L'Amour, avant tout le reste !

Publié le par Bernard Bonnejean


et peut-être même à la place de tout le reste



Don Helder Camara


A quoi peut bien servir une religion qui singerait la justice humaine ? L'histoire de Carmen - puisqu'on sait aujourd'hui que la fillette brésilienne s'appelle Carmen, ce qui en soi constitue une remarquable avancée - est sur ce point un exemplaire à garder précieusement comme une perle fine dans l'écrin de la catholicité.

Commençons par des définitions :

Qu'est-ce que le droit pénal ? Le droit pénal peut se définir comme l'ensemble des règles qui définissent les infractions et les peines applicables, codifiées au sein du Code de Procèdure Pénale. Le droit pénal est différent selon les pays. Au Brésil, l'avortement est interdit et puni.

Qu'est-ce que le droit canon ? C'est, pour les catholiques et ceux qui s'y réfèrent, l'ensemble des règles admises par une commission appelée « Conseil pontifical pour les textes législatifs » depuis l'an 2000, dont le rôle est l'interprétation de ces textes législatifs, sous l'autorité du Législateur suprême, le pape, et le constant maintien de cette législation dans l’Eglise de façon à ce qu’elle soit la plus complète et la plus mise à jour possible. Que dit le droit canon en matière d'avortement ? Le canon 1398, du titre VI "Les délits contre la vie et la liberté humaines", du Code de droit canonique promulgué par le pape Jean-Paul II le 23 janvier 1983 est très clair sur ce point :
Qui procure un avortement, si l'effet s'en suit, encourt l'excommunication
latae sententiae (c'est-à-dire "du fait même, sans jugement").

Où donc est le problème ? Très logiquement, puisque la législation brésilienne et le gouvernement de l'Eglise sont d'accord, pourquoi reprocher à l'autorité ecclésiastique d'avoir excommunié la mère de la fillette enceinte, ainsi que l'équipe médicale qui a procédé à l'avortement ?

Dès le 12 mars, les évêques de France répondaient à cette question, protestant de leur indignation commune avec la quasi unanimité des fidèles catholiques. Voici, par exemple, le communiqué de Mgr Francis Deniau, évêque pour la Nièvre.


Excommunication au Brésil : Réaction de Mgr Deniau, évêque de la Nièvre

Il y avait autre chose à dire

J'ai appris comme tout le monde que la mère d'une fille de neuf ans, enceinte de son beau-père, avait été excommuniée par son évêque au Brésil, avec l'équipe médicale qui avait procédé à l'avortement de sa fille.  Comme évêque, je suis solidaire de tous les évêques du monde. La solidarité impose de dire ses désaccords, sinon elle ne serait que complicité. Je dois dire à mon frère l'évêque de Recife - et au cardinal qui l'a soutenu - que je ne comprends pas leur intervention. Devant un tel drame, devant la blessure d'une enfant violée et incapable, même physiquement, de mener à terme une grossesse, il y avait autre chose à dire, et surtout des questions à se poser : comment accompagner, encourager, permettre de sortir de l'horreur, de retrouver sens et goût à la vie ? comment aider la fille et la mère à se reconstruire ? Nous balbutions, surtout nous les hommes, et devons compter sur les femmes pour être là avec plus de présence que de paroles. Mais des paroles de condamnation, un rappel de la loi, aussi juste soit-elle : c'est ce qu'il ne faut pas faire.


Jésus aurait dit que la morale est faite pour l'homme et non l'homme pour la morale. Il a dénoncé l'hypocrisie de ceux qui lient de pesants fardeaux sur les épaules des autres.


Je confesse que j'ai accompagné des femmes avant et après une IVG. Je crois que l'Église catholique assume sa responsabilité sociale en insistant, à temps et à contre-temps, sur le respect de la vie humaine « depuis la conception jusqu'à la mort naturelle ». Nous manquerions à notre responsabilité en taisant cet appel, qui relève de la défense des plus petits et des plus faibles. Après, il s'agit d'accompagner chaque personne, dans des situations où je ne voudrais pas être, et où chacun essaie de faire au mieux de ce qu'il ou elle peut. Dieu nous appelle à des décisions qui peuvent être exigeantes, mais d'abord il nous enveloppe de sa tendresse, et il nous accueille dans les obscurités et les drames de la vie. J'attends des hommes d'Église, mes frères, qu'ils n'utilisent pas son nom pour condamner des personnes ou les enfermer dans la culpabilité.

