Les clés d'une imposture

Publié le par Bernard Bonnejean


ou les secrets d'un plagiat orienté à auteurs multiples


NON AU RACISME ANTIBANLIEUE
ou les socialo-communistes à l'assaut de la banlieue française

[Le gros titre est entièrement négatif ! Il attirera d'autant mieux qu'il est supposé écrit sous le coup de la colère, de la révolte et du refus. En outre, il présente l'intérêt d'être assez ambigu pour intéresser tout le monde. Toutes les caractéristiques de l'effet d'annonce d'un titre de une. En revanche, le sous-titre lève l'ambiguïté, sans détourner l'accusé d'une lecture où il se sait d'emblée sur la sellette. On peut aussi voir, entre titre et sous-titre, un effet de paradoxe chargé ici de déranger pour mieux convaincre]


A Monsieur le Président de la République Française,
Maire inoubliable de Neuilly-sur-Seine.

[Opposition hiérarchique très forte entre les fonctions de Président de la République et Maire, qui met Neuilly nettement en vedette. Sarkozy tient ici le rôle de faire-valoir, puisque, mis en exergue, c'est sous son autorité que seront placés les arguments qui suivront. Type d'argumentation rhétorique appelée "d'autorité", ce qui signifie  irréfutable car tuteurée, en quelque sorte, par un personnage au-dessus de tout soupçon. Pour l'opposition, cependant, elle se préparera à une argumentation ad hominem ou a contrario, ce qui l'oblige à lire l'article]


Tout simplement monstrueux ! Et je pèse mes mots ! Que veulent nous faire croire les tenants d'un progressisme bâti en dehors des fondations de notre France éternelle et chrétienne ? Où sont nos valeurs attachées à l'Ordre, à la saine et sainte Morale et à la Foi catholique et romaine ?

[Ce qu'en rhétorique latine on appelle une captation benevoluntiae, c'est-à-dire un procédé qui consiste à capter la bonne volonté d'un lecteur ou d'un auditeur assoupi. Nombreux effets de manche dans l'utilisation d'une ponctuation forte, dite émotive : 2 points d'exclation, 2 d'interrogation. Un effet de grossissement lexical, d'emblée, avec un paradoxe non perceptible entre "monstrueux" et "je pèse mes mots". Remarquable le champ lexical des valeurs : couple "éternelle" et "chrétienne" appliqué à la France ; couple classique "catholique et romaine" selon un procédé dit "des inséparables" ; énumération triple, très classique, "Ordre, Morale et Foi", sans oublier les majuscules de notoriété ; on sait qu'on va s'acheminer vers une argumentation dite "des valeurs" ; le jeu de mots saine/sainte permet de fixer la mémoire, mais il paraît trop éculé.]

N'oublions jamais que l'une des principales monstruosités du socialisme, c'est la solidarité entre tous les hommes ! La seule attitude convenable à adopter devant pareil dessein consiste non pas à l'ignorer mais à l'anéantir. On ne discute pas du socialisme. On le supprime.

[Début du plagiat proprement dit. Ces phrases ont été volées à un certain A. Granier de Cassagnac, Histoire de la chute du roi Louis-Philippe, de la République de 1848 et du rétablissement de l'Empire, 1857. Oui, 1857 ! Il est facile a posteriori de dire que c'est obsolète.]


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Plus jamais ça !

[Un bel exemple de document détourné. Un procédé très utilisé par tous les dictateurs. Il s'agit de s'emparer d'une image méliorative à l'origine et d'en faire une dénonciation en lui adjoignant une légende péjorative. En fin de compte, toute iconographie peut servir de tout à tout le monde en fonction des besoins et du contexte.]

Qu'on me permette de faire un retour rapide sur l'histoire et sur ses leçons. Je vais certes en étonner plus d'un, mais il est grand temps de retrouver le chemin de la justice et de la vérité. La conjuration des socialistes de nos jours, d'Aubry à Royal, en passant par Bayrou, traître à la cause de ses pères, est une image parfaite de celle de Catilina. Je m'explique. Les socialistes battus aux élections présidentielles étaient des hommes et des femmes ruinés par le libertinage, par le jeu, par le luxe, par la paresse, par la gourmandise et par la trop grande propagation de l'instruction en des lieux qui ne la méritaient pas.

