NEDA NEDA NEDA NEDA NEDA NEDA NEDA NEDA NEDA NEDA

Publié le par Bernard Bonnejean


NEDA


 















Ô mort,
où est ta victoire ?

Victor Hugo
« La mort de Gavroche »

  

       Courfeyrac tout à coup aperçut quelqu'un au bas de la barricade, dehors, dans la rue, sous les balles. Gavroche avait pris un panier à bouteilles dans le cabaret, était sorti par la coupure, et était paisiblement occupé à vider dans son panier les gibernes pleines de cartouches des gardes nationaux tués sur le talus de la redoute.
     - Qu'est-ce que tu fais là ? dit Courfezrac.
Gavroche leva le nez :
     - Citoyen, j'emplis mon panier.
     - Tu ne vois donc pas la mitraille ?
Gavroche répondit :
     - Eh bien, il pleut. Après ?
Courfeyrac cria :
     - Rentre !
     - Tout à l'heure, fit Gavroche.
Et d'un bond, il s'enfonça dans la rue. (...) Une vingtaine de morts gisaient çà et là dans toute la longueur de la rue sur le pavé. Une vingtaine de gibernes pour Gavroche. Une provision de cartouches pour la barricade.
   La fumée était dans la rue comme un brouillard. Quiconque a vu un nuage tombé dans une gorge de montagne entre deux escarpements à pic, peut se figurer cette fumée resserrée et comme épaissie par deux sombres lignes de hautes maisons. Elle montait lentement et se renouvelait sans cesse ; de là un obscurcissement graduel qui blêmissait même le plein jour. C'est à peine si, d'un bout à l'autre de la rue, pourtant fort courte, les combattants s'apercevaient.
   Cet obscurcissement, probablement voulu et calculé par les chefs qui devaient diriger l'assaut de la barricade, fut utile à Gavroche.
   Sous les plis de ce voile de fumée, et grâce à sa petitesse, il put s'avancer assez loin dans la rue sans être vu. Il dévalisa les sept ou huit premières gibernes sans grand danger.
   Il rampait à plat ventre, galopait à quatre pattes, prenait son panier aux dents, se tordait, glissait, ondulait, serpentait d'un mort à l'autre, et vidait la giberne ou la cartouchière comme un singe ouvre une noix.
   De la barricade, dont il était encore assez près, on n'osait lui crier de revenir, de peur d'appeler l'attention sur lui.
   Sur un cadavre, qui était un caporal, il trouva une poire à poudre.
   - Pour la soif, dit-il, en la mettant dans sa poche.
   A force d'aller en avant, il parvint au point où le brouillard de la fusillade devenait transparent. Si bien que les tirailleurs de la ligne rangés et à l'affût derrière leur levée de pavés, et les tirailleurs de la banlieue massés à l'angle de la rue, se montrèrent soudainement quelque chose qui remuait dans la fumée.
   Au moment où Gavroche débarrassait de ses cartouches un sergent gisant près d'une borne, une balle frappa le cadavre.
   - Fichtre ! fit Gavroche. Voilà qu'on me tue mes morts.
   Une deuxième balle fit étinceler le pavé à côté de lui. Une troisième renversa son panier. Gavroche regarda, et vit que cela venait de la banlieue.
   Il se dressa tout droit, debout, les cheveux au vent, les mains sur les hanches, l'œil fixé sur les gardes nationaux qui tiraient, et il chanta :
   