Francis DENIAUFrancis Deniau, évêque pour la Nièvre


 

Cependant, comme beaucoup de pratiquants sans doute, et de non pratiquants, la réponse officielle du Vatican était attendue. Les évêques parlaient-ils en leur nom ou leurs paroles d'humanité et de miséricorde étaient-elles aussi celles de leur hiérarchie ? Voici la réponse de la Curie, c'est-à-dire, en quelque sorte, du pape lui-même, que nous attendions tous :


Brésil : Avant l’excommunication, il y avait la miséricorde 
Mgr Rino Fisichella, président de l’Académie pontificale pour la vie


ROME, Dimanche 15 mars 2009 - Le président de l'Académie pontificale pour la vie a dénoncé l'excommunication lancée récemment par l'archevêque de Recife au Brésil, contre la mère et l'équipe médicale ayant procédé à l'avortement d'une fillette de neuf ans, violée par son beau-père.

Dans L'Osservatore Romano du 15 mars, Mgr Rino Fisichella a précisé qu'« avant de penser à l'excommunication », il aurait fallu un « témoignage de proximité avec celui qui souffre, un acte de miséricorde ». Il a notamment dénoncé « un jugement qui pèse comme un couperet ».

 

L'enfant, que Mgr Fisichella prénomme Carmen, « devait avant tout être défendue, embrassée, caressée avec douceur pour lui faire sentir que nous étions tous avec elle ». « Tous, sans distinction aucune ». « Avant de penser à l'excommunication, il était nécessaire et urgent de sauvegarder sa vie innocente et de la ramener à un niveau d'humanité dont nous, hommes d'Eglise, devrions être des experts et des maîtres », a-t-il ajouté.


« Cela n'a pas été ainsi et, malheureusement, la crédibilité de notre enseignement s'en ressent et apparaît aux yeux de beaucoup comme insensible, incompréhensible et privé de miséricorde », a poursuivi le haut prélat. « C'est vrai, Carmen portait en son sein d'autres vies innocentes comme la sienne », même si elles étaient le « fruit de la violence », et « elles ont été supprimées ». « Cela ne suffit toutefois pas pour porter un jugement qui pèse comme un couperet ».


Le président de l'Académie pontificale pour la vie a également dénoncé « le tapage et les réactions suscitées par l'intervention de l'évêque ». « La violence sur une femme, déjà grave en soi, prend une valeur encore plus blâmable quand c'est une enfant qui la subit », a-t-il déploré. « Il n'y a pas de mot pour condamner de tels épisodes, et les sentiments qui en dérivent sont souvent un mélange de rage et de rancœur ».


Dans son intervention, Mgr Fisichella a rappelé que « l'avortement provoqué a toujours été condamné par la loi morale comme un acte intrinsèquement mauvais et cet enseignement reste inchangé ». « Le concile Vatican II dans Gaudium et spes - document de grande ouverture et de perspicacité en référence au monde contemporain - utilise de manière inattendue des paroles claires et très dures contre l'avortement ». 


Ainsi, « une collaboration formelle constitue une grave faute qui, quand elle est réalisée, porte automatiquement au-dehors de la communauté chrétienne ».


« Techniquement, le Code de droit canon utilise l'expression latae sententiae pour indiquer que l'excommunication s'actualise au moment même où le fait arrive », a-t-il encore expliqué.


Ainsi, « il n'y avait pas besoin (...) d'une telle urgence et publicité pour déclarer un fait qui s'actualise de manière automatique ». Pour le haut prélat, « ce dont on avait un plus grand besoin à ce moment là, c'est le signe d'un témoignage de proximité avec celui qui souffre, d'un acte de miséricorde qui, tout en maintenant le principe ferme, est capable de regarder au-delà de la sphère juridique pour atteindre ce que le droit prévoit comme but de l'existence : le bien et le salut de ceux qui croient dans l'amour du Père et de ceux qui accueillent l'Evangile du Christ comme des enfants ».


Marine Soreau pour ZENIT.org

 

Maintenant, je laisse à chacun le soin de juger, en conscience, après une lecture attentive de ces textes officiels, s'il est besoin de condamner le pape, tout le clergé et tous les fidèles catholiques, pour ce qu'ils considèrent pratiquement tous comme une faute contre la charité évangélique.

 

Bernard Bonnejean

Publié dans culture humaniste

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Bernard Bonnejean 16/03/2009 23:36

Certainement, au risque de devoir traîner ce genre d'histoire comme un boulet !

Tryphon 16/03/2009 22:03

Pour la santé de tous le droit canon est à consommer avec modération.