Révisionnisme, négationnisme et entêtement

Publié le par Bernard Bonnejean


Ou comment se débrouiller pour avoir raison quand on a tort

 



Ecoeuré par les derniers développements des bourdes vaticanes, je préfère laisser la parole à Monsieur le Président Jean Pruvost qui, mieux que moi, vous permettra de vous retrouver dans un vocabulaire malheureusement contemporain. En attendant que les linguistes et les lexicologues se penchent sur d'autres réalités traduites par les vocables gâtisme, hypocrites, ainsi que sur des expressions plus anciennes comme sépulcres blanchis, Jean Pruvost se propose de nous éclairer sur le sens des mots révisionnisme, négationnisme et entêtement.

 

Bernard Bonnejean



Du révisionniste et du négationniste


« Négation, voyez Nier » dit l’Académie en 1694. Avec dans l’article Nier, un exemple à décrypter : « Nier une majeure ». La majeure correspond en fait à la première proposition d’une argumentation. La négation, c’est bien effectivement le fait de « nier l’existence de quelqu’un ou de quelque chose », comme le signale le Trésor de la langue française (1994), avec l’idée d’une remise en cause. Laquelle peut bien sûr se révéler positive ou négative, ce que rend sensible une citation de J. Benda à propos de la « négation du progrès chez les mécontents ».


Du même coup, on peut passer de la négation à la révision, la volonté de faire reconsidérer une position, et l’on devient un révisionniste. Ce dernier mot est attesté dès 1851 dans un discours de Victor Hugo proposant la révision de la Constitution, le révisionniste désignant dès lors le partisan progressiste de cette évolution. Puis, en 1955, à la suite de la période stalinienne, on appela révisionnistes les communistes partisans de la révision des thèses révolutionnaires. Ils eurent même droit en 1968 à une abréviation : les révisos. Tout se gâte cependant en 1985 pour le révisionniste, quand le mot qualifie aussi ceux qui ont pour objectif de minimiser « le génocide des Juifs par les nazis, notamment en niant l’existence des chambres à gaz » (Petit Robert 2007). C’est ainsi que le révisionniste doté désormais d’un sens inacceptable, s’incarne dans un nouveau mot, le négationniste, attesté dès 1990. Dans le Robert culturel, on signale alors que le négationnisme démarque aussi la « négation d’un passé historique gênant », en citant « le génocide arménien victime d’un négationnisme » d’État, l’État turc en l’occurrence.


Dans un Manuel de psychiatrie de 1978, était signalé l’inquiétant délire de négation : « Le malade nie l’existence de ses organes, il arrive même à nier l’existence de son corps ». Le tout avec des idées d’énormité : « Il prétend que son corps s’enfle démesurément et envahit l’univers. » Diable ! Que l’on nous épargne tout cela.

 


 

 

L’entêtement dans tous les sens et au choix


Ce qui « monte à la tête » est forcément sous le sceau de l’entêtement. Avec tout d’abord une première signification offerte par Furetière, dans le Dictionnaire universel (1690) : « Entêtement : offense du cerveau », suivi d’un exemple qui n’a rien perdu de son actualité, au moment des grands froids : « L’entestement du charbon allumé dans un lieu clos est mortel ». Ensuite, comme le trajet montant au cerveau passe par le cœur, Furetière n’en oublie pas les conséquences : « Cet homme a un grand entestement pour cette femme, elle le gouverne absolument ». Enfin, de l’aveuglement amoureux on passe à l’entêtement mental.


Alors interviennent les synonymistes distinguant cinq catégories reprises par Pierre Larousse : l’homme entier, obstiné, opiniâtre, têtu ou entêté. L’homme « entier » ne veut rien rabattre de ses prétentions et ne fait pas la plus petite concession, l’homme « obstiné » « persiste dans sa manière d’agir contre toute raison, par caprice », « l’opiniâtre » persiste également, mais « par une détermination réfléchie dont il ne veut pas démordre », enfin « l’homme têtu » est « tel par nature, avec tout le monde et en toutes circonstances ». Quant à l’homme « entêté », il « tient fortement à certaines idées entrées dans sa tête et qui l’empêchent d’écouter ». Deux jugements sur cette attitude : celle plaisante du cruciverbiste La Ferté, qui fait de l’entêté le « héros de la poursuite », et celle de L. Sterne, qui affirme que l’entêtement est « une faiblesse absurde : si vous avez raison, il amoindrit votre triomphe, si vous avez tort, il rend honteuse votre défaite ». Au choix.



Jean Pruvost est professeur des Universités à l’Université de Cergy-Pontoise, dont il est vice-président. Il y enseigne la linguistique et notamment la lexicologie et la lexicographie. Il y dirige aussi un laboratoire CNRS/Université de Cergy-Pontoise (Métadif, UMR 8127) consacré aux dictionnaires et à leur histoire.
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Publié dans culture humaniste

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Bernard Bonnejean 21/03/2009 01:41

Le bruit de bottes ? Tu l'entends pas qui tonne de plus en plus près ? En cadence, comme une comtoise de ta campagne sarthoise. Dans les manifs, l'autre jour, j'ai vu des caricatures de banquiers qui m'en rappelaient d'autres. Les Parisiens allaient les voir sous l'Occupation à l'Exposition. Toujours les mêmes boucs émissaires. Sans compter qu'après la guerre vient la reconstruction et le plein emploi. Comme en Irak où les industriels français essaient de gagner des parts de marché.

Pessimiste, moi ? Un peu quand même. C'est l'âge peut-être ?

YannBBlues 21/03/2009 00:14

Bonsoir Bernard...
Les "bruits des bottes",ça faisait longtemps que je n'avais pas entendu cette expression mais qui est très imagée pourl'avoir entendu souvent...j'espère aussi qu'on en viendra pas à cet extrême;il faudrait entres autres,recadrer le système par des personnes compétentes et plus justes...mais bon,je suis dans le domaine de l'utopie...
bonne soirée
Yann

Bernard Bonnejean 20/03/2009 00:22

Salut Yann,

Sûr qu'il faut être solide par les temps qui courent. Plus rien n'est stable ! Plus de repères ! On a l'impression que tout le monde a perdu la boule et la boussole.

Le principal est que ce genre de situation extrêmement dangereuse pour tout le monde se termine autrement que par des bruits de bottes.

Bonne soirée et à bientôt.

Tiens ! Je vais écouter de la musique chez toi.

YannBBlues 19/03/2009 23:45

Bonsoir Bernard...
On est en plein dedans...que ce soit au plus haut niveau de la nation,au p'tit chef de l'usine,ou au fangio du dimanche,ils sont quasiment tous de mauvaise foi...et même en ayant une bonne répartie,avec preuves à l'appui et tout et tout;hé ben non,ils ont raison...et le pire c'est que ça s'arrange pas...
bonne soirée
Yann