On est laid à Nanterre,
C'est la faute à Voltaire,
Et bête à Palaiseau,
C'est la faute à Rousseau.
   Puis il ramassa son panier, y remit, sans en perdre une seule, les cartouches qui en étaient tombées, et, avançant vers la fusillade, alla dépouiller une autre giberne. Là une quatrième balle le manqua encore. Gavroche chanta :
  Je ne suis pas notaire,
C'est la faute à Voltaire,
Je suis petit oiseau,
C'est la faute à Rousseau.
   Une cinquième balle ne réussit qu'à tirer de lui un troisième couplet :
  Joie est mon caractère,
C'est la faute à Voltaire,
Misère est mon trousseau,
C'est la faute à Rousseau.
   Cela continua ainsi quelque temps.
   Le spectacle était épouvantable et charmant. Gavroche fusillé, taquinait la fusillade. Il avait l'air de s'amuser beaucoup. C'était le moineau becquetant les chasseurs. Il répondait à chaque décharge par un couplet. On le visait sans cesse, on le manquait toujours. Les gardes nationaux et les soldats riaient en l'ajustant. Il se couchait, puis se redressait, s'effaçait dans un coin de porte, puis bondissait, disparaissait, reparaissait, se sauvait, revenait, ripostait à la mitraille par des pieds de nez, et cependant pillait les cartouches, vidait les gibernes et remplissait son panier. Les insurgés, haletants d'anxiété, le suivaient des yeux. La barricade tremblait ; lui, il chantait. Ce n'était pas un enfant, ce n'était pas un homme ; c'était un étrange gamin fée. On eût dit le nain invulnérable de la mêlée. Les balles couraient après lui, il était plus leste qu'elles. Il jouait on ne sait quel effrayant jeu de cache-cache avec la mort ; chaque fois que la face camarde du spectre s'approchait, le gamin lui donnait une pichenette.
   Une balle pourtant, mieux ajustée ou plus traître que les autres, finit par atteindre l'enfant feu follet. On vit Gavroche chanceler, puis il s'affaissa. Toute la barricade poussa un cri ; mais il y avait de l'Antée dans ce pygmée ; pour le gamin toucher le pavé, c'est comme pour le géant toucher la terre ; Gavroche n'était tombé que pour se redresser ; il resta assis sur son séant, un long filet de sang rayait son visage, il éleva ses deux bras en l'air, regarda du côté d'où était venu le coup, et se mit à chanter :
  Je suis tombé par terre,
C'est la faute à Voltaire,
Le nez dans le ruisseau,
C'est la faute à...
   Il n'acheva point. Une seconde balle du même tireur l'arrêta court. Cette fois il s'abattit la face contre le pavé, et ne remua plus. Cette petite grande âme venait de s'envoler.



Les Misérables, Cinquième partie, Livre I,
« La guerre entre quatre murs », Chapitre XV « Gavroche dehors »


Bernard Bonnejean

Publié dans martyre

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Samia Lamine 24/06/2009 10:20

DES morts sont tombés par terre mais c'est la faute à qui???? Je répète que le tir est condamnable mais qui est le responsable???

Tout le monde sait que les réformateurs sont soutenus par l'occident notemment GB,USA...

Pourquoi ne respecter le résultat du scrutin du peuple
Dieu préseve l'orient des complots contre le liban, l'iran et la palestine dont le scrutin été refusé le lendemain dès que le résultat a été proclamé ;pourtant la veille le monde entier et ses observateurs ont déclaré la transparence des élections!! Ils s'attendait pas! Waou!!!! ça me révolte ces doubles mesures.

(J'AI POSTE UN ARTICLE SUR MON BLOG SUR LA QUESTION EN IRAN. IL N'EST CERTES PAS LE MIEN mais c'est comme si je l'avais écrit et tu es invité à venir m'insulter si tu veux. SUR 9A ON EST DEJA D'ACCORD.)

bonne journee.

Bernard Bonnejean 24/06/2009 14:04



T'insulter, Samia ? Pourquoi irais-je m'inviter chez toi pour t'insulter ? T'ai-je déjà insultée une seule fois depuis que nous nous connaissons ?


La mort de cette jeune femme m'a profondément choqué. Comme tout le monde. Elle m'a rappelé tous les martyrs d'Orient et d'Occident tombés pour leurs idées ou pour leur foi.


Si elle avait été catholique, protestante, athée, agnostique ou je ne sais quoi encore, ça n'aurait rien changé. Tu m'aurais entendu de la même façon.


Je suis intervenu très durement sur un blog orléanais à propos des bombardements israëliens sur les innocents de la bande de Gaza.


Chez toi, comme je te l'ai dit, je me contenterai de parler poésie, musique, civilisation arabe.


Amicalement,


Bernard