[Deuxième passage plagié, à partir de "la conjuration", préparé par des chevilles qui le lie au passage précédent pour préserver un semblant de lien logique. On notera cependant l'implication de personnages d'aujourd'hui pour "réactualiser" une dénonciation très ancienne et particulièrement imbécile. L'auteur est un certain A. Francon, Causes de la grandeur et de la décadence des romains, 1867]

Mais peu importent, oserais-je dire, les quelques sursauts passagers provoqués par la crise internationale : le socialisme, qu'on peut discuter aujourd'hui sans passion, a livré son dernier combat sous nos yeux, le jour même de votre élection à la magistrature suprême. Il est non seulement vaincu, mais désarmé par le progrès des lumières et le redressement des esprits. Il était temps ! Vous le savez, Monsieur le Président de la République, l'égoïsme, source du socialisme, la jalousie, source de l'internationalisme, ne feront jamais qu'une société faible, incapable de résister à ses puissants voisins et vous êtes mieux placé que quiconque pour savoir que la réponse à chaque progrès du socialisme pourra être de la sorte un progrès du germanisme. On entrevoit le jour, pas si lointain, où les pays de socialisme seront à nouveau gouvernés par des Allemands !

[Je vais vite parce que maintenant vous avez l'habitude. Juxtaposition de plusieurs citations empruntées successivement à Edmond About, ABC du travailleur, 1888 ; à Ernest Renan, La Monarchie constitutionnelle, 1869 ; le même, La Réforme intellectuelle et morale de la France, 1871. Tout cela est saupoudré de rappels contemporains (crise internationale, élection de Sarkozy) et d'appels à notre faire-valoir du début, Nicolas Sarkozy). Vous remarquerez que rien n'est trop gros, puisque je ne me suis pas donné la peine de changer d'ennemi héréditaire, les Allemands.]

Souvenez-vous, Monsieur le Président, que peu de jours avant votre brillante élection, vous aviez déclaré vouloir "rassembler le peuple français autour d'un nouveau rêve français", en "protégeant les Français", notamment les plus faibles, "contre les peurs qui les habitent". N'aviez-vous pas en tête, dans ce programme prophétique, cet ignoble socialisme, rangé parmi les illusions et les chimères que la Bêtise humaine édifie et démolit tour à tour, et toujours avec la même conviction ?

[Une citation exacte de Nicolas Sarkozy, bien datée suivie d'une citation de Maurice de Gasté, La Bêtise humaine et la Science de la vie, 1922]



Un maire de banlieue à l'Elysée,
un exemple pour la jeunesse de la vraie France


[LE document officiel par excellence que le Figaro, entre autres, a longuement commenté dans ses colonnes. La légende, reprend le procédé antérieur, "banlieue" ; "maire"  vs Elysée tout en appuyant sur la thèse "jeunesse de la vraie France" vs "voyoucratie de la mauvaise France" in absentia, un sous-entendu que tout le monde comprend]
 
Nous savons, vous et moi, ce que nos adversaires vont rétorquer. Le socialisme a réclamé hautement l'amélioration du sort des travailleurs. Réclamation honorable, charitable désir : si le socialisme n'avait fait autre chose, il n'aurait droit qu'aux bénédictions des peuples.

[D'abord, un bel exemple d'argument ad personam, qui consiste à faire dire le contraire de ce qu'on pense à l'adversaire pour mieux le dévaloriser. Suivi d'une concession due à la plume de Mgr Justin Fèvre, La Mission de la bourgeoisie, 1864.]

Cependant, Monsieur le Président de la République, vous vous accorderez avec moi pour dire qu'à l'expression de ses voeux, le socialisme a joint des théories. Il a proclamé, comme son principe, la virginité de la nature humaine ; il a nié la chute originelle et la rédemption. Pour l'application de ce principe décevant, il s'est porté aux plus tristes extravagances. Utopie, ignominie, faction, extermination : voilà le problème du socialisme.

