L'ami de FloraTristàn y Moscoso

Publié le par Bernard Bonnejean

 

le père Pierre-Joseph Proudhon

 


Qui a dit que les femmes étaient rancunières ? 


La vie de Flora Tristan fait à elle seule la démonstration du contraire. Certes, elle sut se plaindre — et on ne peut lui donner tort — des mauvais traitements subis tout au long d'une existence d'écrivain et de militante. C'est qu'elle fut d'abord une fille rejetée, une femme humiliée et séquestrée par son mari Chazal, un véritable monstre, et une mère battue. On ne sait trop ce qu'aurait pu lui faire son petit-fils, Paul Gauguin, s'il l'avait davantage connue.


Malgré cette vie peu enviable, ou peut-être grâce aux leçons retenues, elle passe encore aujourd’hui pour l’une des initiatrices les plus aimées du féminisme moderne. Pourtant, la "Messiah des Femmes" dont le militantisme évoluait dans la pensée pré-marxiste, fut parfaitement ignorée des ténors du socialisme débutant. A mon humble avis, pour autant que je puisse en juger,  ils lui doivent quand même beaucoup. Karl Marx la cite à peine dans La Sainte Famille. Pierre-Joseph Proudhon, qu'elle a en grande estime, ne pouvait décemment lui rendre la pareille pour les raisons invoquées ci-dessous.

 

Soyons honnête. Proudhon n’a jamais trop brillé par sa finesse et s’il est né, un 15 janvier 1809, à Besançon, il est loin d’être doux. On le trouve maintes fois cité dans les recueils de perles. Celle-ci, notamment, ne manque pas de sel : « Plutôt prisonnière que courtisane ! telle est mon opinion sur l’avenir de la femme, et ma réponse à toutes les théories d’amour libre »,  IIIe Mémoire, éd. Rivière, p. 222. Il est vrai que Fourier, son contemporain, n’était guère plus tendre avec les femmes. En fait, Proudhon, en qui beaucoup reconnaissent le promoteur de l’anarchisme moderne ; que d’autres considèrent comme un précurseur du socialisme fut d’abord et avant tout un des politiciens les plus réactionnaires qui soient. A part chez quelques anars qui se réclament de ses thèses, ses idées révolutionnaires, très éloignées du communisme contemporain, n’ont plus cours.

 

Flora Tristan l’admirait. J’avoue ne pas comprendre. Benoît XVI, à côté, est un féministe ultra. Vous en voulez la preuve ? Vous l’aurez voulu !


 

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En 1858, P.-J. (ni police judiciaire ni pièce pointe mais Pierre-Joseph) commet un ouvrage dont il demeure à peine le souvenir : De la justice dans la Révolution et dans l’Eglise, 1858. Un bon titre, assez attendu, me direz-vous ? Peut-être mais surtout une analyse sur la condition féminine qui vous conduirait aujourd’hui tout droit devant un Tribunal. P.-J. place d’emblée son texte sous l’autorité d’un postulat définitoire qui ne souffre aucune contradiction :

 

La femme est un diminutif d’homme.

 

Critique facile, me direz-vous ? Une phrase sortie de son contexte. Vous en réclamez du Proudhon ? Vous en aurez ! En guise de développement de cette vérité initiale, P.-J. se lance dans un éloge appuyé du modèle incomparable de l’Humanité tout entière, lui et nous :

 

L’être humain, complet, adéquat à sa destinée, je parle du physique, c’est le mâle qui, par sa virilité, atteint le plus haut degré de tension musculaire et nerveuse que comportent sa nature et sa fin, et par là, le maximum d’action dans le travail et le combat.

 

Il faut dire que tout le XIXe siècle est gagné par une maladie fâcheuse : le scientisme. Donc, une ânerie prononcée sous couvert de physico-physiologie, et ce n’est plus une ânerie. Pour peu qu’on enfonce le clou en ajoutant une référence à l’antiquité grecque, et ça vous a un de ces airs sérieux !

