L'Olivier

Publié le par Bernard Bonnejean


ou un neveu de rameau


« J’ai examiné avec soin M. Bernard Bonnejean que vous m’avez envoyé en urgence suite à une perturbation évidente dans le maniement du lexique. De fait, il est remarquable que le patient anoblit le nom commun par l’initialisation d’une majuscule parasite (l'« Olivier »), alors que, paradoxalement, il semble vouloir affaiblir le procédé d’individualisation et de personnalisation communément marqué par la majuscule dans l’item « rameau », patronyme d’un musicien aussi célèbre que son neveu immortalisé par un certain Denis Diderot. 
  

Beau cas de confusion mentale, cher confrère ! Le patient présente des symptômes évidents de sénilité précoce à l’approche de la soixantaine. On ne peut certes déjà évoquer Alzheimer. Ce serait pour le moins prématuré. Cependant, l’hypothèse d’une atteinte cérébrale provoquant un trouble de l’attention, une désorientation temporospatiale, une perturbation des opérations intellectuelles semble d’ores et déjà admissible, à confirmer par des tests cliniques. Le patient interrogé sur les causes possibles de son hypertension intracrânienne a lui-même souligné une curieuse concomitance de bouffées aiguës délirantes, modalité réactionnelle assez fréquente du vieillard à toutes agressions, et les apparitions obsédentes de l’actuel président de la République à la télévision. Les multiples « fanfaronnades », je cite, de membres de l’UMP pourraient également être causes de troubles d’attention soutenue, d’un déficit dans la fixation des événements récents et d’étapes répétées d’anxiété pathologique. Afin d’éviter ces paroxysmes anxieux, il serait opportun d’éloigner le sujet des éléments sarkoziens psychologiquement perturbateurs ».


Il n’a rien compris mon psy ! Il faut dire qu'il est parfois bizarre !


 


Que je vous explique ! Hier, j’ai reçu des Éditions du Cerf la bonne nouvelle de la parution de mon ouvrage Le Dur métier d’apôtre. Les plus anciens et les plus fidèles d’entre vous se souviennent sans doute que j’en ai déjà parlé maintes et maintes fois. Les plus anciennes parmi les anciens, mes marraines déserteurs, savent même le nom de mon préfacier conservateur : Olivier Bourdelier. Ah ! je vous entends d’ici, vous : « Je vous l’avais dit : il a tourné sa veste depuis les élections. Un conservateur !!, vous vous rendez compte ? ». Oui, mais un conservateur de médiathèques, et… un poète, un vrai qui fait des vers et qui les vend.


Je vous ai déjà montré la première de couverture. J'aurais voulu placer la quatrième ci-dessous mais mon ordinateur s'y refuse absolument. J'en suis vraiment désolé. Vous ne perdrez rien au change car je vais vous trouver un trésor de substitution :



 

Alors, pourquoi j’ai titré mon article l’Olivier et pas Olivier ?


D’une part, parce que né natif d’Ernée, du département de la Mayenne, j’ai pour cousins le Maurice et le Robert, pour lesquels je reste imperturbablement le Bernard. Ça vous gêne ? Vous dites bien la Calas ou la Malibran, non ? C’est vrai qu’ils sont conservateurs, les Mayennais. Les Bleus de Paris ont eu bien du mal à leur imposer leur République, leurs faux curés et leurs lois liberticides. Il leur en reste des coutumes, des traditions et des préventions dont ils ne sont pas peu fiers.


D’autre part, parce que l’olivier, sans majuscule, me rappelle mes études de grec ancien. Isocrate (428-347) fut sans doute l’un des seuls Grecs à se tourner vers la bonne vieille terre aux dépens de la mer, largement ouverte au commerce et à l’hégémonie politique avec la construction du Pirée. Il trouva, pour détourner la bourgeoisie locale de ses ambitions libérales, une vieille histoire politico-religieuse : Athéna, rappela-t-il, était en conflit avec Poséidon ; elle avait fini par faire valoir ses droits de déesse protectrice du peuple athénien en montrant aux juges, chargés de gérer le conflit, l’olivier sacré, symbole de la sagesse et de la richesse paysanne. Le Discours sur la paix propose donc une belle leçon de moralité politique à partir de la défense d’une économie au service de la démocratie et non l’inverse. Quelle actualité que cette accusation :

