Toujours mort ?

Publié le par Bernard Bonnejean


ou ayez merci pour le pauvre gaffeur !

Commençons par pousser la porte de feu M. Druon.

 


Le Palais de l'Institut, facade Nord donnant sur la Seine, Coupole centrale et aile Ouest.

 

Dans un document ante mortem, il avait défini à quoi servait son auguste maison :


La première mission lui a été conférée dès l’origine par ses statuts.


Pour s’en acquitter, l’Académie a travaillé dans le passé à fixer la langue, pour en faire un patrimoine commun à tous les Français et à tous ceux qui pratiquent notre langue.


Aujourd’hui, elle agit pour en maintenir les qualités et en suivre les évolutions nécessaires. Elle en définit le bon usage.


Elle le fait en élaborant son dictionnaire qui fixe l’usage de la langue, mais aussi par ses recommandations et par sa participation aux différentes commissions de terminologie.

 

Plus loin, le pauvre Immortel qui mourut expliquait :

 

 

De la 9e édition, en cours de publication, l’Académie a fait paraître en 1992 le premier tome (A à Enzyme) et en 2000 le second tome (Éocène à Mappemonde).

Avec l’impression intermédiaire de cahiers au Journal officiel, les parutions faites à ce jour atteignent la lettre p.

 

Il est mort, Maurice Druon, sans s’être jamais interrogé sur ce que peut bien vouloir dire faire le zouave, le zozo, le zèbre. Il est mort sans avoir su qui était le zinzin d’over et si comme lui aurait parlé Zarathoustra.

 

On a quand même du pot, puisqu’ils sont parvenus à publier la lettre p. On va pouvoir savoir ce que c’est qu’une gaffe pour l’Académie française ? Je recopille :

 

 

Rsultats 1 3

(1)I. GAFFE n. f. XIVe sicle. Emprunt de l'ancien provenal gaf, croc, gaffe , driv de gafar, passer gu ; patauger .
1. MARINE. Perche munie d'un croc et d'une pointe de m
tal, dont on se sert pour manuvrer, pour tirer quelque chose bord, pour sonder, etc. Diriger une barque la gaffe. La gaffe accrocha une pave. 2. PCHE. Crochet mtallique servant tirer les gros poissons hors de l'eau.

(2)*II. GAFFE n. f. XIXe sicle. De mme origine que gaffe I.
Fam. Acte ou propos intempestif ou maladroit ; b
vue, impair, faux pas. Son manque de tact lui a fait commettre bien des gaffes. Faire une gaffe, une belle gaffe.

(3)*III. GAFFE n. XVe sicle, gaffre, sergent ; XVIIIe sicle, tre en gaffre, faire sentinelle . Issu du moyen haut allemand gaffen, regarder avec curiosit .
1. N. m. Dans l'argot des prisons, surveillant. 2. N. f. Pop. Seulement dans la locution Faire gaffe, faire attention,
tre sur ses gardes.



Là, franchement les gars, vous auriez quand même pu soigner la présentation. On sait que ça demande cher un informaticien français qui remplace les par des lettres accentuées, mais vous auriez pu vous en payer un pour mener à bien la mission que vous poursuivez. Enfin, c’est pas grave : on comprend et c’est le principal.

 

Nous nous intéresserons aujourd’hui au (2)*II.


Et notamment, à la gaffe parlée. Gaston est le spécialiste de la gaffe « faite ». Je connais surtout la gaffe « dite » et vous me permettrez de vous exposer ce que je connais.

