Air à chanter en taule, suivi de KING OF THRILLER 'S GONE

Publié le par Bernard Bonnejean


CHANSON DE BERANGER


Né à Paris le 19 août 1780, le chansonnier Pierre-Jean de Béranger serait sans doute beaucoup moins célèbre aujourd'hui sans de multiples mésaventures qui ne doivent pas grand chose à son talent, indéniable. Son père fit le mauvais choix : royaliste inconditionnel, il se cache sous la révolution. Première chance pour le fils, puisqu'un autre exilé, Charles-Simon Favard, fondateur de l'opéra-comique, partage le sort paternel. Puis, Pierre-Jean est envoyé en pension chez un certain de Ballue de Bellenglise, directeur rousseauiste de l’Institut patriotique. Le garçon y apprend le chant avant d'entrer à 14 ans chez l'imprimeur Laisney où on l'initie à la poésie. 

Fort de ces "bonnes bases", comme on dirait aujourd'hui, Pierre-Jean devient chansonnier. Il publie La Clé du Caveau, un recueil annuel de chansons et d’airs. Il se fait connaître avec Le Sénateur, Le Petit homme gris, Le Roi d'Yvetot. La Restauration lui fait l'honneur de ne pas l'aimer. La chanson de Béranger devient une arme politique qui fait peur. En 1820, le Vieux Drapeau circule dans les casernes. Il attaque les gens en place : magistrats, députés, prêtres, jésuites. 

En 1821, il est condamné à trois mois de prison et cinq cent francs d'amende ; en 1828, à neuf mois et dix mille francs d'amende.  Il en sort, bien entendu, beaucoup plus populaire. Il a la délicatesse de mourir pauvre et de se faire payer ses funérailles par le gouvernement impérial.

Que pouvait bien faire un chansonnier en prison aux alentours de 1830 ? Surtout qu'on n'était pas si mal à Sainte-Pélagie à l'époque. On n'y manquait pas de place. Le condamné composa. Parmi toute sa production d'écroué, je choisis une chanson qui ne parle ni de prison ni de misère, à peine d'une petite révolte contre une religion mal comprise qui exhorte à la passivité, à l'acceptation de tout, à la résignation.

Ce que ne fait pas l'opposition orléanaise qui soutient son Bérenger à elle, Jean-Paul Morat, dit "Le Chat de gouttière", objet de la vindicte d'un mécontent de l'autre bord. Vous pouvez rendre visite à ce septuagénaire à la langue pendue : il est dans mes sites préférés.
 


L'ANGE GARDIEN

A l'hospice un gueux tout perclus
Voit apparaître son bon ange ; 
Gaîment il lui dit : Ne faut plus
Que votre altesse se dérange.
Tout compté, je ne vous dois rien :
Bon ange, adieu ; portez-vous bien.

Sur la paille, né dans un coin,
Suis-je enfant du Dieu qu'on nous prêche ?
Oui, dit l'ange ; aussi j'eus grand soin
Que ta paille fût toujours fraîche.
Tout compté, je ne vous dois rien :
Bon ange, adieu ; portez-vous bien.

Jeune et vivant à l'abandon,
L'aumône fut mon patrimoine.
Oui, dit l'ange, et je te fis don
De trois besaces d'un vieux moine.
Tout compté, je ne vous dois rien :
Bon ange, adieu ; portez-vous bien.

Soldat bientôt, courant au feu,
Je perdis une jambe en route.
Oui, dit l'ange ; mais avant peu
Cette jambe aurait eu la goutte.
Tout compté, je ne vous dois rien :
Bon ange, adieu ; portez-vous bien.

Pour mes jours gras, du vin fraudé
Mit le juge après mes guenilles.
Oui, dit l'ange ; mais je plaidai :
Tu ne fus qu'un an sous les grilles.
Tout compté, je ne vous dois rien :
Bon ange, adieu ; portez-vous bien.

Chez Vénus j'entre en maraudeur ;
C'est tout fruit vert que j'en rapporte.
Oui, dit l'ange ; mais, par pudeur,
Là je te quittais à la porte.
Tout compté, je ne vous dois rien :
Bon ange, adieu ; portez-vous bien.

D'un laidron je deviens l'époux,
Priant qu'il ne soit que volage.
Oui, dit l'ange ; mais nul de nous
Ne se mêle de mariage.
Tout compté, je ne vous dois rien :
Bon ange, adieu ; portez-vous bien.

Ce pauvre diable ainsi parlant
Mettait en gaîté tout l'hospice.
Il éternue, et, s'envolant,
L'ange lui dit : Dieu te bénisse !
Tout compté, je ne vous dois rien :
Bon ange, adieu ; portez-vous bien.

Et parce qu'il ne saurait y avoir de discrimination chez les gens de la Muse, je voudrais rendre hommage à celui-ci dont je viens d'apprendre la mort. Je sais qu'aujourd'hui beaucoup de mes anciennes élèves vont le pleurer et que les garçons devenus hommes vont se souvenir :






 

A bientôt les amis
 


Bernard Bonnejean


Références de la chanson "Ange Gardien" :

Béranger, Pierre-Jean de (1780-1857), Chansons de P.-J. de Béranger, précédées d'une notice sur l'auteur et d'un essai sur ses poésies, par M. P.-F. Tissot, tome III, Paris, Perrotin, 1829.

 

 

 

Publié dans poésie

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Nasr.samia 30/06/2009 10:18

Bonjour Bernard, je ne connais pas cette personnage, mais l'histoire de cette belle chanson est magnifique, je n'oublierais pas de faire une petite recherche sur ce chansonnier qui écrit très bien, bon mardi, gros bisous