 

 

 

 

 

 

J’attaque la domination qui pèse sur les Grecs et l’empire de la mer, et je démontre que cet empire, ni par ce qu’on fait, ni par ce qu’on subit, ne diffère en rien de la tyrannie. Je rappelle aussi ce dont cet empire a été cause pour notre cité, pour les Lacédémoniens et pour le reste du monde (Sur l’Echange, 64).


À vous de transposer… Je ne polémiquerai pas car je ne veux pas gâcher le beau cadeau de l’Olivier, le neveu du rameau.


Saviez-vous qu’à l’origine, le français neveu < lat. nepos désignait le petit-fils, le descendant direct. Si je dis donc qu’Olivier Bourdelier est le neveu, je veux dire qu’il descend directement d’un rameau. Et, bien entendu, d’un rameau d’olivier.


Et là, mes amis, j’en dis des choses !! Mon titre rappelle implicitement le rameau d’olivier que la colombe apporta dans son bec pour annoncer la fin du déluge, c’est-à-dire le pardon, la paix recouvrée, le salut pour l’humanité en péril, la victoire de l’amour et de la vie sur la haine et sur la mort. Il rappelle aussi la symbolique de l’art médiéval : la renaissance printanière, la pérennité de l’amour malgré la tentation de la désespérance.


Et Olivier ne m’en voudra pas de faire lire dans cet hommage de l’auteur chrétien que je suis à son préfacier cette tradition orientale : l’acclamation des héros et des grands en brandissant des rameaux, symboles de l’immortalité de leur gloire. Comme le jour où le peuple juif en liesse accueillit le Rédempteur en criant « Hosanna ! » au passage de ce « roi » monté sur une ânesse.



 

Je sais bien, Olivier, que vous n'êtes pas le Messie. Mais, comme me l’a dit récemment un agnostique, pour se moquer du pape : « Les voies de Dieu sont impénétrables » et gloire à lui de vous avoir choisi pour me faire comprendre que d’une certaine façon je sortirai revigoré de l'épreuve et victorieux. Merci l’Olivier, le neveu de rameau, de m'y avoir aidé.


À bientôt, les amis,



Bernard Bonnejean



DERNIERE NOUVELLE



C'EST REPARE !!


La voilà ma quatrième de couv. !

Je me demande quand même si les caractères vont être assez grands sur PC pour être lisibles.

Mais vous qui êtes experts en informatique, vous savez sûrement utiliser des loupes.

En tout cas, je suis content du travail extraordinaire de Monsieur Legrand, le maquettiste des Editions du Cerf, que je tiens à saluer au passage.

Publié dans poésie

Commenter cet article

dame Lepion 23/06/2009 03:08

Merci pour votre allusion aux précieuses, vous savez parler aux femmes avec élégance. Je suppose qu'en vous adressant à une patronne de Visitandines, vous lui tartinez du "Madame le Supérieur" ? Mon cher, les modes sexistes (je réutilise votre vocable un tantinet moqueur) vous ont déjà dépassé ; et sous peu vous submergeront. Hi hi ...
Quant à citer MAM, sa riposte sophistique à l'emporte-pièce fusant d'une bouche en taille-crayon ne la grandit pas. Si c'est le genre d'algarade qui vous comble d'aise...
Quand elle sera présidente de la République, on lui en greffera une paire car il faudra l'appeler "Madame LE Président". En attendant ce jour heureux, qu'elle veuille bien s'exprimer en conséquence : à la troisième personne du singulier comme Delon ; ou à la première du pluriel comme les agents ministériels.
Marre de ces relents de domination masculine, je me targe bientôt au Québec, où l'Office de la langue française se montre beaucoup plus bienveillant qu'ici, en montrant la voie à une langue connectée aux avancées égalitaristes.

