Valls pour les nuls

Publié le par Bernard Bonnejean

 

Commentaires en bleu

 

 

Chère Martine,

 

J'ai lu avec étonnement la lettre dans laquelle tu m'adresses tes amitiés et m'enjoins... de me taire ou de quitter le Parti socialiste.

 

[Ces gens-là, je l’ai appris à mes dépens, sont parfois fort aimables. On ne peut s’étonner, mon cher ami, de lire dans la même lettre : « Casse-toi pauv’con. Bien amicalement ». Ces mots-là sont devenus, par suite d’une inflation croissante dans la civilité citoyenne, des formules vides. A votre place, Monsieur Valls (oui, moi je vouvoie et je n’oserais pas appeler quelqu’un qui ne m’a pas été présenté par son prénom. Des restes, sans doute, de l’ère René Coty…) ; donc, disais-je, à votre place j’aurais demandé à « chère Martine » de quel « Parti socialiste » elle voulait parler. Le sien 50% ou celui de Madame Royal 50% qui n’a plus le droit à la parole non plus].

 

J'ai conscience des difficultés de ton rôle et de sa part ingrate. Personne n'a oublié les circonstances exceptionnelles de notre dernier congrès. Beaucoup de forces se sont alors mobilisées pour étouffer l'indispensable démarche de rénovation. Après le désastre électoral du 7 juin dernier, je ne suis pas étonné que ces mêmes forces te demandent aujourd'hui d'imposer le silence dans les rangs.

 

[En réalité, ni Madame Aubry ni « l’appareil » n’ont rien compris à ce que vous appelez à juste titre un « désastre ». Car c’en est un ! Non pas tant parce que la majorité reste majoritaire contre toute attente ; mais parce que les votants qui eussent dû voter pour l’opposition, ont préféré devant le vide sidéral qui s’offrait à leur appréciation, s’abstenir. Nous sommes passés, en quelques mois, du tout sauf Sarkozy, au tout sauf Royal, et aujourd’hui du tout sauf Royal au tout sauf Aubry. Quant à imposer le silence dans les rangs, la dame en question y réussira d’autant mieux que les dits rangs seront de plus en plus clairsemés. On a crié à la trahison pour Besson ; on a moins crié pour Strauss-Kahn ; encore moins pour Kouchner ; presque plus pour Mélenchon ; plus du tout pour le neveu Mitterrand. C’est tout juste si nous n’allons pas nous demander bientôt ce que vous faites encore dans ce panier de crabes].  

 

Je suis surpris, par contre, par la méthode. Pourquoi avoir transmis simultanément ta lettre à la rédaction du Parisien ? L'objectif affiché par ton courrier n'est-il pas de clore l'ensemble de nos débats à l'abri des huis clos ? L'urgence était-elle donc telle qu'il ait fallu reprendre la plume pour masquer le cuisant échec d'une récente initiative épistolaire à l'attention des autres partis de gauche ?

 

[La preuve, s’il en était besoin, que la presse aux ordres de Sarkozy peut aussi être aux ordres de tout ce qu’on a institutionnalisé. Mais il est vrai que les huis clos sont particulièrement malhonnêtes dans leur forme et dans leur substance. Comme le dit l’avocat général de l’affaire « Fofana » : "Les défenseurs révèlent tout ce qui se passe en audience et que la loi m'interdit de dévoiler". Alors, soyons sérieux, ouvrez vos portes. On ne sera pas obligés d’y coller nos oreilles au risque de déformer les propos des uns et des autres. Quand on veut appeler les électeurs à voter pour vous, on ne leur ferme pas la porte au nez, surtout après avoir convoqué la presse… Oui, Madame, encore la presse…]

 

Mais je veux te répondre sur l'essentiel.

 

Tu me soupçonnes « d'espérer la fin du Parti socialiste ». J'y suis rentré à l'âge de 18 ans et j'y consacre ma vie. Sans jamais renoncer à mes convictions, j'y ai exercé de multiples responsabilités et j'en suis l'élu depuis 1986. Et contrairement à certains qui s'érigent aujourd'hui en grands sages, j'ai toujours respecté, quoiqu'il ait pu m'en coûter, le choix des militants et les règles de vote de notre groupe parlementaire dont je suis aussi l'un des animateurs.