[Même auteur, même oeuvre, mais mis en scène, si l'on peut dire, à l'attention de l'autorité choisie. Vocabulaire très fort, très expressif, presque guerrier.]

Barack et Michelle Obama et Nicolas et Carla Bruni-Sarkozy, à Strasbourg, le 3 avril 2009.
REUTERS/© Jim Young / Reuters
A Strasbourg, le 3 avril, le Président Sarkozy épaulé par le Président américain
veille à la grandeur du monde libre.

[J'avoue avoir ici trop forcé le trait. Plus rien n'est vraisemblable, sauf pour les lecteurs hâtifs que nous sommes tous. Qui osera dire qu'il n'a pas marché ? Aujourd'hui encore, dimanche, on apprend à la radio que Sarkozy "se heurte" à Obama sur l'entrée de la Turquie en Europe.]

La charité chrétienne m'obligera-t-elle à taire que tous ces ratés, ces gobeurs, ces misérables ont ajouté une foi absolue à toutes les âneries que les exploiteurs des foules leur ont pompeusement débitées. Ils ont été incapables de comprendre, par exemple, que la propriété et la succession sont deux phénomènes bien simples d'amélioration sociale destinés à déterminer l'individu vers la Loi de la haute valeur de l'acte en sollicitant son intérêt de propriétaire et de père à cultiver le mieux possible.

[Retour à Maurice de Gasté, op. cit., qui ne recule devant aucune insulte. Personnellement, j'avoue ne pas avoir tout compris de "la Loi de la haute valeur de l'acte", mais, finalement, est-ce que ça a vraiment de l'importance ?]

Prétendre, donc, que "la propriété c'est le vol" est une théorie antinaturelle, une hérésie politique liberticide.

[Une citation du théoricien Proudhon ne peut que révolter celui qui partage la thèse de l'auteur. Encore que Proudhon, de nos jours...]

Monsieur le Président de la République Française, raisonnons avec justesse : il est impossible, vous le savez, d'expliquer autrement que par la mode les progrès rapides qu'a fait le mouvement socialiste, mode littéraire, mode élégante. Quelques jeunes esprits, comme ce groupe qui se moque ouvertement de vos concitoyens, trouvant sans doute les temps lourds et ce siècle ennuyeux, demandent au socialisme des émotions nouvelles et une distraction pour leur moi.

[Citation plagiée du Comte d'Hassonville, Socialisme et charité, 1895.]



Les Inconnus, 1991, ou le ravage du burlesque
exercé contre les valeurs nationales


[Autre détournement de document, mais inverse du précédent. Il s'agit ici de rendre sérieux un sketch humoristique. Cependant, le fait est que...]

Notre devoir est de leur faire barrage et de clamer haut et fort notre attachement à un même corps, le sol français qui nous a vus naître et qui recevra nos dépouilles fécondantes.

Vive la République, vive la France !!

[Deux trois bricoles qui ont la même fonction qu'une sortie théâtrale, pour tirer les larmes et sur la corde sensible.]



M. Sarkozy avec nos alliés contre l'hégémonisme allemand
en germe dans cet extrait de
Casablanca

[Et une superbe marseillaise pour finir, chantée, s'il vous plaît,  par des Résistants français devant nos Amis Américains ancêtres d'Obama, sous le nez des méchants nazis éberlués et humiliés. Pas la peine d'emballer, c'est pour consommer tout de suite.]

Je vous laisse tirer les conclusions de toute cette manipulation à usage idéologique. Et, cette fois, je signe, ce que je n'ai pas fait dans la version précédente.

A bientôt, les amis,

Bernard Bonnejean



N.B. : Il est bien évident que vous pouvez servir cette soupe à n'importe qui et en n'importe quelle occasion. Il suffit de changer le nom des personnages, et de réactualiser le tout à votre convenance. Essayez et vous verrez : ça marche !

La prochaine fois je vous expliquerai comment faire passer n'importe qui, même un inconnu, pour un dangereux pervers manipulateur uniquement par des allusions ou des silences "qui en disent long". - Sans commentaire -




Publié dans humour dangereux

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