Bernard Bonnejean 23/06/2009 10:11


Dame Lepion,

Sur cette affaire, si mince du dossier, je vous sens un peu courroucée. Où avez-vous mis votre humour que j'apprécie tant ?

Le coup du "on lui en greffera une paire" est l'argument lancé par le monsieur, de façon élégante, mais parfaitement sournoise, pour souligner une pseudo-masculinité du ministre en
question.

Croyez-moi, Ma Reine, le vrai féminisme, comme d'ailleurs la féminité, ne se loge pas dans les terminaisons, si j'ose dire. On peut écrire à Madame la députée sans que ça change grand chose à
notre affaire. Quand donnerez-vous du "Maîtresse" à votre avocate si vous en avez besoin ? Elle serait, je crois, plus gênée que ravie...

Tranchons le débat. C'est l'usage qui fait la langue, pas l'Académie française. Mes élèves ont toujours dit parlant de mes collègues femmes : "La prof". De là à écrire "la professeure"...
Nous verrons bien. Quant au français parlé au Québec, nous n'allons quand même pas nous mettre au cajun pour être à la mode !

Mais de grâce, vous n'allez pas prendre la mouche pour des vétilles, vous aussi !

Bon voyage chez nos amis du Canada. Et comme disait l'autre : "Vive le Québec librrre !"

Bisous sincères et honnêtes,

Nanard le Maudit


dame Lepion 22/06/2009 01:12

BB auteur, ça pose son homme. DL auteure, c'est déjà moins attendu, mais bon, on reconnaît mieux -c'est dans l'air du temps- nos spécificités féminines. Alors pourquoi pas déserteures ? Nous assumerions.

Bernard Bonnejean 22/06/2009 09:45


BB auteur ne pose pas plus son homme que DL auteur ne pose sa femme. Pas question de tomber dans ce pseudo-féminisme primaire qui n'a rien à voir avec le vrai.

Comment allez-vous faire pour DL pianiste ? Certain(e)s ont trouvé la parade : DL pianisteu, en insistant bien sur le eu final. Pas envie de céder un pouce de terrain aux précieuses à la
Molière. M'appelle pas Trissotin, moi !

Un journaliste a cru bon, sur France Inter, de poser une question à Madame Alliot-Marie en commençant ainsi : "Bonjour, Madame la Ministre". Le fayot s'est fait rabrouer par une Mame courroucée
comme elle seule sait le faire : "On dit Madame le Ministre". L'autre est passé de la pommade au vinaigre croyant fin de l'accuser de vouloir gommer sa fémininité. Ce à quoi elle répondit fort
justement : "Ministre est une fonction ; les fonctions n'ont pas de sexe".

Les tables et les chaises non plus. Elles sont au féminin depuis le latin classique.

"Oh regarde Firmin ! Une avion
- UN avion !!
- Ben dis donc, tu as de bons yeux !"

Hors de question, par conséquent, que je cède aux modes sexistes, quelles qu'elles soient.

Merci d'être passée me voir, quand même, chère déserteur.

A bientôt,

Bernard défenseur du point-virgule et du subjonctif imparfait


Samia Lamine 21/06/2009 18:35

Bonsoir BERNARD.

Je passe juste pour te souhaiter une bonne fête !

je repasserai pour lire l'article.

A bientôt.

Bernard Bonnejean 22/06/2009 01:03


Bonsoir petite Samia,

Tu ne fais que passer, me dis-tu. Il est des passages qui font beaucoup plus d'effets que de longs séjours. Quand Samia Nasr ou toi venez dire bonjour, je suis plein d'aise. Vous êtes toutes
les deux mes "petites Samia".  

Merci, Samia, de me pardonner. Je n'arrive plus à me taire sur les choses et les idées auxquelles j'attache de l'importance. Merci de m'avoir souhaité une bonne fête.

Sache que je n'ai jamais été indulgent vis à vis des gens pour lesquels j'ai une véritable estime. Les autres peuvent raconter ce qu'ils veulent : je m'en fous.

Mes élèves le savaient bien et mes colères, parfois terribles, ne les ont pas perturbés plus que ça.

A bientôt,

Bernard