 

[Une petite divergence, Monsieur Valls, pas grave, mais tout de même. Vous n’êtes pas là pour les militants, mais pour les gens normaux, qui, pour certains, ne demandent qu’à être sympathisants et votants, pour peu qu’on leur offre une autre perspective plus efficace et plus réjouissante. J’ai la nette impression qu’entre les militants, dont je connais un assez grand nombre, et la vox populi, il y a désormais un fossé qui a tendance à s’élargir. Si vous saviez ce que le vulgaire, au sens voltairien, pense des Hollande, des Delanoë, des Fabius, and co, et d’Aubry qu'ils couvent et qui les couve, vous en seriez le premier épouvanté. Comment le leur dire autrement que par nos votes ou nos absences de votes : "ON NE VEUT PLUS DE VOUS !!!" Est-ce assez clair ? Sont-ce eux que vous appelez les « grands sages » ? Vous galéjez, Monsieur, vous galéjez ! En tout cas, que vous espériez la fin de ce Parti socialiste-là, vous n’êtes ni le premier ni le seul. La France entière sait aujourd’hui qu’Hollande a préféré torpiller la gauche, avec la complicité de ses "amis",  plutôt que de laisser sa compagne bafouée aux commandes de l’Etat. Et il n'a même pas honte !]

 

Ton procès d'intention relève donc, au mieux, de la désinformation et, au pire, de l'insulte. S'il y a une chose dont j'espère la fin, ce n'est pas celle d'une formation qui garde encore l'honneur d'être le pivot de la gauche ; c'est celle d'une machine à perdre qui détruit l'espoir mis par nos concitoyens dans le progrès social.

 

[C’est à peu près l’idée que je viens d’expliciter. A ceci près : l’insulte est l’arme des faibles. On n’insulte pas ses adversaires et encore moins ses amis rivaux quand on est sûr de soi.]

 

Tu affirmes que notre « parti s'est remis au travail, s'est ouvert sur la société et a su porter des propositions fortes » depuis le congrès de Reims. Malgré un dévouement et une bonne volonté  que je ne mets pas en cause, force est pourtant de constater, pour l'heure, que ce travail et ces propositions n'ont pas convaincu nos compatriotes. Je suis frappé que tu n'évoques nulle part, dans ta lettre, les résultats du scrutin européen. Pourquoi un tel déni ? Faut-il que le désaveu ait été si cruel pour justifier un tel refoulement ?

 

[Ah bon ? De quel « travail » s’agit-il ? Cette fois le huis clos a été on ne peut mieux préservé. A part quelques manœuvres politiciennes pour caser ou pour casser tel ou tel, pour ma part je n’ai vu aucune avancée perceptible sur la voie des projets, programmes, réformes, etc. J’ai surtout entendu Madame Aubry répondre à un journaliste qui osait évoquer son départ quelque chose comme :  « Avez-vous entendu une seule voix de militant qui me mettait en cause ? » Ben oui, les militants, toujours les militants ! Mais qu’est-ce qu’on leur promet donc à vos militants pour qu’ils pensent précisément à l’envers de tout le monde ? A moins qu'on leur fasse dire n'importe quoi ! Faute de primaires...]

 

Il est vain de m'accuser qu'« il n'y a pas un jour, où [je] n'explique [...] que notre parti est en crise profonde ». La crise de notre parti – qui est aussi celle de la social-démocratie européenne – n'est pas de mon fait ; elle a été établie et sanctionnée par nos concitoyens eux-mêmes lors de toutes les échéances électorales majeures depuis 2002. Et si cette vérité dérange notre confort et nos certitudes, je prendrai toujours le risque, pour ma part – et avec bien d'autres – de l'assumer. Quel que soit le prix à payer, je ne me ferai pas le silencieux complice de l'aveuglement. C'est un choix éthique qui relève de ma conscience et qui donne sens à mon engagement. Je te confirme donc que mes propos reflètent bien ma pensée !

