Le petit ami à Coco-Bel-Oeil

Publié le par Bernard Bonnejean

que je souhaiterais à tous d'avoir

Mon titre vous semble énigmatique. Il ne l'est pas pour tout le monde et ne le restera bientôt pour personne. C'est mon souhait le plus cher. Si vous voulez avoir le contexte, il serait bon que vous commenciez par lire mon article précédent. Pas si comique qu'il en avait l'air ; j'irais même jusqu'à dire vraiment pas comique du tout !

Ainsi François Mauriac, dit Coco-Bel-Oeil, aurait eu des tendances homosexuelles. Ce qui, bien entendu, fait jaser dans Landerneau. J'en ai eu des Madame Michu des deux sexes pour me glisser, comme un secret de famille : "T'as appris pour Mauriac ?" Comme si j'y pouvais quelque chose ! 



Pourquoi m'érige-t-on confident de Malagar ? Parce que François commença par être poète. Et comme il était catholique... Il entre logiquement dans mon domaine : Les Poètes catholiques d'avant 1914. Je me serais fait houspiller par Mauriac à se voir ainsi catalogué dans cette catégorie, mais là n'est pas le problème.

Figurez-vous qu'à ce titre, je connais bien l'un des deux "petits amis" des deux recueils d'avant-guerre Les Mains jointes et L'Adieu à l'adolescence, que Barrès considérait comme des chefs-d'oeuvre. 

Je ne vous parlerai que de cet auteur de vers prometteurs, à qui j'ai donné une place très importante dans le tome III à paraître au Cerf. A mon avis, personne de ceux qui se sont autorisés à découvrir la "face cachée" du grand écrivain ne s'est donné la peine de lire quoi que ce soit d'André Lafon. J'ai même eu un mal de chien à me procurer un exemplaire de son recueil intitulé La Maison pauvre. Pour ma part, je vous avouerais pourtant une préférence pour Lafon. D'ailleurs, Mauriac devenu romancier était loin d'être tendre envers le Mauriac poète qu'il niait avoir été pour de bon. Je résume sa pensée : mauvais poète et mauvais catholique. Autrement dit, le grand Barrès se serait trompé de bout en bout. Voire !



Avant que Barré n'en parle (Barré, pas Barrès), j'étais à cent lieues d'imaginer qu'il y ait eu autre chose qu'une amitié très forte entre les deux jeunes hommes. Et je persiste à croire, contre l'avis éclairé des spécialistes en sexualité littéraire [Verlaine, Rimbaud, Gide, Foucault et Aragon vieillissant eurent aussi droit à la lecture expliquée par l'inversion], que le sentiment et l'admiration réciproques l'emportèrent sur tout le reste, si tant est que ce "tout le reste" existât vraiment. J'en veux pour preuve ce passage des Nouveaux Mémoires Intérieurs parus en 1965. Lisez bien ce témoignage et vous comprendrez mon sous-titre, "que je souhaiterais à tous d'avoir" :

Le défaut de la cuirasse, le point où m'atteindre à coup sûr, tient dans cette tranquille installation entre deux contraires, au long de ces soixante-dix années. Si les saints n'existaient pas, et cette foule obscure, sans cesse renouvelée de génération en génération, d'immolés et de crucifiés, je pourrais arguer que la vie chrétienne ne saurait être rien d'autre que l'art d'adapter l'Evangile aux exigences de l'ambition et d'une sage économie en vue de la réussite et pour aider à l'avancement.

Mais enfin cet homme qui me regarde, ce condamné, ce hors-la-loi, a été reproduit, ou plutôt a revécu trait pour trait dans d'innombrables vies. Je me demande s'il n'y a rien de plus beau dans la liturgie que la litanie des saints. J'en ajoute chaque année à la liste de ceux que j'invoque le matin et le soir. L'homme est une créature capable de Dieu, capable du Christ. Le miracle chrétien, c'est que nous puissions être le Christ. Qu'Il vive en nous, ce ne serait pas assez dire, mais que nous soyons Lui comme Il est nous, c'est cela la merveille.

