Merci Maître

Publié le par Bernard Bonnejean

ou l'hommage d'un écrivain thérésien du Cerf à Maurice Druon

Cher Père Nicolas-Jean Sed
Directeur des éditions du Cerf,

Lorsque je vous ai rencontré dans votre bureau du boulevard La Tour-Maubourg, il avait bien entendu été question de la publication de Clio. En bon éditeur, vous m'en disiez grand bien. En écrivain méfiant, rompu aux ruses de la profession pour y avoir travaillé de l'autre côté de la barrière, j'attendais le "mais" qui allait me fermer la porte de votre auguste maison. Ce "mais" vint au terme d'un long éloge, bien ficelé, assorti d'un "je vais faire l'impossible pour vous publier" aussi inattendu qu'inespéré. J'escomptais un "votre livre est magnifique, mais nous ne pouvons vous éditer" qu'on sert aux grands débutants naïfs ; vous m'avez donné du "en l'état où il est, on ne peut l'éditer, mais si vous acceptez d'en faire trois, autonomes, en le retravaillant, etc." J'avais compris votre "ce n'est pas dans la poche" comme l'assurance de votre grand sérieux.

Cette conversation, riche et passionnée, est facile à dater. Vous aviez eu une longue conversation téléphonique avec un individu que j'ai immédiatement reconnu pour important, au ton dont vous lui donniez du "Monsieur le Président". Ce dernier voulait être rassuré, aussi ne cessiez-vous de le réconforter avec des "Si si, c'est plutôt prometteur ! ", "Mais si, bien entendu, Monsieur le Président : c'est une belle vente pour ce type d'ouvrage", etc. Comme la conversation, restée pour moi énigmatique, se prolongeait, devant mes yeux ronds et mes soupirs impatients vous m'aviez chuchoté : "Sarkozy, président de l'UMP". Je me souviens que dans mon for j'avais pensé : "Que vient-il foutre ici, celui-là ? S'il y est, je n'y serai pas". Il n'y est plus, j'y suis encore. Comme quoi, il ne faut jamais dire : "Fontaine...".

L'Illustre avait commis son La République, les religions, l'espérance avec Thibaud Collin et Philippe Verdin, encore au catalogue. Pour vous prouver que la rancune n'est pas mon lot, je reproduis in extenso le résumé du bouquin de mon cher et éminent confrère, le petit Nicolas. L'inconvénient, c'est qu'après lecture de ce digest, on pourra causer du bouquin doublement présidentiel sans l'avoir jamais lu. Et ça ne va pas arranger vos finances :

Avec ce livre, Nicolas Sarkozy affronte l'un des tabous de la société française : la place des religions dans la République. Il aborde sans complexes le défi de l'islam comme religion en France, la construction des mosquées, le foulard à l'école et dans l'administration, le radicalisme de certains imams, l'élan religieux des jeunes générations, la formation des prêtres, les relations avec le Vatican, l'anticléricalisme, le contrôle des sectes, l'enseignement du fait religieux, les violences racistes qui prennent pour prétexte des appartenances religieuses... Sur toutes ces questions, Nicolas Sarkozy s'engage. Il souhaite inventer une laïcité ouverte et apaisée, où chacun, quels que soient sa foi ou ses doutes, puisse vivre son espérance et participer à la construction de la société démocratique. Dans la liberté de la conversation, le lecteur découvre un homme qui parle de la République, de la foi, de ses rencontres avec des figures spirituelles qui l'ont marqué, des convictions qu'il veut transmettre à ses enfants. L'autorité de l'auteur et l'urgence des thèmes abordés font de cet ouvrage une contribution majeure à la réflexion sur les valeurs fondatrices de la République et l'avenir de la laïcité française.

Du vrai Sarko, en quelque sorte : un fourre-tout d'idées hétéroclites, un capharnaüm de pensées diverses toutes aussi explosives, qui donnent l'illusion de l'action, d'une révolution en devenir, et finissent en un "prout" de pétard mouillé. Comme dans le sac à main d'une dame, mais pacifique lui au moins, il y en a tellement qu'on est obligé d'y trouver ce qu'on cherche ou, au moins, quelque chose qui y ressemble. Fin de la polémique, hors de propos !

Notre rencontre date donc, mon Père, de quelques mois après cette parution, soit au printemps 2005.

Cependant, je n'étais pas venu pour Clio, mais pour ma meilleure amie  : la petite Thérèse, autrement dit Thérèse de Lisieux. Je vous avais apporté le manuscrit de La Poésie thérésienne, mon cadeau à/de la petite sainte. A vrai dire, vous n'étiez pas chaud. Le Cerf publie de longue date ce qui se dit et s'écrit de mieux sur Thérèse en langue française. J'arrivais après Mgr Guy Gaucher, après le carme belge Conrad de Meester et après le père Pierre Descouvemont. Et surtout, surtout après :

Les Oeuvres complètes de sainte Thérèse de l'Enfant-Jésus, Edition du Centenaire, éd critique accomplie par une équipe formée de soeur Cécile, du Carmel de Lisieux, Mgr Guy Gaucher, o.c.d., évêque auxiliaire de Bayeux et Lisieux, soeur Geneviève, o.p. du monastère de Clairfontaine (+ 1981), Jacques Longchampt, Jeanne Longchampt, et Bernard Bro, o.p., éd. du Cerf et Desclées de Brouwer, 1992.