 

[Si vous allez jusqu’au bout de ce discours, M. Manuel Valls, que vous le concrétisez sans concession ni connivences d’aucune sorte, je suis prêt, comme des centaines de milliers d’autres, à vous suivre. Il vous faudra un courage inouï, vous en rendez-vous compte ? Mais si vous passez ce cap, vous serez mûr pour 2012. Si vous saviez ce qu'a enduré François Mitterrand avant de parvenir à ses fins ! Vous le savez ? Etes-vous prêt à subir la même expérience et vous en sentez-vous l'étoffe ? Oui ? Alors, foncez lentement !]

 

Il est également malhonnête de sous-entendre que je réserve ma parole « aux médias ». Avec une égale constance, je m'exprime à l'intérieur comme à l'extérieur de notre parti. Et si cette parole rencontre davantage d'écho hors les murs, c'est qu'elle entre en résonance avec des aspirations et des interrogations que l'on voudrait bien étouffer.

 

[C’est exactement ce que je tentais d’expliquer supra. D’ailleurs, Madame Aubry a-t-elle eu autant de scrupules quand il s’est agi d’aller se faire revernir les souliers chez Drucker, l'ami du genre humain ? Une émission qui valait son pesant de cacahuètes. A conserver précieusement dans sa vidéothèque !! Même Jacques Delors, pour lequel j’ai une admiration indéfectible, m’a semblé aussi lourd que le plat concocté par les talents culinaires d’un copain de Papy Jean-Pierre. Le meilleur du meilleur, la pommade au litre : «  Ah ! Martine ! Quel dommage que vous ne soyez pas comme vous êtes là avec nous ! Enjouée, sympathique, dynamique ». Autrement dit : « Arrêtez de faire la gueule et de jouer les dominatrices à l'extérieur. Ca fait du tort à votre carrière ! » Alors, juste un mot, Monsieur Valls : continuez à parler sur les ondes. Avec ou sans le sourire, on s’en fout !]   

 

…/…

…/…

[Jamais aimé les points de suspension à la Anastasie. C’est toujours un peu gênant. Mais je crois qu’ici, il s’agit uniquement de tourner la page, au sens le plus propre qui soit].

 

Ma chère Martine, tu l'auras compris, je ne renoncerai donc jamais à l'ambition collective de définir un nouveau projet pour la gauche – d'autant que je suis convaincu que nous pouvons gagner en 2012 et battre Nicolas Sarkozy. A travers mes ouvrages et mon expression publique, sans vouloir imposer une vérité, je me place toujours sur le terrain des idées et des propositions : école, retraites, sécurité, culture, entreprise, nouvelle ville...

 

[Sans commentaire. Je me déclare humblement ignorant. Encore une fois, je ne suis pas militant et au prix où sont les livres, j’achète autre chose que du Sarko, du Jospin ou même du Royal. Tant qu’à faire, j’ai dans ma bibliothèque du De Gaulle, du Pompidou, du Mitterrand et du Robert Buron. Peut-être achèterai-je du Valls ? J'y crois parce qu'il faut bien croire à quelqu'un. ]

 

C'est cet effort que j'ai souhaité amplifier – et je tiens à t'adresser, une nouvelle fois, mon intervention faite le mois dernier au Théâtre Michel ; et c'est cet effort que j'entends bien poursuivre au cours des prochaines années en m'appuyant sur l'expérience de nos élus locaux, la générosité de nos militants, l'attente de nos sympathisants et aussi sur les travaux de nos clubs de réflexions.

 

[Paragraphe peu convaincant, Monsieur Valls. A-t-on le droit de procéder à la substitution suivante : « à la générosité de nos sympathisants, à l’attente de nos militants » ? Les clubs de réflexions citoyennes : enfin quelque chose qui ressemble à du socialisme !]

 

Oui, pour redonner une envie de gauche, je pense qu'il faut transformer profondément notre formation, l'ouvrir réellement à la société et être clair sur des alliances qui ne doivent pas être déterminées au cas par cas.

