Les perles ecclésiastiques

Publié le par Bernard Bonnejean


ou pourquoi il vaut mieux laisser les dévots en dehors de nos ébats

Sidaction - sidaHier, c'était la Saint-Joseph, l'un des saints les plus vénérés et les plus aimés de l'Eglise catholique. Et il le mérite grandement. Imaginez, Messieurs : vous filez le grand amour avec une jeune fille, si jeune, si belle, si bien élevée et vous seul en avez été jugé digne ! Les bans sont publiés, la date des noces arrêtée, le rabin convoqué, le repas commandé. Et voilà que la toute pure vous fait dire qu'elle est enceinte alors que vous avez mis tout votre honneur et toute votre noblesse à ne pas la "connaître", comme disent magnifiquement les Saintes Ecritures. Reconnaissez que Joseph le charpentier, en acceptant de garder la jeune femme chez lui, a bien mérité d'être le père adoptif du Fils de Dieu. Ne ricanez pas, s'il vous plaît : le dogme de la conception virginale de Marie est l'un des plus beaux de l'Eglise !

Mais enfin, ma Petite Mère, tu trouves juste qu'il ne soit question que de toi ? Marie, toujours Marie ! Et Joseph qui a accepté tout ça, alors que vous, lecteurs, même pas concernés, haussez les épaules l'air de dire qu'à vous on ne l'aurait pas faite ? Je les aime  tous deux, Joseph et Marie et je les admire, parce que, aussi, ils ont compris dès le début qu'on ne pourrait pas les comprendre. Alors, leur IMMENSE histoire d'Amour, ils n'en ont jamais parlé !!

"Vous croyez à cette histoire ?", me demandez-vous ? Je vous réponds que oui, sans l'ombre d'un doute, parce que pour moi le grand mystère n'est pas dans la conception virginale, mais dans le conception tout court. Tant que je vivrai, je  me crois capable de m'extasier des heures devant un nouveau-né, me demandant comment d'un acte banal a pu naître ce vivant miracle (du latin mirari qui a donné le français "admirer").

Vous me plaignez, n'est-ce pas ? A mon âge, croire de telles sornettes ! Et si, finalement, la sexualité, plutôt qu'une affaire de goût, voire une histoire d'amour à deux, était à envisager à une échelle autrement plus élevée et plus universelle. Je ne parle pas de l'acte en lui-même ; j'essaie d'envisager la "chose" avec la pureté d'un néophyte et la candeur d'un vrai mystique. Dans cette perspective, la sexualité ne peut que receler des trésors ou des horreurs. C'est ainsi, sans doute, qu'il convient d'expliquer certaines bourdes ecclésiastiques qui ressortissent moins à une ignorance qu'à une volonté délibérée de sublimation.



Il me sera facile d'illustrer mon propos. Des générations de bouffeurs de curés ont servi ces citations à l'appui de preuves d'un obscurantisme religieux pour eux évident. Or, ils n'ont pas compris que ces vérités le sont d'un certain point de vue, qui n'est pas celui de la raison. Même si parfois la Faculté se mêle, elle aussi, d'édifier les âmes par le "redressement" des corps et des comportements. Mais tant qu'il n'y va pas de la vie et de la mort de civilisations entières, il est permis d'en sourire :

Une vierge pure n'est jamais laide, car les dévastations que la volupté fait dans une âme se reflètent dans le corps, tandis que les délicatesses de la chasteté spiritualisent jusqu'à la forme apparemment la plus vulgaire. A voir une vierge pure, on sent comme une atmosphère de sainteté. On dirait qu'à travers son corps en quelque sorte translucide on voit l'âme.
Ni homme ni femme, par un Auvergnat, 1872.

Comme la Vierge, la Veuve est un être hybride.
Camille Mauclair, De l'Amour physique, 1912.

La valse impétueuse, la valse que prescri­vent Saint-Preux et Werther, casuistes non suspects ici, annoncée par le fifre éclatant, s'empare du salon. Un bras nerveux en­lace la taille souple et légère de la jeune épousée. [...] Les regards confondus, les mains entrelacées, corps à corps, j'ai pres­que dit bouche à bouche, ils décrivent, en délirant, des cercles multipliés.

Eh ! dites-moi, Madame, que donnera ce soir à son amant, à son époux, cette fille ingénue, que n'aura pas dévoré l'oeil avide de son danseur ? Qu'aura-t-elle, dans le plus intime abandon, de plus à montrer que ces formes ravissantes qu'a pressées son insolente main ? J'en atteste, et cette sueur amoureuse, et cette bouche balbutiante, et ce sein agité par des battements de coeur qui ne sont pas tous pour l'hyménée. Voyez-la, Madame, éperdue, sans mouvement, sans voix, la poitrine pantelante, et décidez si c'est d'une lutte ou d'une danse qu'une femme sort ainsi épuisée.