La grande édition de référence reconnue par tous les spécialistes thérésiens, récompensée pour le travail accompli, grâce à votre esprit de persuasion, par le Grand Prix de l'Académie Française. Grâce aussi à Maître Maurice Druon qui sut convaincre ses amis immortels que vous le méritiez.

Certes, on retiendra plutôt ceci du grand homme, parce que plus "porteur" comme on dit aujourd'hui :



Le Chant des Partisans de Maurice Druon et Joseph Kessel


A ce propos, il serait peut-être bon de rappeler les faits, tels qu'ils se sont produits. Anna Marly, un témoin unique de ce chant connu dans le monde entier, nous raconte cette histoire pour le moins passionnante. Faites l'effort, chers lecteurs, je vous en prie, de l'écouter jusqu'au bout. N'attendez pas les travaux d'historiens pour vous documenter. Il y a toujours un danger de négationisme ou de récupération. Surtout pour les grandes figures de l'histoire.


 

Témoignage d'Anna Marly, le compositeur du Chant des Partisan, 1ère partie



Témoignage d'Anna Marly, le compositeur du Chant des Partisan, 2ème partie

C'est ce personnage-là aussi, cher Père, Maurice Druon. Celui des encyclopédies et des dictionnaires. Pour moi, il restera à jamais ce grand écrivain, académicien français, qui, en vous honorant, honora la petite sainte, et nous tous qui avons écrit sur elle pour votre grande maison.



Bernard Bonnejean

qui salue bien ses amis lecteurs et leur dit à bientôt.
 

Publié dans culture humaniste

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Samia+Nasr 16/04/2009 23:59

Bonsoir Bernard,
Bernard Bonnejean est docteur et agrégé de lettres, spécialiste de la poésie du XIXe siècle, notamment de Verlaine et des poètes catholiques. Je suis ravie de savoir que tu es spécialiste de la poésie du 19 ème siècle, je comprends pourquoi un jour tu as laissé un commentaire sur un de poème de Verlaine que j'ai publié sur mon blog en approuvant sa poésie, je dois lire ton livre, je vais me le procurer sûrement, je voudrais bien découvrir livre La poésie thérésienne, je te souhaite une bonne soirée, bises

Bernard Bonnejean 17/04/2009 10:16


Attention, sérieux !

Chère Samia,

Savez-vous que la petite Thérèse est assez maligne pour se faire aimer aussi dans le monde musulman ? Partout où passent ses reliques, elle est vénérée par des hommes et des femmes qui cassent du
catholique à longueur d'articles. C'est comme ça !
Je n'aurai pas l'indélicatesse d'insister sur ce qui est pour moi plus qu'un honneur : ma patronne marocaine veut lire mon bouquin ! Vive Thérèse !!

A bientôt Samia


Dame Catherine 16/04/2009 23:49

Bingo ! C'est quand on fait retour chariot (entrée) que le machin prend le mors aux dents. C'est beau la teknik. Et moi qui allais m'extasier sur le tout nouveau joli look de la fenêtre commentaire...

Bernard Bonnejean 17/04/2009 10:11


Ils m'auraient mis un "nouveau joli look" sans me prévenir !?


Dame Catherine 16/04/2009 23:46

Et paf ! Pareil qu'à Dominique, le commentaire est parti tout seul au moment où j'ai fait un retour chariot pour aller à la ligne. Bah, je vais vérifier si c'est récurrent. Allez zou !

Bernard Bonnejean 17/04/2009 10:10


Et moi qui allait mettre ça sur le dos des télécoms sénégalaises !


Dame+Catherine 16/04/2009 23:42

Tout de même, on aurait tendance à conclure que Sarko vous embrenne. Notez, aux toilettes ce n'est pas bien grave. C'est partout ailleurs que ça pose problème. Enfin bref...

Bernard Bonnejean 17/04/2009 10:09


Tout est affaire d'environnement contextuel, comme i'disent.


Samia+Nasr 16/04/2009 23:40

Oui ! J'ai dit : "Je vous écoute !"
Non, tu ne m'écoutes pas, un brin d'humour avant de lire ton article, je suis sur ton blog et j'ai vu le commentaire de Dominique et votre réponse et ça me fait rire, je voulais aussi vous faire rire, si j'ai bien réussi, je te souhaite une bonne soirée.
PS: Il y avait un poète que je voulais découvrir sur ton blog, je cherche car j'ai oublié le nom, bises

Bernard Bonnejean 17/04/2009 10:08


Un poète ? Sur mon blog ? Attendez que je réfléchisse.