 

[Tout à fait d’accord ! Marre d’un socialisme blafard légèrement verdi à la sauce Bendit-Doc-Honoris-Causa cru bourgeois numéroté millésimé 1968, rosi au colorant Mélenchon-Buffet-facteur-cycliste de Neuilly-sur-Seine. Madame Royal a raison : l’avenir c’est Bayrou et le Modem, pas le PCF ni l’extrême gauche ni les arroseurs de plantes vertes en pots recyclés]

 

L'idée selon laquelle un parti peut être à lui-seul porteur d'un projet clé en main pour transformer la société est aujourd'hui dépassée. Son action est désormais plus horizontale que verticale à l'instar de la révolution internet. La mise en place de primaires s'inscrit parfaitement dans cette évolution. A la lecture de ta lettre, je ne te cache pas ma profonde inquiétude sur ta conception très datée du parti.

 

[Mes commentaires confirment en tous points vos dires. Ceux et celles qui me connaissent pour venir me voir régulièrement savent que je suis catholique pratiquant, ami des moines de Solesmes, et pourtant de gauche, mais pas de celle d’Aubry et de ses courtisans. Pas facile à tenir comme position ? Comme la plupart des Français, je n’ai d'autre position politique que celle de mes intérêts et ceux de ma famille. On reproche aux politiques leur opportunisme ; il faudrait aussi le reprocher au Français moyen…]

 

Pour la gauche, l'urgence est de redessiner, avec les Français, une perspective qui suscite, à nouveau, l’espérance. En partant de notre traditionnelle ligne de clivage avec la droite – l'appréciation différente de l'origine des inégalités entre les hommes – je m'efforcerai, avec tous ceux qui voudront en faire l'effort, de jeter les bases d'un nouveau modèle de développement pour le 21ème siècle. Donner à chaque individu les moyens de son autonomie devrait devenir la nouvelle frontière de la gauche.

 

[Bon ! On attend franchement mieux. Ca sonne l’idéologie creuse, les bonnes résolutions du jour de l'an. On veut du concret Monsieur Valls, pas de la parlote style remise des prix à la rosière. Parce que j’ai décidé de vous faire confiance, je ne vous dirai qu’une seule chose, sans méchanceté : ce paragraphe sent la conclusion bâclée, rédigée à la hâte sur un coin de la table de la cuisine avant d’aller au boulot. Aucun intérêt, autre que stylistique, et encore !]

 

« Je me révolte donc nous sommes » disait Albert Camus. Par cette formule, il établissait une dialectique originale entre l'individuel et le collectif. J'espère que tu pourras aussi y voir, comme moi, une source d'encouragement et d'espoir.

 

[Bien la référence à Camus ! Faites parler les intellectuels, les vrais s’il en reste. Ces gens-là aussi ont des choses à dire. Pas d’accord du tout avec votre définition de la dialectique : tout acte de pensée ne peut être qu’individuel. De Gaulle était individualiste ; Mitterrand était individualiste. Alors que Sarkozy est prisonnier d’une caste ; Aubry d’une troupe d’éléphants en perdition. Soyez et demeurez Valls. La discipline de parti est un leurre. Les voyez-vous, les deux premiers précités, aller demander au parti ce qu'il faut dire et faire ?]

 

Et puisque tu me sommes de donner une réponse claire à ton ultimatum, je t'informe que j'entends bien rester fidèle à mon poste, à ma famille politique et à mes valeurs.

 

[On verra bien. Je vous souhaite de ne pas être trop vite excommunié par l’équipe en place. Ils ont un os à roucher, comme on dit dans la Mayenne, ils ne le lâcheront pas de sitôt et sans violence. C'est que c'est méchant une bête qu'on agace au moment de la pâtée !]

 

Avec toute mon amitié,

 

 

Manuel VALLS

Député de l'Essonne, Maire d'Évry

 

Les commentaires joints n’engagent pas Monsieur Valls, que je ne connais pas.

 

A bientôt, les amis

 

Bernard Bonnejean

 

Commenter cet article

Sourour 19/07/2009 03:10

bonsoir Monsieur Bonnejean je ne reside pas au Canada je suis actuellement a bRossard Canada une tres belle ville climat nature acuueil des habitants tout est super genial
je reside plutot au Maroc mais depuis le 19 juin je suis chez ma fille
Je vous remercie pour votre gentillesse et votre gnetill billet qui va droit au coeur
ma fille va mieux elle s accroche elle veut vivre elle est pleine d amour et d enrgie et ait tout pour etre presente
merci je le garde au fond du coeur et vopus souhaite une tres bonne nuit et un bon dimanche a bientot