Précieuse

Publié le par Bernard Bonnejean

 

ou la naissance d'un nouvel amour


Mon cher amour,

Tout, les aléas, les vicissitudes, les traverses, les afflictions, tout devait nous laisser étrangers l'un à l'autre. Non que tout nous séparât, mais que tout conspirait à empêcher notre rencontre. De mon côté, une tête chenue, un dos qui se voûte, des malaises inexpliqués, un coeur qui défaille parfois, sans compter le souci quotidien du possible manque ; du tien, la jeunesse, la beauté, l'allure, l'équilibre, et cette insatiable envie de vivre et de voyager que je ne puis satisfaire. Rien que ça (un détail pour beaucoup) aurait dû m'inciter à la prudence et à la plus extrême réserve.

L'amour, tu le sais, contrairement à ce qu'on en dit, est parfois égoïste. Toutes ces contrariétés, je les ai métamorphosées en autant de certitudes que je ne pourrais vivre sans toi.



Mes amis, bons garçons toujours un peu goujats, ont tenté de freiner mes ardeurs. Ils te trouvaient trop petite, comme si la taille comptait pour quelque chose dans le sentiment ; trop brillante, à supposer que cet éclat pût porter atteinte à mon humeur quand, au contraire, tu es le soleil de ma grisaille ; trop vive, trop dynamique, et, comble de mauvaise foi, pas assez gourmande... En fait, ils croyaient, les bougres, me détourner de toi en exagérant les contrastes, soulignant des qualités que je n'ai plus, tentant de les travestir en défauts à toi.

Si je t'aime, cher coeur, c'est peut-être parce que tu es mon complément indispensable, la faillite de ma sagesse, la poésie de ma raison. Je t'aime parce que tu es toi, et non pas moi. Et pas non plus toutes celles qui t'ont précédée.

Quand j'ai quitté Titine à Châlons-sur-Marne, dans un état de santé pitoyable, quasi inanimée, j'ai eu le coeur gros. Mais je la savais en bonnes mains, dans une maison convenable, à rendre de multiples services dans l'attente d'une retraite bien méritée. Près de quinze ans de vie commune, ça marque quand même. Il avait quand même fallu lui fournir des explications, à Titine, toutes les bonnes raisons pour lesquelles
je devais la quitter : des yeux jaunes d'hépatique, irrémédiablement ; une tendance excessive à la boisson ; sans compter que certains amis la trouvaient déjantée. Puis Totoche est venue, une capricieuse, fringante, pétillante de malice, drôle. Puis elle se mit, elle aussi, à râler au moindre effort, à avoir des problèmes de locomotion, une certaine tendance à s'affaisser, comme si elle se laissait aller, alors qu'en réalité, c'était déjà l'âge.




Pardonne-moi, mon amour, mais je ne serai pas ingrat envers ces deux-là. Nous sommes allés en Italie ensemble, en Espagne, à Bruges (tu te rappelles, Titine, comme c'était beau les canaux de Bruges-La-Morte ?) et presque partout en France.

Puis te voilà, toi. Les débuts furent difficiles. Ils se sont mis à deux pour favoriser notre rencontre. Deux entremetteurs sympas, experts chacun dans son domaine. Le premier, Samuel Caillot, un vendeur du garage Renault de Saint-Berthevin près de Laval (53) ; la seconde, Natacha Dufilhol, une conseillère de la DIAC, dont l'action fut déterminante dans notre liaison.

Il faut quand même que je te l'avoue, mon amour, ma Précieuse. Ma décision était prise avant même que Samuel ne me propose de te prendre à l'essai. Mais à peine t'ai-je eue en mains que ce fut le coup de foudre ! Restait, car il faut bien en revenir à ces histoires de gros sous, l'aspect financier : Natacha me prêta la somme nécessaire à ta dot, si je puis dire, à un taux défiant toute concurrence (TEG 3,9 sur 3 ans !!), une somme sans laquelle nous nous serions regardé l'un l'autre sans jamais nous aborder.

Et nous nous sommes juré fidélité jusqu'à ce que mort s'en suive.

Notre amour ne peut demeurer caché, aussi me permettras-tu de te présenter à mes amis :

FERRARI 360, CHALLENGE
"Eh ! oh ! Les giboles, ça va ? Même en miniature, tu vas pas nous faire gober ça, hein !"

Bon ! Je recommence !
[...] aussi me permettras-tu de te présenter à mes amis :


Papa : Renault, 34 Avenue de Paris, 53941 Saint-Berthevin Cedex 02 43 01 22 22
Maman : DIAC (voir avec les papas), ou éventuellement 04 78 17 77 95
Parrain : Samuel Caillot 06 14 19 79 98 de chez papa Renault
Marraine : Natacha Dufilhol de chez maman DIAC.

