La Prose du transsibérien (version très abrégée statufiée expurgée)

Publié le par Bernard Bonnejean

ou de la petite Jehanne de France

 

Hommage à Blaise Cendrars
écrivain suisse naturalisé français
à Sonia Delaunay
juive russe
et aux statues de Jeanne d'Arc
lorraine donc pas française non plus


Cover of La prose du Transsibérien
et de la Petite Jehanne de France
1913


 

 

Sonia Delaunay-Terk
Cover wrapper, for the book La Prose du Transsibérien et de la petite Jehanne de France (Paris: Editions des Hommes Nouveaux, 1913)


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Prose du Transsibérien et de la petite Jehanne de France, la [Blaise Cendrars], poème-tableau de Blaise Cendrars, publié dans un format inédit en 1913. Le texte était accompagné des couleurs du peintre Sonia Delaunay et l’ouvrage — « premier livre simultané » — mesurait deux mètres de long une fois déplié (une partie est exposée au Centre national d’art et de culture Georges-Pompidou, à Paris).
" Dis, Blaise, sommes-nous bien loin de Montmartre ? "

Oui, nous le sommes, nous le sommes
Tous les boucs émissaires ont crevé dans ce désert
Entends les sonnailles de ce troupeau galeux
Tomsk
Tchéliabinsk Kainsk Obi Taïchet Verkné Oudinsk
Kourgane Samara Pensa-Toulone
La mort en Mandchourie
est notre débarcadère est notre dernier repaire
Ce voyage est terrible
Hier matin
Ivan Oulitch avait les cheveux blancs
et Kolia Nicolaï Ivanovitch se ronge les doigts
depuis quinze jours...

 

 

 

 

 

Jeanne d'Arc, Paris, Tuileries.

 

© Jean-Claude

 

 

 

Elle dort
Et de toutes les heures du monde
elle n'en a pas gobé une seule
Tous les visages entrevus dans les gares
toutes les horloges
L'heure de Paris l'heure de Berlin
l'heure de St Pétersbourg et l'heure de toutes les gares
Et à Oufa, le visage ensanglanté du canonnier
et le cadran bêtement lumineux de Grocho
Et l'avance perpétuelle du train
Tous les matins on met les montres à l'heure
Le train avance et le soleil retarde
Rien n'y fait, j'entends les cloches sonores
Le gros bourdon de Notre-Dame

La cloche aigrelette du Louvre qui sonna la Barthélemy
Les carillons rouillés de Bruges-la-Morte
Les sonneries électriques de la bibliothèque
de New-York
Les campagnes de Venise
Et les cloches de Moscou, l'horloge de la Porte-Rouge
qui me comptait les heures quand j'étais dans un bureau
Et mes souvenirs
Le train tonne sur les plaques tournantes
Le train roule
Un gramophone grasseye une marche tzigane
et le monde, comme l'horloge du quartier juif de Prague,
tourne éperdument à rebours.




Jeanne d'Arc, Beaugency.

©   Imagier net

 



Effeuille la rose des vents
Voici que bruissent les orages déchaînés
Les trains roulent en tourbillon sur les réseaux enchevêtrés
Bilboquets diaboliques
Il y a des trains qui ne se rencontrent jamais
D'autres se perdent en route
Les chefs de gare jouent aux échecs
Tric - trac
Billard Caramboles Paraboles
La voie ferrée est une nouvelle géométrie
Syracuse Archimède
Et les soldats qui l'égorgèrent
Et les galères et les vaisseaux
Et les engins prodigieux qu'il inventa
Et toutes les tueries
L'histoire antique
L'histoire moderne
Les tourbillons
Les naufrages
Même celui du Titanic que j'ai lu dans le journal
Autant d'images - associations
que je ne peux pas développer dans mes vers
Car je suis encore fort mauvais poète
Car l'univers me déborde
Car j'ai négligé de m'assurer
contre les accidents de chemin de fer
Car je ne sais pas aller jusqu'au bout
Et j'ai peur.


Kty---Statue-de-Jeanne-d-Arc---Rouen.jpg

 

Jeanne d'Arc, Rouen, Tuileries.

©   muad-statues

 

 

 

J'ai peur
Je ne sais pas aller jusqu'au bout
Comme mon ami Chagall
je pourrais faire une série de tableaux déments
mais je n'ai pas pris de notes en voyage
" Pardonnez-moi mon ignorance
Pardonnez-moi de ne plus connaître
l'ancien jeu des vers "
comme dit Guillaume Apollinaire
Tout ce qui concerne la guerre
on peut le lire dans les Mémoires de Kouropatkine
ou dans les journaux japonais
qui sont aussi cruellement illustrés
A quoi bon me documenter
Je m'abandonne
aux sursauts de ma mémoire...

 

 


The last section of La prose du Transsibérien et de la Petite Jehanne de France featuring the Eiffel Tower, 1913


A bientôt, les amis

Bernard Bonnejean

 

 

Commenter cet article

plikarpov 21/05/2009 18:06

"Ivan Oulitch avait les cheveux blancs".
Je ne m'appelle pas "Ivan Oulitch" mais "Nikolaï Nikolaïévitch Polikarpov" !

Bernard Bonnejean 21/05/2009 19:25


Большое спасибо за Ваш визит. Я радуюсь, вам действительный уметь, без понимания, хотя Ваш BCT

J'espère que ma phrase a du sens.

A bientôt

Bernard


Bernard+Bonnejean 20/05/2009 18:24

Décidément, voilà une journée à l'envers.

Obliger Tryphon à expliquer un bon mot !!! Autant demander au compositeur pourquoi il n'a pas intitulé la Danse des canards son Lac des cygnes...

Jusqu'où nous mènera la bêtise ?

Tryphon 20/05/2009 14:53

Je n'aime pas trop expliquer mes bêtises, mais pour une fois !
L'œil suivait minijack jusque chez vous...
... et la suite faisait allusion à la disparition annoncée de l'article !
Et voilà.

Bernard Bonnejean 20/05/2009 13:23

Tryphon,

Suite à une possibilité d'interprétation nuisible à une jeune personne respectable, j'ai été amené à détruire l'article que vous êtes le seul à avoir osé commenter. De ce fait, votre mot, que j'avoue ne pas avoir compris, est passé à la trappe uburlesque. Vous pouvez le reproduire ici. Les statues, en tant que représentations, ne risquent rien...

A bientôt