Je ne puis donc prétendre que mon double jeu fut inévitable : d'une part je sais, j'ai toujours su que le christianisme tient dans cette croix -- chacun la sienne à sa mesure -- acceptée, assumée. Et d'autre part, je n'ai pas l'excuse de me dire que je ne suis pas un Jean de la Croix et que je ne suis pas saint Vincent de Paul ; car j'ai rencontré au cours de ma vie, non pas quelquefois, mais souvent depuis mon enfance, des créatures très simplement immolées et dont l'immolation allait de soi, si j'ose dire, et qui n'étaient pas des saints du calendrier mais des créatures pareilles à moi, et même qui appartenaient à la même espèce : André Lafon, par exemple. Lui qui, à vingt ans, avait nourri toute la naïve ambition du poète et de l'écrivain, à peine fut-il revenu à Dieu, il brûla les étapes du renoncement. Il est mort seul, sur son lit d'hôpital, totalement dépouillé, si dépouillé que je n'ai pu faire s'arrêter sur son oeuvre et sur sa vie le rayon de gloire qu'elle méritait. Dans ce destin si proche, si familier, j'ai vérifié que même un pauvre poète qui se dit chrétien, n'est appelé à rien d'autre qu'à prendre la croix et à suivre son maître. Tout le reste de l'Evangile eût pu être perdu sauf cette parole et le récit de la Passion, et l'Eglise aurait pu naître. "Le Christ s'est anéanti lui-même, écrivait Paul aux Philippiens, prenant la forme d'esclave... (c'est bien cette forme-là que Michel Ciry a fixée). Il s'est humilié lui-même, se faisant obéissant jusqu'à la mort et jusqu'à la mort de la Croix."
 




Avouez que les amateurs de biographies croustillantes en seront pour leurs frais. Autant d'ailleurs que ceux qui auront lu La Vie et la Mort d'un Poète, hommage de Mauriac à Lafon imprimé en 1924 qui commence par ces deux exergues :

A NOTRE MAÎTRE ET AMI FRANCIS JAMMES, qu'André Lafon a tant aimé.

C'était un jeune homme au visage fier et très pur, aux manières discrètes, nobles, volontairement effacées. Il observait cette constante dignité que j'ai connue à Albert Samain... Son profil pâle et brun, moins fatal qu'attristé, aurait pu doubler sur une médaille celui de Maurice de Guérin. On eût situé facilement notre camarade au Cayla, assis sous un chêne étoilé, auprès de la grande Eugénie... Georges Dumesnil, après Strowski, se prit d'une grande amitié pour lui. Et je suis bien sûr que le bon maître catholique de la faculté de Grenoble sera aussi triste en lisant ces lignes qu'il était joyeux, tendre et admiratif lorsque, dans le vieux salon de Lasagne où il nous avait réunis, il s'écriait en voyant la porte s'ouvrir : "Lafon !" 

Francis Jammes 




Quand on connaît la réputation de coureur de filles du très catholique Jammes, il est permis de ne pas être convaincu par la thèse de Jean-Luc Barré. Vous allez me dire que ça ne prouve rien. Non ! Mais ça ne prouve pas le contraire non plus.

Le 7 novembre 1914, Lafon revêtait l'uniforme. On ne le laissa jamais partir pour le front : santé déficiente. Début mai, on le retrouve à Saint-Giers-sur-Gironde où il attrape une angine. Le 5 mai 1915, il meurt à l'hôpital militaire du cours Saint-Jean à Bordeaux.


Blessés français à l'hôpital Saint Paul. Soissons - 1917.


Donc, finalement, pas de quoi fantasmer !


A bientôt les Amis, Friends from abroad, Freunde aus dem Ausland,


Bernard Bonnejean



Publié dans religion

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Dame Catherine 07/08/2009 18:49

Décidément, il faut lire ce livre. L'avez-vous lu, Bernard ? Moi non.

Je serai bien curieuse de savoir combien de pages occupe cette vie privée. Une, deux pages ?

Jean Mauriac a répondu à une question de JL Barré. Si cette question a été posée c'est que c'était déjà un secret de Polichinelle.

