Al-Malik an-Nâsir Salâh ad-Dîn Yûsuf, Salâh Ad-Dîn Al-Ayyûbî, Salaheddine

Publié le par Bernard Bonnejean

Hein ??

"Faut te reposer, Nanard ! Tu divagues !  Ca peut plus durer d'aller te coucher à des heures pareilles !!"

Et pourquoi déraillerai-je, vous voulez me le dire ? Parce que je cause le mahométan ?  Et alors, on n'a plus le droit de parler ce qu'on veut ?

Savez-vous au moins de qui ou de quoi il est question ?

Même toi, Samia, la Tunisienne ; même toi, Samia, la Marocaine ; même vous, Sourour, l'autre Marocaine. Sans compter les berbères de banlieue parisienne qui me font la tronche, parce que j'ai dit un truc qui fallait pas sur les tenues féminines orientales. 

Avouez, toutes les quatre, que vous en tremblez déjà en vous demandant où je veux en venir avec mon arabe. Mon arabe ou mon Arabe ? Attendez un peu : ça vient.

Ma mère savait que quand son gentil mari sifflotait, c'était pas un bon jour. Moi, ce serait donc quand je me mets à la jactance outre-méditerranéenne ?

Ce n'est pas vrai ! Je vais même vous faire une fleur. Je vous dis le vrai nom de la personne :  

La « rectitude de la Foi », « celui qui reçoit la victoire de Dieu ». 

Vous le voulez en arabe ? Ben, faudrait savoir ! Enfin... Suffit de demander :

أبو المظفر صلاح الدين "الملك الناصر" يوسف بن نجم الدين أيوب بن شاذي

Et sa photo aussi ? Chaud devant !





Mais vous continuez à penser que, malgré sa bonne tête, ça va faire un peu long sur la carte de visite. Eh bien, je vous le concède ! Faites comme tout le monde : appelez-le SALADIN.

Là, je reprends la parlure professorale, parce que ça devient sérieux.

Ce premier « sultan » ayyoubide fut un intrépide combattant qui se consacra entièrement à la lutte contre les infidèles, nous quoi ! Salāh al-din Yūsuf (1138-1193), fils et neveu d'aventuriers kurdes au service de Nūr al-din, a dū sa fortune à son oncle Shïrkūh. Nūr al-din mort (1174), il s'empara de Damas et n'eut de cesse qu'il ne fût parvenu à enlever Alep aux Zengides et à imposer son hégémonie à Mossoul et aux émirats voisins. Mais les Francs restaient un obstacle à son ascencion.

En 1187, il se considéra comme provoqué par l'enlèvement d'une caravane pendant une trêve conclue avec le roi de Jérusalem. Il réussit à encercler et détruire l'armée d'Amaury à Hattin, le 4 juillet, ce qui lui ouvrit les portes de toutes les autres forteresses du royaume. Survinrent les premiers contingents de la troisième croisade, ceux du roi de Sicile. En 1191, les Francs reprirent Acre après deux ans de siège, sans oser attaquer Jérusalem.


Les trêves de 1192 reconnaissaient la présence franque à Tyr et à Acre. Saladin, bien qu'ayant épuisé ses forces dans la lutte, avait réussi à recevoir l'aide des autres princes musulmans. Il faisait désormais figure de chef.


Cependant les souverains ayyoubides, tout en se proclamant défenseurs de l'islam contre les infidèles, s'habituèrent à jouer des trêves avec les Francs, quitte à faire alliance avec eux, pour vider leurs querelles familiales. 

Les Francs apprirent donc progressivement à se familiariser avec l'image de l'ennemi redouté. Saladin devint l'adversaire respectable que les Francs devaient affronter.


L'archevêque Guillaume de Tyr, historiographe des rois de Jérusalem,  présente le sultan comme généreux et vaillant, mais ambitieux et cruel tant envers les chrétiens qu'envers les rivaux musulmans. Les chroniqueurs suivants le montreront comme un vainqueur vindicatif exerçant ses vengeances sur les Templiers et les Hospitaliers captifs. En outre, le sultan a réduit en esclavage une multitude de chrétiens, qu'il libérera au prix de fortes rançons.

Mais, et c'est là que je voulais en venir, on se souviendra longtemps, jusqu'à aujourd'hui sans doute, qu'il se refusa à massacrer les habitants de Jérusalem. On a même été frappé par diverses mesures généreuses dont ont bénéficié les pauvres sans valeur marchande, qui ont été laissés libres. Il aurait même rendu leurs maris aux dames qui le lui demandaient.


Voilà notre sultan paré d'un autre caractère. Pendant la septième croisade, Joinville s'est entretenu avec l'émir dont il était le prisonnier, et on les voit évoquer ce mot de Saladin à propos de la sincérité de la conversion à l'islam de tous les marins de la nef de Joinville :



Le dymanche aprés, l'amiraut me fit descendre et tous les autres prisonniers qui avoient été pris en l'yaue sur la rive du flum. Endementieres que on trehoit mon seigneur Jehan, mon bon prestre, hors de la soute de la galie, il se pausma, et en le tua et le geta l'en ou flum. Son clerc, qui se pasma aussi  pour la maladie de l'ost que il avoit, l'en li geta un mortier sus la teste, et fu mort et le geta l'en ou flum. Tandis que l'en descentoit les autres malades des galies ou il avoient esté en prison, il y avoit gens sarrazins appareillés, les espees toutes nues, que ceulz qui cheoient il les occioient et getoient touz ou flum. Je leur fis dire a mon Sarrazin que il me sembloit que ce n'estoit pas bien fait, car c'estoit contre les enseignements Salehadin, qui dit que l'en ne doit nul home occire puis que en li avoit donné a manger de son pain et de son sel. Et il me respondit que ce n'estoient pas homes qui vausissent reins, pour ce que il ne se pooient aidier pour les maladies que il avoient. Il me fist amener mes mariniers devant moy, et me dit que il estoient touz renoiés ; et je li dis avoient lessiez, assui tost les leroient il se il veoient ne leur point ne leur lieu. Et l'amiraut me fist respondre tele que il s'acordait a moy, que Salehadin disoit que en ne vit onques de mauvrais crestien bon Sarrazin, ne de mauvais Sarrazin bon crestien.


Joinville, Le Livre des saintes paroles et des bons faiz nostre Saint Roy Looÿs, éd. J. Monfrin, "Classiques Garnier", 1995, pp. 330-331.

Je m'arrête là, car tel était mon but.

La morale : il est certain que Francs et Musulmans partageant certaines valeurs chevaleresques, il régna une  estime certaine pour l'ennemi dont il reste encore des traces. Mais, selon le mot de Saladin que lui prête Joinville, "on ne vit jamais un mauvais chrétien devenir un bon musulman, ni un mauvais musulman devenir un bon chrétien".

Et l'espérance qui peut en naître ? Ces temps-ci, je parle beaucoup de Jérusalem, de la Terre Sainte, de la Palestine, de la terre d'Israël. Puissions-nous rester, les uns envers les autres, rivaux, parfois ennemis, respectueux de tous, pour préparer la paix.

A bientôt, les Amis,

Bernard Bonnejean


Puisque ce sont les vacances, écoutez donc cette leçon très instructive sur les croisades par un professeur du Collège de France :

 


Les 8 croisades
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Publié dans culture humaniste

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