle a mangé trop de salade.



LE CID (Georges FOUREST)





Le palais de Gormaz, comte et gobernador
est en deuil : pour jamais dort couché sous la pierre
l'hidalgo dont le sang a rougi la rapière
de Rodrigue appelé le Cid Campeador.

Le soir tombe. Invoquant les deux saints Paul et Pierre
Chimène, en voiles noirs, s'accoude au mirador
et ses yeux dont les pleurs ont brûlé la paupière
regardent, sans rien voir, mourir le soleil d'or

Mais un éclair soudain, fulgure en sa prunelle :
sur la plaza Rodrigue est debout devant elle !
Impassible et hautain, drapé dans sa capa,

le héros meurtrier à pas lents se promène :
"Dieu !" soupire à part soi la plaintive Chimène,
"qu'il est joli garçon l'assassin de papa !"

Bon dimanche et à bientôt les Amis

Oui, bon dimanche. Gardez précieusement cet extrait d'Un Dimanche à la campagne, ce sera un précieux document d'histoire de France, même s'il y a, bien entendu, des négationistes pour vous traiter de menteurs.


Vos petits-enfants vous demanderont un jour :

"Dis, Papy, raconte-nous encore qu'est-ce que c'était le dimanche !"
Et malgré les yeux levés au ciel de votre gendre, pour la vingtième fois vous répondrez :
"Mes pauvres petits, c'était avant...
- Avant quoi ?
- Avant Sarkozy. Vous demanderez à votre père. Il se souvient peut-être.
- C'est vrai qu'on faisait rien, le dimanche ?
- Au contraire, on ne travaillait pas pour de l'argent mais on essayait de faire toutes les choses qu'on avait amassées dans sa tête tout le reste de la semaine. Et ça nous rendait heureux.
- Alors, Papy, pourquoi le méchant Sarzouki il a supprimé le dimanche ? Il aimait pas que les Français soient heureux ?"

Et vous pourrez bien leur répondre ce que vous voudrez, à vos petits-enfants. Je m'en ficherai complètement : je serai mort.  


Bernard Bonnejean

Publié dans poésie

Commenter cet article