Loin d'mon Carrefour

Publié le par Bernard Bonnejean


ou si le client a toujours tort il va voir ailleurs


« Qu’est-ce qu’il voulait, le petit bonhomme ?


– Un pain de deux livres bien cuit, s’il vous plaît.


– Tu veux un caramel ?


– Ben non mais, ben dis donc, t’es pas fou ma parole ??? »


J’avais six ans et la boulangère s’est souvenu de cette anecdote bien après qu’elle eut vendu son magasin de la place Thiers à Ernée.

 



Aujourd’hui rares sont les boulangères qui oseraient proposer une friandise à de petits bonshommes et de petites bonnes femmes que la maman débordée a envoyés aux courses. Cette clientèle se fait d’autant plus rare que se multiplient les « affaires » largement diffusées par les médias. À ce propos, on pourrait une fois de plus entendre dans la boutique la voix désolée de la patronne :


« C’est la mort du petit commerce ! »


Qui ? Quoi ? Qu’est ce C’ majuscule suivi d’une définition si infamante et si définitive ?


On peut lui donner un nom, des noms qui fleurissent en proportion de son évolution tentaculaire : près de chez nous, nous allions au Mammouth. Vous vous souvenez de Coluche dans La Publicité : « Mammouth écrase les prix ; Mamie écrase les prouts ». Une admirable contrepèterie de compétition, coincée entre Vivagel et les dragées Fuca ! Du coup, plus de Mammouth ! À la place on a installé un magasin Stoc. Et puis le Stoc est devenu Champion et ces derniers temps, le Champion a pris le nom de Carrefour. Laval (53) a hurlé chaque fois : la faute des socialistes qui veulent assassiner le centre-ville au bénéfice de la périphérie. Avec une petite pointe de racisme latent, sous-entendu, mais que tout le monde entend : y’en a plus que pour les Arabes !

Puis on a changé d’ère, sans changer d’air. Le phénomène s’est amplifié, mais il était impossible de conserver le même discours. Des sociologues de quatre sous nous ont expliqué, à nous les chalands minables aveugles sur les intentions réelles des affameurs de droite, que dans les quartiers des villes, grandes et moyennes, les petits commerces étaient condamnés à disparaître, la faute à un système de société à la recherche du meilleur prix où les nantis achètent les produits de base, de première nécessité, dans des grandes surfaces. Les plus durs allèrent jusqu’à évoquer une « pauvreté institutionnalisée », option préférée à l’augmentation du pouvoir d’achat. La preuve ? Les grandes surfaces devaient de plus en plus céder la place aux « hard-discount » !!


Soyons clair ! Le petit commerce était d’ores et déjà mort !!





Sauf que des études sérieuses réalisées par des chambres de commerce et d’industrie ont prouvé que si la grande distribution s’en sort bien, le petit commerce ne s’en sort pas trop mal non plus.


D’une part, on a calculé qu’il était rare qu’un citoyen lambda se trouve à plus de 5 km d’une boulangerie. Il est vrai que compte-tenu de l’envolée des prix du blé et des poussées du coût du carburant, ça risque de mettre la baguette hors de portée des moins favorisés s’il faut aller la chercher en voiture à l’autre bout du quartier. D’autre part, rares sont les départements ne disposant pas de pôles comportant un ensemble de commerces tels que boulangeries, pharmacies, tabac, boucherie, etc.


Oui, mais, me direz-vous, ça ne règle pas le problème des centres-villes. Examinons le problème avec les intéressés eux-mêmes :




Madame, Mesdames, vous détenez une des clefs essentielles de votre pérennité : la gentillesse et le sourire.


Nous revenons donc d’un court séjour à l’hôtel dans les environs du Mont-Saint-Michel. Pension complète à 60 € par jour. Je me connais : j’aurai vite oublié les huitres, le confort des chambres remises à neuf, le spectacle permanent de la Merveille. Mais jamais, Patron, je n’oublierai ces gens-là !!!

 



Elle s’appelle Sophie. Elle parle mieux anglais que je ne m’exprime en français. Et elle a le sourire du matin au soir, même en période de grande fatigue. C’est l’âme de la maison. Et quand elle n’est pas là, c’est une autre Sophie qui la remplace : 16 ans 4/5 de Normandie à croquer ; ou bien Michel, le Fougerais carismatique que rien n’agace apparemment. Du petit commerce comme ça vous fait oublier le meilleur marché du groupe Accor, croyez-moi !!


Et avant de rentrer à Laval, on a fait nos courses à Intermarché…


À bientôt, les amis



Bernard Bonnejean

Publié dans vie en société

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