[Ben, mon vieux ! Il s'emmerde pas l'écrivain au chomdu ! Tu vois, Fernande où qu'il passe le bouclier fiscal ? Merde, pendant qu'on trime, lui i'vit de la sécu et des alloc !! J's'rais l'gouvernement, j'te foutrais tous ces parasites à l'usine, moi, et qu'ça saute, et plus vite que ça ! Et allez, par charrettes entières ! Et à pinces qu'i z'iraient, comme tout l'monde ! Et si i' manifestent, contre un mur, à coup de mitraillette. Et bon débarras ! Mais les Français sont trop cons ! I'croivent encore au père Noël ! Ah ! si on avait écouté Le Pen, j'aime autant t'dire qu'on n'en serait pas là !
Comment ça j't'agace ? Y'a jamais moyen d'discuter politique avec toi ! J'ai pas essuyé la vaisselle ? Je discute sérieusement là  et tu viens m'embêter avec ta vaisselle !!! La vaisselle, elle attendra ! Non mais alors ! La vaisselle !!...]

Précieuse et moi, nous vous disons à bientôt, les amis,

Bernard Bonnejean


Publié dans arts plastiques

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YannBBlues 16/04/2009 23:15

Bonsoir Bernard...
Mais tu vas durer autant que cette bagnole...c'est moi qui te le dis...de la graine de champion le Bernard,pas de la graine anémique ou transgénique...non,non;c'est d'la graine qu'à du poil aux pattes,d'la vraie,j'vous dit...
bonne soirée
Yann

Bernard Bonnejean 17/04/2009 09:47


Salut Yann,

J'te préviens, elle est pas drôle, mais j'peux pas m'empêcher.
Du poil aux pattes ? Ou tu t'épiles, ou tu t'effaces !
Je t'avais prévenu.

Bernard


Bernard Bonnejean 14/04/2009 23:12

Salut Yann,

De la bagnole faite pour durer ? Ouais, ouais ! Maintenant s'agit de durer autant que la bagnole. Il s'agirait donc d'inscrire ce nouveau paramètre au concept de "développement durable".

A bientôt,

Bernard

YannBBlues 14/04/2009 22:06

Bonsoir Bernard...
Alors ça y est,tu fais dans le luxe maintenant?...je pense que tu à fait un bon choix,c'est de la bagnole faite pour durer,ça a fait ses preuves...et puis maintenant avec les droits d'auteur d'overblog,tu vas bientôt pouvoir te payer le superflu qui va avec...
bonne soirée
Yann

Dame Catherine 14/04/2009 09:48

Nous avons fait un beau voyage-eu !
Nous avons fait un beau voyaaaage-eu !
Vroum ! Donc.
Et, pour paraphraser Dominique, merci de me faire l'honneur de me citer deux fois dans vos liens.

Bernard Bonnejean 13/04/2009 20:13

A votre première question, je répondrai :

"Tous les hommes sont menteurs, inconstants, faux, bavards, hypocrites, orgueilleux et lâches méprisables et sensuels ; toutes les femmes sont perfides, artificieuses, vaniteuses, curieuses et dépravées ; le monde n'est qu'un égout sans fond où les phoques les plus informes rampent et se tordent sur des montagnes de fange ; mais il y a au monde une chose sainte et sublime, c'est l'union de ces deux êtres si imparfaits et si affreux. On est souvent trompé en amour souvent blessé et souvent malheureux ; mais on aime, et quand on est sur le bord de sa tombe, on se retourne pour regarder en arrière, et on se dit : J'ai souffert souvent, je me suis trompé quelques fois : mais j'ai aimé. C'est moi qui ai vécu et non pas un être factice créé par mon orgueil et mon ennui". (On ne badine pas avec l'amour (acte 2 scène V),Alfred de Musset (1810-1857)) Mais je n'ai peut-être pas toujours su le dire...

Quant au fait que vous soyez dans mes blogs préférés, vous y êtes parce que vous avez quelque chose à dire. Comme les autres.

A bientôt,

Bernard

Dominique Baumont 13/04/2009 17:31

je viens de m'apercevoir que vous m'aviez mis en lien. je ne pouvais faire autrement, à moins de manquer à la plus élémentaire correction, que de faire de même. Bien à vous. Dominique

Dominique Baumont 13/04/2009 13:56

J'espère cher Bernard que vous avez trouvé un jour ces mots tremblants de désir pour les dire à une femme ? (si ce n'est pas trop indiscret de ma part).Bien à vous. Dominique