Et si Jean Mauriac a accepté de répondre, pourquoi ne pas penser que c'était pour remettre les pendules à l'heure ? Lui qui est son fils est sans doute le plus apte à rétablir la vérité dans son contexte réel.

Bernard Bonnejean 07/08/2009 16:48

Je partage en grande partie votre point de vue, Dame Catherine, tout en regrettant que Jean Mauriac n'ait pas su préserver une vie privée à laquelle son père tenait.

Dame Catherine 07/08/2009 15:57

Bon. Donc, je vais me mêler de ce qui me regarde. Je vais aller boire un petit thé, moi.

Bernard Bonnejean 07/08/2009 15:25

Pas à vous, Catherine.

Dame Catherine 07/08/2009 15:16

Si je peux me permettre : à quoi ou à qui fait référence votre commentaire, Bernard ?

Dame Catherine 07/08/2009 15:13

Que Mauriac fut homo, je m'en tape. Qu'il fut homo + hétéro alors je dirais que cela a pu ajouter une dimension supplémentaire à son oeuvre, dans un contexte où l'homosexualité était pratiquée mais férocement traquée. Et c'est tant mieux.
Cela dit, " Le Général et le journaliste " est un long entretien entre JL Barré et le fils de François : Jean Mauriac. Ce n'est donc pas la thèse ou le livre de JL Barré, mais la transcription de ce long entretien. La couverture du livre ne laisse aucun doute là-dessus, Jean Mauriac est bien cité comme l'auteur.
Dans la première vidéo publiée dans votre article d'hier, Jérôme Garcin ne s'y trompe pas, il est élogieux sur ce livre. Les extraits qu'il a lu m'ont donné envie de le lire. J'ai trouvé que Jean Mauriac parlait avec une tendresse infinie de son père.
Maintenant, bof ! que la maison d'édition trouve bon de communiquer uniquement sur une toute petite partie du bouquin qui parle de l'homosexualité de F. Mauriac, parce que c'est vendeur, c'est son affaire. Mais vous me permettrez de trouver ça limite, surtout vis-à-vis de Jean Mauriac qui, semble-t-il, a abordé le sujet avec une extrême délicatesse et beaucoup d'intelligence.

Bernard Bonnejean 07/08/2009 14:14

AVIS IMPORTANT

Suite à une mise en garde extrêmement appuyée d'un professionnel de la santé, je me vois au regret de vous annoncer mon intention de rester à l'écart de toute forme de commentaire s'agissant de ce type d'atteinte psychologique [le "pervers narcissique manipulateur"].

Il semble,en effet,

que ces individus sont extrêmement dangereux,

que je signe de mon vrai nom sans aucune arrière-pensée, mais non plus sans protection d'aucune sorte

et que je ne suis pas armé pour les affronter

En outre, l'homme de l'Art m'a ouvertement dit que je n'étais pas de taille à reconnaître le pervers de sa victime, sachant que toutes celles qui se présentent ici peuvent être des hommes et des manipulateurs.

En conséquence, je prie les victimes de ces malades de croire sincèrement à mon empathie, les conviant si elles le désirent à venir ici témoigner au bas de cette page [page sur le portrait établi par Madame Hirigoyen]. Mais vous n'aurez plus d'avis de ma part, qui n'en ai pas le droit ni les aptitudes.

Avec mes regrets les plus sincères,

Bernard Bonnejean

J'ai envoyé ce message pour la première fois il y a quelques mois. Et, certain de mon bon droit, je n'ai tenu aucun compte de l'avis du psychiatre. Aujourd'hui, je vous renouvelle cet avertissement, au désespoir de n'avoir rien pu faire pour personne.Il y va de mon équilibre et de mes relations avec ma famille.

DANGER : Ces gens-là ont pignon sur rue notamment dans le domaine politique et maçonnique. La façade est constamment refaite à neuf mais l'intérieur est pourri. Vous ne gagnerez pas contre eux avec des armes "normales". Pardon à toutes celles à qui j'ai fait du mal par excès d'amour noble.

Toute tentative masquée d'intimidation ou de jalousie perverse sera immédiatement mise à la poubelle.