 

La femme est un diminutif d’homme à qui il manque un organe pour devenir autre chose qu’un éphèbe.

 

Bigre ! Il exagère le bougre ! Encore un peu et on tombait carrément dans la gaudriole la plus gauloise. Il est donc temps de revenir à des propos plus savants. Et voici notre P.-J. embarqué dans une description qui ressortit davantage à l’Avenir agricole en période de Salon de l’agriculture qu’à la Gazette du Médecin. Je cite :

 

Partout éclate la passivité de la femme sacrifiée, pour ainsi dire, à la fonction maternelle : délicatesse de corps, tendresse de chairs, ampleur des mamelles, des hanches, du bassin, jusqu’à la conformation du cerveau. En elle-même, la femme n’a pas de raison d’être ; c’est un instrument de reproduction qu’il a plu à la nature de choisir de préférence à tout autre moyen, mais qui serait une erreur, si la femme ne devait retrouver d’une autre manière sa personnalité et sa fin.

 

Bon ! La vérité m’oblige à souligner le mot « sacrifiée », Monsieur le Juge. La maternité n’est donc présentée que comme une obligation morphologique et psychologique indépendante de la volonté de la créature. Pour peu que ladite créature reste dans ce registre, on ne saurait rien lui reprocher. Chacun à sa place et que la chose soit dite une fois pour toutes :

 

Or, quelle que soit cette fin, à quelque dignité que doive s’élever un jour la personne, la femme n’en reste pas moins, de ce premier chef de constitution physique et jusqu’à plus ample informé, inférieure à l’homme, une sorte de moyen terme entre lui et le reste du règne animal.

 

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Pierre-Joseph Proudhon

 

Vous allez me dire que tout ça manque singulièrement de sciences exactes. Je vous arrête ! Vous fûtes trop impatients. Quelle science plus exacte que l’arithmétique ? Comme dit le Don Juan de Molière : « Je crois que deux et deux sont quatre ». Irréfutable, du moins à l’époque. Notre P.-J. le sait bien, qui se fonde sur des statistiques personnelles avec rapports arithmétiques à la clef :


La preuve par les nombres. La femme inférieure à l’homme en force physique, lui est inférieure au point de vue de la production. Le rapport numérique 3 : 2 indique à ce point de vue le rapport de valeur entre les sexes ; conséquemment la répartition des avantages, à moins qu’une influence d’une autre nature en modifie les termes, doit être toujours dans cette proportion, 3 : 2.


Et à l’appui de ce chef-d’œuvre analytique, une curiosité proudhonienne qui me laisse songeur. Le recours à la preuve par les valeurs bourgeoises et… évangéliques :

 

 

Voilà ce que dit la justice qui n’est autre que la connaissance des rapports, et qui nous commande à tous, hommes et femmes, de faire à autrui comme nous voudrions qu’il nous fît lui-même, si nous étions à sa place. Qu’on ne vienne plus nous parler encore longtemps du droit du plus fort, ce n’est là qu’une misérable équivoque, à l’usage des émancipées et de leurs collaborateurs.

 

Les "émancipées" ? Je ne voudrais pas appuyer là où ça fait mal. Passons très vite ! Prompt retour à la physiologie féminine qui a toujours servi de prétexte au patronat pour ne pas donner aux femmes plus de responsabilités que les faiblesses inhérentes à leur nature ne leur permettent d'exercer. J’excepte Rachida (1) qui réintégra son ministère après un congé de maternité de quatre ou cinq jours, ce qui fit que son patron la félicita avant de l’envoyer aux pelotes, c’est-à-dire à des Européennes perdues d’avance :

 

La femme est tellement empêchée par les charges mêmes de la sexualité, qu’il ne lui reste presque aucun temps pour le travail productif : sans parler de ses ordinaires qui prennent 8 jours par mois, 96 jours par an, il faut compter pour la grossesse 9 mois, les relevailles 40 jours, l’allaitement 12 à 15 mois ; en tout, 7 ans pour un seul accouchement ; supposant 4 naissances à 2 années d’intervalle, c’est 12 ans qu’emporte à la femme la maternité. La femme par sa faiblesse organique et la position intéressante où elle ne manquera pas de tomber, pour peu que l’homme s’y prête, est fatalement et juridiquement exclue de toute direction politique, administrative, doctrinale, industrielle.

