Ô Solesmes, yo !

Publié le par Bernard Bonnejean


ou les amis de mes amis sont mes amis

Hier, comme prévu, je suis allé à l'Abbaye bénédictine Saint-Pierre de Solesmes, dans la Sarthe. J'y suis toujours accueilli par mon copain. Je vous vois déjà imaginer le moine longiligne tout de noir vêtu qui semble avoir quitté à regret son hâvre de piété pour faire honneur au passant. A ce propos, vous ne connaissez pas la devise des bénédictins. Les commerçants disent : "Le client est roi" ; les hommes de Dieu, partant d'un principe similaire, explicitent leur intention : "Accueillez chaque visiteur comme si c'était Jésus que vous receviez". Mais pour en revenir à mon copain, il n'est pas du tout moine. Je vous présente l'ange de l'accueil :

Que fait-il là ? Rien. D'où vient-il ? On n'en sait trop rien. A quoi sert-il ? A rien. Il est comme les poètes : parfaitement inutile et indispensable. Il n'a d'existence que pour le plaisir des yeux et la paix de l'âme. Petit, insignifiant, on le devine sous les ordres du ciel tout entier : les puissants archanges trop occupés ; les saints et saintes angoissés par les affaires du Monde - du Siècle, devrait-on dire, mais le terme est devenu trop ambigu ; les âmes des défunts en attente du salut éternel. Mais le ciel tout entier regarde ce petit être, l'un des préférés du bon Dieu, comme un père, son bambin. Et nous, quand on sait observer, on entrevoit un petit bout de ciel dans ce petit bout de chou sacré.



Et les moines, me direz-vous, ils sont aussi les amis du ciel ? J'ai demandé la permission et je l'ai obtenue. Je vais vous montrer ce que peu ont pu voir. Parce qu'ils n'ont pas franchi la clôture. Ne vous méprenez pas ! Ils ne se sont pas entourés de fil de fer barbelé ! Depuis que les moines existent, la solitude est leur compagne et l'isolement leur est vital. D'où la nécessité non de se protéger du monde mais de ne pas tomber dans nos pièges pour mieux nous aimer, nous aider et nous en protéger. Au fond du cloître, règne la mère des lieux. Ma statue de Solesmes préférée. Si vous le pouvez, faites un agrandissement de ce chef d'oeuvre des années 1920. Ce n'est pas l'Enfant-Jésus que la Vierge tient dans ses bras : c'est un moine en réduction ! Un moine-enfant ! La Vierge est la maman des moines qui se blotissent sur son sein ! Le symbole est à la fois naïf et tendre. Mais il emporte l'adhésion de tous.

Que vais-je faire à Solesmes ? D'abord, y voir mes amis. Ensuite, y prier. Après, me promener : mon ami moine est un excellent marcheur et la Règle de Saint-Benoît a prévu une promenade hebdomadaire le mardi ou le jeudi ; et vous pensez bien que j'en profite !... Et enfin, y trouver la paix.

Pourtant, jeudi à Vêpres, je me suis surpris à m'étonner. Le chant grégorien, croit-on, "est aujourd'hui apprécié pour sa qualité esthétique. C'est un genre musical qui appelle au calme, au recueillement, à la contemplation intérieure. Le chant grégorien a été qualifié de « Yoga musical de l'occident »". Je cite l'auteur anonyme de l'article wikipedia. Certes, quand on entend ce Pater Noster, on ne peut que souscrire à cette définition :

Pater noster, Notre Père.

A moins que vous ne préfériez cette version plus orientale de la même prière :


Le Notre Père en grec, un cadeau de mon ami Daniel.

Jeudi dernier, les mélodies étaient tout aussi paisibles. Le latin chanté aussi. 
Honnêtement, si je n'avais pas compris le sens, je me serai laissé prendre à ce long fleuve tranquille. Mais j'ai regardé, sur la page de droite, la traduction de ce que les frères psalmodiaent calmement, distinctement, sans hausser la voix :

Délivre-moi, Seigneur, de l'homme malfaisant,
défends-moi contre les violents ;

Ces gens-là dans leur coeur machinent des méfaits,
tous les jours ils provoquent des querelles.


Ils dardent leurs langues comme des serpents,
ils ont dans la bouche un venin de vipère.

Préserve-moi, Seigneur, des griffes du méchant,
défends-moi contre les violents ;
ces gens-là ont médité ma chute.

Pour me prendre, ces arrogants cachent des pièges,
ils ont tendu des lacets sur mon passage,
ils ont dressé contre moi des embûches.

J'ai dit au Seigneur : "C'est toi mon Dieu ;
Seigneur, prête l'oreille à ma voix suppliante".

Seigneur, mon Maître, toi, la force qui me sauve,
protégeant ma tête au jour du combat ;

Seigneur, n'accorde pas aux méchants ce qu'ils cherchent ;
ne laisse pas aboutir leur projet.

Ils ont la tête haute, ceux qui m'ont encerclé ;
que les submerge tout le mal provoqué par leurs lèvres.

Que tombent sur eux des charbons ardents,
que Dieu les plonge dans les fosses d'où l'on ne peut se relever.

Que les méchantes langues ne restent pas dans le pays,
que les violents soient pourchassés par le malheur jusqu'à périr.

Je le sais, le Seigneur fera justice aux humbles,
il rétablira les pauvres dans leurs droits.

Oui, les justes pourront rendre grâce à ton Nom ;
les hommes droits habiteront devant ta Face.


Finalement, ce psaume 139, il vaut peut-être mieux continuer à le chanter en latin. Les snobs mélomanes, qui ferment les yeux pour goûter la mélodie jusqu'à tomber en pâmoison, seraient bien étonnés s'ils daignaient jeter un oeil à la version française.

Ils ont juste oublié un détail, comme moi, je l'avoue. Il a bien et bel existé des moines-soldats, et pas pour rire !
Sans compter que les Jacques Clément et les Григорий Ефимович Распутин-Новый  !!!

Bernard de Clairvaux, mon saint-patron, ne voulait pas de moines gras et lourds.  En 1128, il rédige la règle de l'ordre des Templiers, moines par leurs vœux de chasteté, pauvreté et obéissance, mais aussi soldats, maniant l'épée et faisant couler le sang. Saint Bernard aurait dit d'eux qu'ils  "meurent pour leur bien et tuent pour le Christ", et se couvrent "le corps d'une armure de fer et l'âme d'une armure de foi".

Et s'il fallait prendre ce qui suit au sérieux !!??


Alors, vous faites ce que vous voulez, ça ne me regarde pas. Mais moi, je préfère rester l'ami de ces gens-là. Ce qui m'est d'autant plus facile, que je n'ai pas besoin de me forcer. Ceux que je connais sont d'une gentillesse à toute épreuve !

A bientôt, les amis,

Bernard Bonnejean

Publié dans religion

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