Noël

Publié le par Bernard Bonnejean

C'est toujours Noël quelque part,

Ce soir, je suis un peu fatigué. Allez savoir pourquoi. Déçu et fatigué. Elles ont fêté les soixante-quatorze ans de ma grande soeur, et ne m'ont pas invité. Pourquoi ? Parce que j'ai osé contredire une demoiselle institutrice qui ne comprenait pas que des retraités manifestassent "pour se payer des vacances". Comme apparemment, la maîtresse n'avait rien compris au film qui se déroulait sous ses yeux, je me suis permis de lui donner un minimum d'explications. Le prétexte était trop beau : on s'est débarrassé du vilain petit Nanard à bon compte. "Nous empoisonne l'existence le frangin ! D'abord, de quoi qu'il se plaint le frangin ? Il a réussi ses hautes études et a bien gagné sa vie, presque jusqu'au bout. On n'a pas idée d'avoir des idées comme il a. Non mais, vous vous rendez compte ? Il se dit catholique. Il était prof dans l'enseignement catholique. Il écrit des bouquins catholiques et

quand il vote, c'est à gauche ! Quand il vote... !!!!


Non seulement, il n'aime pas notre Petit Pâmé, le gai luron hongrois neuilléen, le fils de nagybócsai Sárközy Pál,
« petit lieu marécageux » en magyar, et d'Andrée Mallah,  fille d'un chirurgien, juif séfarade de Salonique converti au catholicisme ; non seulement, lui l'assidu de Solesmes, il n'aime pas non plus Fillon, l'employé en chef du Petit Pâmé [désormais PP], ci-devant ministre du Travail, des Relations sociales, de la Famille, de la Solidarité et de la Ville, le seul bilan positif incarné (c'est lui qui le dit) du brillant dégustateur de tête de veau, occasionnellement spécialiste en art africain ; non seulement il ne les aime pas, mais il le dit, il l'écrit, même à table devant l'aréopage des zélateurs retraités qu'ont eu la chance de partir avant "la crise". 

FINI N-I NI ! Je veux plus le voir", qu'elle a dit la grosse jalouse : "Moi, les cathos de gauche qui font des fautes exprès même que ça donne pas le bon exemple à la jeunesse française, comme aurait dit le bon Maréchal, qui croivent encore qu'il faut partager le travail et le capital, qui la ramènent alors qu'ils sont chômeurs, je leur cause plus". Après qu'elle a vidé son venin, elle se dépêche, parce qu'elle va être en retard à la messe. 

Pourtant, j'en connais une autre de vieille demoiselle, catholique aussi, qu'essayait pas de régner sur un troupeau de moutonsses conquis aux idées libérales. Elle s'appelait Marie Rouget et a décidé de s'appeler Marie Noël, et déjà ça, c'est tout un programme. 

Et elle a écrit ça, Marie Noël : 


CHANT DE LA MERCI

 

 

Ils entreprirent d’instituer un Ordre pour la Rédemption des captifs… se livrant soi-même plus d’une fois pour la délivrance d’un grand nombre.

(Office de Notre-Dame de la Merci)

 


A tous ceux-là qui très loin sont captifs

Dans le silence ; aux âmes enchaînées

Par la longueur des muettes années

En nul ne sait quels abîmes plaintifs ;

A ceux dont l’ombre a tant de murs sur elle

Qu’ils n’ont jamais pu donner de nouvelle

De leur nuit noire aux gens qui sont dehors ;

Ceux pleins d’appels dont nulle voix ne sort,

Dont le secret cherche un mot qui l’emporte ;

Ceux dont le cœur bat sans trouver de porte,

A tous ceux-là — je ne sais pas combien —

Je viens. Je suis petit oiseau, je viens.

Je viens, je suis moucheron, un rien frêle.

Une aile. Et j’ouvre et je donne mon aile

Pour alléger leur épaule et mon chant

Pour délivrer leur âme à travers champs.

Je viens. J’ai pris dans leurs fers, à leur place,

Leur cœur en moi pour m’envoler avec.

Je suis le pleur jailli de leurs yeux secs,

Je souffre en eux, je lutte, je suis lasse,

J’ai faim. Je tremble en des rêves tout bas,

J’ai peur… Je suis ce que je ne suis pas,

— Ce que je suis peut-être — jeune fille

Que le printemps entête et qui vacille

Avec ce cœur lourd de divin ennui

Qu’on ne peut pas porter seule — Je suis

Celle blessée entre toutes qui pleure.

Et je serai les pauvres tout à l’heure.