 

Allons, Madame Tristan, avouez ! Vous n’avez jamais lu Proudhon ! Vous galéjez ! C’est pour nous faire marcher ! Ou bien, franchement… Non ! ce n’est pas possible ! Je préfère en rester là pour ce soir.

 

Et puis non, tiens ! Je vais quand même me permettre de dire ce que je pense moi, comme Aragon et comme Ferrat ! pas des politicards mais des poètes !! Ecoutez-les, les poètes !! Ecoutez-les bien !!! Tous des zinzins qui ont des tas de choses à vous dire...


 

 


Jean Ferrat

 

A bientôt, les ami(e)s,

 

Bernard Bonnejean


N. B. : La suite des énormités proudhoniennes, parce qu’il y a une suite, peut-être pire encore, dans un prochain numéro.

(1) Vous vous souvenez ? Rachida la glorieuse, "pâle comme un grand lys", en queue de peloton à la sortie du Conseil des ministres, genre Dame aux Camélias à peine sortie du sana, pas le genre à cracher par terre ? Et qui c'est qu'est le père ? Et si c'était l'Autre ?  Et les femmes de chez moi, mauvaises langues : "Mais qu'est-ce qu'elle fiche là ? Qu'est-ce qu'elle a fait de son gosse ? Elle a quand même pas besoin de payer une nourrice pour arrondir ses fins de mois, cette [un mot de femme qui déteste les autres femmes] ?" Pas  du tout féministes, les femmes de la famille ! Je crois même que le seul élément vraiment féministe de la bande, c'est moi. Sans blague ! Pas demain qu'elles voteront Ségolène ni Martine ni Marine ! D'odieux salopards ont taxé Rachida de fayotage, à l'époque. Comme si... Toujours est-il qu'il n'aura servi qu'à lui nuire, son acte de bravoure. Voilà que les Français d'aujourd'hui veulent de l'efficace et de l'authentique ! L'esbroufe, c'est fini. Les ouvrières, les employées, les paysannes, peut-être bien les patronnes des PME aussi, continueront à retourner au boulot après le délai légal, un délai sécu officiel en l'occurrence. Les conneries présidentielles n'y pourront rien changer ! 

Publié dans culture humaniste

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Dame Catherine 09/04/2009 18:30

Ah non, Bernard, je ne comprends rien à l'attachement que pouvait avoir Flora pour ce Taliban ! C'est du coaltar pour moi. Ce qu'il racontait est tellement aux antipodes de ce qu'elle prônait...
A moins qu'il ne faille en déduire que ce qu'elle subissait à répétition en privé aurait développé chez elle un syndrôme de Stockholm (la victime en empathie avec son bourreau personnel, au point de trouver justifiée la maltraitance). Hypothèse...

Dame Catherine 09/04/2009 12:44

Comme quoi il n'y a pas qu'à l'étranger que les intégristes sévissent. Je me demande si en France un tel discours n'est pas toujours d'actualité dans la tête de certains ? On n'oserait plus le publier, mais...

Bernard Bonnejean 09/04/2009 14:34


Non seulement, on n'oserait plus le publier, mais je crois, franchement, qu'un sieur Proudhon se retrouverait aujourd'hui en correctionnelle avec son éditeur. Ce qui ne m'apparaîtrait pas du tout
injuste. Comprenez-vous, Catherine, la fascination exercée par ce type sur la maman des suffragettes ? Moi, franchement, comme d'habitude, je n'y comprends rien du tout !!