 


A une époque lointaine, un jeune instituteur débutant, comme je vous l’ai dit, ne savait pratiquement rien des coutumes locales de l’endroit où on l’avait nommé. Un gars de la ville en sait cent fois moins que quelqu’un qui a été élevé à la ferme, même s’il est persuadé du contraire. Nous avions l’habitude, plus contraints et forcés que réellement convaincus, de recevoir les parents un par un lors d’une réunion dite justement « de parents ». Un jour, je me retrouvai face à face avec une dame dont la petite fille avait d’excellentes notes. Nous parlâmes de sa motivation, de ses perspectives d’avenir, de son comportement en classe et à la maison etc., enfin les trucs habituels, quoi ? Tout à coup, je la vis fouiller dans son sac à main. Au bout d’un moment, elle me dit :

« Est-ce que ça vous gênerais que je vous donne des pratiques ? »

Je me dis en moi-même qu’étant instituteur, je ne pouvais ignorer ce qu’étaient des pratiques. J’avais le choix entre un oui ou un non, aussi catégorique l’un que l’autre. J’optais, bêtement, pour un

« Mais non, bien sûr, Madame. Bien au contraire ».

Elle me tendit un billet en s’excusant de ne pas avoir prévu d’enveloppe. Je compris alors, à ma grande honte, qu’elle me donnait un pourboire pour me récompenser des bons résultats de sa fille.

 


Après la gaffe par ignorance, voyons maintenant un deuxième type : la gaffe par précipitation.

La Mayenne est le département où est né le très fameux Jean Cottereau, dit Jean Chouan. Il a commencé la contre-révolution royaliste dans un coquet village appelé Saint-Ouen-des-Toits. Il vécut là avec sa famille une bonne partie de sa courte existence avant d’être abattu par les bleus sur la route de Port-Brillet. Quand on a un personnage d’une telle importance, il est normal qu’on lui rende hommage, même si le royalisme n’est plus en vogue. Encore que… La municipalité de Saint-Ouen (prononcer comme Rouen) a donc aménagé un musée, dit le musée Jean-Chouan.

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Je décidai ce jour-là d’aller le visiter avec une amie que nous appellerons Sophie. Le guide s’arrêta pour commencer sa visite sous un arbre dont elle dit avec humour et conviction :

« Cet arbre est un prunier. Il est assez vieux pour avoir connu Jean Cottereau »

Ce à quoi Sophie répondit en un souffle :

« Elles sont restées belles, les prunes à Jean Chouan », une réflexion suivie d’un fou rire général…

 


Sophie avait un père qui exerçait le beau métier de tailleur de meules. Tout un programme ! Il avait passé sa vie à tailler des meules en grès ou en granit et à les installer dans des moulins. Si un jour vous venez en Mayenne, vous y verrez de nombreux moulins à vent ou à eau dont certains, très peu nombreux, tournent encore pour les touristes. On y meule surtout de la farine d’épeautre. Monsieur B, le père de Sophie, m’a raconté l’anecdote suivante :

« Je devais, ce jour-là, réparer une meule chez un de mes clients. C’est sa femme qui m’accueillit. Poliment je lui demandai :

« Comment allez-vous ? », ce à quoi elle me répondit comme on doit le faire à la campagne :

« On fait aller ! »

Mais, je crus bon d’ajouter :

« Et votre mari ? toujours…

Je m’arrêtai brutalement. Je venais de me souvenir qu’il était décédé, mais quelque chose me poussa à finir ma phrase

« … mort ? »

 


Le même tenait absolument à nous faire visiter le moulin de Thévalles, un endroit magnifique parfaitement tenu par M. de Vitton. Je me permets de dire son nom, car il mérite cette publicité pour son œuvre d’entretien et de restauration. Nous avions rendez-vous avec lui, ce matin-là. Nous frappâmes à la porte du château et nous vîmes arriver une charmante jeune femme, fort agréable et fort aimable. Monsieur B. crut bon de lui dire :

« J’ai travaillé au moulin il y a longtemps. J’ai rendez-vous avec votre mari. Pourriez-vous lui dire que nous sommes arrivés ? »

Le château de Thévalles est situé à Cheméré-le-Roi dans le département de la Mayenne, à 1 500 m

 

Et la jeune femme, en parfaite aristocrate, de répondre avec le sourire, sans laisser paraître la moindre irritation :

« Je vais dire à mon grand-père de descendre. Veuillez attendre ici quelques instants ».


A bientôt, les amis

Bernard Bonnejean


Publié dans humour léger

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