— Quand je suis eux je ne dors pas la nuit —

J’irai criant, pour qu’un cri nous soutienne,

Mes maux — les leurs — nos tâches, nos soucis

Avec leur bouche pauvre, pas la mienne.

Je serai vieille, veuve… morte aussi

Avec les morts. Je serai, quand la route

Fuit sous ses pieds, pâle, celui qui doute,

Tombe renversé dans le noir de Dieu

Et ne peut plus remonter au milieu

De ses dociles et douces prières.

Je serai lui — peut-être moi derrière,

Dans son abîme — Et, peut-être, au bord bleu

Du Paradis, je serai sainte un peu

Pour ceux des saints emmêlés en ce monde

— Les plus petits — dont la chantante foi

Veut s’envoler mais qui n’ont pas de voix.

Je viens, je suis, folle ou triste à la ronde,

Tous ceux qui sont…

Et quand je serai moi,

Moi toute seule, aride, sans génie,

Seule au lieu morne où la route est finie,

Seule au moment où le ciel obscurci

Ne s’ouvre plus ; quand, sans être entendue,

J’aurai ma voix et mes ailes perdues,

— Déjà peut-être elles sont loin d’ici —

Quelqu’un viendra. Je l’attendrai dans l’ombre,

Un frère, un cœur entre les cœurs sans nombre,

Quelqu’un à moi viendra pour la Merci

Aider mon âme à se sauver aussi.

 

(Marie Noël, Les Chants de la Merci, 1927-1928)

 

 

 et ça aussi

 

 

 

— Frère Ange, savez-vous d’où nous vient cette reine ?

Cette âme, savez-vous ce qu’elle a fait de bien ?

 

 

— Frère Ange, elle est au loin si petite qu’à peine

Je la vois dans le monde et que je n’en sais rien.

 

 

— La charité comme une eau folle entraîna-t-elle

Tous ses biens dans le sein des pauvres de Jésus ?

 

 

— Qui saura sa vertu ? Qui fera sa louange

Dans le silence où Dieu l’a gardée en chemin ?

 

 

— Frère Ange, qui verra sa lumière, frère Ange,

Puisque Notre-Seigneur la cache dans sa main ?

 

(Ibid.)

   


Je vais vous faire un aveu : si y'avait pas le bon Dieu, si y'avait pas mes grands copains Jésus et mon Ange, si y'avait pas ma tendre et douce Marie et ses copines, Thérèse, Bernadette et Gemma, si y'avait pas la Communion des saints là-haut et ici-bas, c'est de ce côté-là, moi, que je serais tenté de me tourner :



 

Oui, je sais bien, mes chéris du Ciel, que c'est pas bien. Eh bien, débrouillez-vous avec mes histoires ! Moi, j'me couche, comme au poker.

A bientôt, les Amis

Bernard Bonnejean




NOTE A L'ATTENTION DE MONSIEUR LE PRESIDENT
DE LA REPUBLIQUE ET DE CARLA,


La mise en boîte est une chose mais il est des sujets dont on ne se moque pas. Des promesses qu'il faut impérativement tenir, même si on n'en connaît pas toutes les conséquences. Souvenez-vous :

Séisme de L'Aquila : la France fait un don de 3,2 millions d'euros

Après s'être rendue dans la ville italienne en partie détruite par un tremblement de terre le 6 avril, Carla Bruni-Sarkozy a annoncé vendredi que la France financerait la moitié de la réparation du dôme d'une église de la (...)



Sachez-le : l'église Santa Maria del Suffragio que la France prend en charge, abrite Notre-Dame du Suffrage, autrement dit NOTRE-DAME DE LA MERCI. Relisez maintenant le poème de Marie Noël...

Quel symbole !! Merci de l'honneur que vous nous faites, Carla. Vous voici maintenant "première Dame", vraiment, au service de la "Première Dame", patronne de la France.


 J'allais oublier, belle Carla, ce petit conseil de la part des femmes de la famille (y'en a partout !!!)

Le sac à main, ben, la prochaine fois vous le laissez dans le coffre de la voiture du chauffeur. Parce que, franchement, ça vous donne un de ces airs "nunuche". Une belle nunuche, certes, mais une nunuche quand même... Qu'est-ce que vous allez faire de vos mains ? Question pas facile ! Faudrait demander à Nadine de Rotschild. Comment qu'elles font les autres ?  Ou alors un tout petit sac, juste pour donner une contenance ! Quand même, Carla, vous avez été mannequin ! Vous savez mieux que nos bonnes femmes, non ?

Publié dans Grosse fatigue

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