P.-J. Marie de Saint-Ursin, L'Ami des femmes ou Lettres d'un médecin

concernant l'habillement des femmes sur leurs moeurs et leur santé, Paris, 1804.

 

 

C'est au front qu'a eu lieu le grand mira­cle moral de cette guerre, la conversion de milliers de coeurs. C'est le Calvaire où l'âme de la France, crucifiée avec le Christ, a imploré le pardon divin. C'est le Tha­bor, où, transfigurée comme lui, elle est apparue dans la gloire du sacrifice, éblouissante comme la neige et le soleil. Tout à coup, au son du canon, des pro­fondeurs de la race frappée par la main de Dieu, une source a jailli de foi héroï­que et de piété, et elle ne cesse, depuis des mois, de couler limpide, généreuse.

« Cette guerre resplendit de surnatu­rel », écrit le général Cherfils. Un jeune écrivain, cité par Charles Maurras, nous dit : « Il y a dans cette guerre quelque chose de divin qui frappe tout le monde. » Un journaliste suédois exprime la même im­pression : « La France a pris, depuis le mois d'août 1914, une apparence quasi cé­leste aux yeux de l'univers. » Un au­mônier écrit : « Une fermentation extraor­dinaire de la grâce divine, tel est le fait merveilleux dont j'ai été constamment le témoin sur le front. »

Nos jeunes gens se sont révélés aussi croyants et même plus pieux que les compagnons de Saint Louis. Les tranchées sont devenues des lieux de prière. Aux heu­res où tombent les obus, quand il faut se terrer pour laisser passer l'ouragan, ce sont des catacombes où l'on se recommande au Christ, comme au temps des césars païens. Aux heures d'accalmie, ce sont de chastes thébaïdes d'où montent des psal­modies. Des anachorètes de vingt ans y lisent des livres pieux, récitent à haute voix des prières, arborent des médailles, écri­vent des lettres toutes ruisselantes de piété.

La Vie catholique dans la France contempo­raine, 1918.

 

Et, pour finir, ce morceau d'anthologie du temps où le journalisme chrétien avait un style, particulier et inimitable. Je le dédie aux jeunes pigistes croyants de notre Ouest-France un peu pâlot d'aujourd'hui :

Et puisqu'il est aujourd'hui des hommes de bonne volonté dans un gouvernement peu sûr de lui, aussi de ses lendemains, demandons-leur d'agir tout de suite. Il nous reste une âme, dernière chance de survie : qu'ils ne la laissent pas piétiner par les satrapes du stupre qui s'engraissent sous les yeux sans regard d'un Monsieur Personne présidant à l'inefficacité dans le fauteuil tournant de l'instabilité.

Paul Hutin-Desgrées, Directeur d'Ouest­-France, éditorial du 24 mars 1954.

 

Alors ne désespérons pas de notre clergé ! Ni de nos semblables ! Pour vous rendre confiance en une nation pure de tout instinct bestial, je proclamerai, avec André Lichtenberger, que "le seul remède vraiment efficace contre la pornographie est l'assainissement du lecteur" (La Victoire du 26 novembre 1922). A bon entendeur, salut ! Et sortez couverts !

 

Très Saint-Père,

 

Si je me moque un peu de vous, c'est que finalement je dois encore vous aimer. Mais permettez-moi de vous rappeler que dans le monde, 33,2 millions de personnes vivent avec le virus du sida, dont 70% en Afrique subsaharienne, selon les données de l'Onusida et que, fait inquiétant, 40% des séropositifs sont des femmes.

 

Bernard Bonnejean

 


 

 


 

Publié dans religion et humour

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Bernard Bonnejean 21/03/2009 01:34

Pourquoi passe-t-on toujours d'un extrême à l'autre ? De la bestialité au 100% pur(e) vierge ? De fait, moi aussi j'en ai un peu marre du traitement qu'on fait aux jeunes filles. Je suis tout à fait sérieux. Mais le rôle des parents et des éducateurs n'est-il pas d'en faire des femmes ni putes ni godiches ? Ni saintes nitouches non plus, parce que j'en ai connu des saintes qu'ont pas tourné comme leurs promesses !! Quant aux grands dadais de gars, eux, du moment qu'on peut... Oui, je sais. Mais pour la langue de bois, c'est en face ou à côté. Pas chez moi.

YannBBlues 21/03/2009 00:10

Bonsoir Bernard...
La religion et la sexualité,c'est tout un programme et les bourdes ecclésiastiques ne manquent pas,loin de là...tu as concocté un bel article...et l'assainissement du lecteur,il est pour quand?...il fut un temps où pour vendre un yaourt ou du sirop d'orange,il fallait obligatoirement une pin-up dénudée;maintenant la pornographie est quasiment partout...on se demande où cela va s'arrêter...tu vas voir que, si ça continue,les concessions d'automobile vont devenir des boîtes d'échangistes!!...
bonne soirée
Yann