En rayon, nous avons actuellement les soldés, en livre de poche, pour les zenfantsdeszékoles ; les promos, un recueil acheté, dix pour cent de vers en plus pour aller à la pêche ; les défunts
oubliés et les vivants inconnus, qui, normalement, devraient le rester ; et deux ou trois que je connais, de vrais vivants et de vrais poètes : Olivier Bourdelier, Guy Goffette (même si...), Yvon
Le Men (même si...).


Samia+Nasr 16/04/2009 23:37

Cher Bernard,

Bernard Bonnejean 17/04/2009 09:49


jjjjjjjjjjouurrrr Saaaaamiiiiaaaaaaaaaa,


Samia+Nasr 16/04/2009 23:37

Cher Bernard,

Bernard Bonnejean 17/04/2009 09:48


Bbbbbon bon bon bon


Dominique+Baumont 16/04/2009 17:28

Quand vous parlez de fatras, d'illusion d'action et enfin de conneries présidentielles j'imaginais benoîtement que vous n'étiez pas franchement sarkophile(ou). Bien à vous. Dominique

Bernard Bonnejean 16/04/2009 18:09


Et voilà ! Tout de suite les préjugés !  Mais je l'adore, moi, Sarko, même sa femme ! J'ai son portrait punaisé sur la porte des cabinets juste sous le calendrier offert en étrennes par mon
pharmacien. Non ! Pas le portrait de sa femme, celui de Sarko ! Pour reposer l'oeil. C'est des iris. Mais non, je ne vous parle pas de Sarko, je vous parle du calendrier. Pffff !



Dominique+Baumont 16/04/2009 15:49

une fois de plus ! je ne cromprends rien. Je continue.Je ne partage pas votre enthousiasme pour Maurice Druon. (que Dieu garde son âme) Les rois maudits que j'ai lu il y a ien longtemps ne m'ont jamais vraiment passionnés. Le fait Maurice Dron ait été académicien et secrétaire perpétuel ne change rien à l'affaire. Les honneurs sont souvent un supplétif au vrai talent comme celui de Léautaud par exemple. Bien à vous. Dominique

Bernard Bonnejean 16/04/2009 17:50


Maurice Druon, c'est tout, sauf les Rois Maudits. Vous voyez un quidam élu secrétaire perpétuel de l'Académie française pour avoir écrit les Rois Maudits ? On a certes la droite
la plus idiote du monde, mais quand même !

Vous avez raison : les Léautaud, les Rimbaud, les Verlaine, les Céline, les Jarry, les Villon, toute cette race d'écrivains zinzins, ivrognes, malfaisants, quelquefois taulards, quelquefois
pendables, fusillables ou guillotinables, omniphobes à commencer par eux-mêmes d'une haine qui les a tenaillés jusqu'à les rendre mégalos, malgré ou à cause de leur génie, n'ont jamais été à
l'Académie où l'on préfère les intellos bon chic bon genre. [Vous le voyez le Léautaud en habit vert en train de se disputer avec les copains sur la définition du mot blog ?]. On en parle
dans les écoles, mais sans tout dire aux bambins... [Si vous saviez le nombre de plaintes de parents d'élèves qui vont voir le directeur parce que le prof de français il a fait étudier "ça" par les
élèves, même que ma fille a été déçue, elle qu'avait confiance en lui et qu'elle a compris que le poème choisi c'était ni plus ni moins qu'une invitation déguisée à des cabrioles outrées... "Cachez
ce sein que je ne saurais voir". Les plus haïs : les surréalistes, bien entendu !]

Mais des Druon et des Kessel, il en faut aussi. Il faut des "grous d'honneur" comme on dit dans notre campagne (demandez à Yann qui doit connaître l'expression). En plus, des ministres de la
Culture intelligents, mal vus parce qu'ils font leur travail, quand ils se présentent il ne faut pas les laisser filer. Malraux non plus n'était pas un "vertueux" politique (de la guerre d'Espagne
à l'hommage présarkozien à Jean Moulin [il aurait sûrement fait l'éloge à Guy Môcquet, pas à ça près l'anarcho-gauliste, l'un des meilleurs ministres de la Culture du défunt siècle], y'a d'la marge
!!!).

Soyons juste et franc : Maurice Druon a fait obtenir le Grand Prix de l'Académie française à mon éditeur pour un immense travail sur sainte Thérèse de l'Enfant-Jésus, ma petite sainte bien
aimée.

Et c'est pour ça que ? Oui, c'est pour ça que.

Bernard


Dominique+Baumont 16/04/2009 15:44

les premiers commentaires sont partis sans que je ne fasse rien !!!! Je disais que j'étais content de vous lire sarkophobe.

Bernard Bonnejean 16/04/2009 17:06


C'est souvent comme ça les commentaires : ça part sans crier gare, comme les coups de fusil ou les conneries présidentielles. Mais pourquoi m'appelez-vous Sarkophobe ?!


Dominique+Baumont 16/04/2009 15:42

Cher Bernard,

Bernard Bonnejean 16/04/2009 17:03


Oui ! J'ai dit : "Je vous écoute !"


Dominique+Baumont 16/04/2009 15:41

Cher Bernard,

Bernard Bonnejean 16/04/2009 17:03


Cher Dominique,

Je vous écoute