Jeanne d'Arc 2009

Publié le par Bernard Bonnejean

 

Que voilà une bien jolie Jeanne d'Arc !
mardi 11 février 2009

 Vous trouveriez particulièrement inconvenant que j'ajoute quelque commentaire que ce soit à mon titre, n'est-ce pas ? Je me permettrais seulement de souligner la joliesse de la jeune fille et la délicatesse de ses pages. Et leur très bonne éducation, aussi. Toute la tenue de Mademoiselle Rabineau, sa coiffure, son élégance, son maintien, sa prestance, jusqu'à son discours final respirent cette bonne éducation-là. Trop accomplie sans doute pour incarner une sainte guerrière qui ne devait savoir ni lire ni écrire ni se vêtir convenablement. Si Jeanne d'Arc avait ressemblé à la belle élue d'Orléans, elle n'aurait jamais pu fonder un mythe.

Ce qui me gêne ? Mais rien, voyons ! Sinon, que j'ai eu le souffle coupé en voyant ce conseil municipal, - probablement l'un des derniers du pays à ressembler à ce qu'un Félix Faure eût estimé "digne" -, si empesé, si bien élevé précisément, si bourgeois, en un mot si "sarkozien" ! Comment dire, sans paraître malintentionné ? Cette Tradition-là - des fêtes johanniques, si j'ai bien compris - devrait avoir le goût et l'odeur du sang des martyrs ; dans ce décor de caf'conc' montmartrois transfiguré par le bling-bling, avec un maire en travail qui accouche ses mots comme une parturiente, une présidente de Comité qui, au contaire, semble n'avoir fondé son existence que sur ces exercices académiques, des autorités religieuses-civiles-zet-militaires plus vraies que leurs caricatures, cette Tradition sent plutôt le fric qu'elle va coûter aux contribuables compensé par des recettes attendues ; et on n'y croit pas. 

J'avoue un certain malaise, le même que dut ressentir la bergère lorsqu'elle devait "faire tapisserie" à la Cour pourtant bien pâlichonne du dauphin. Je veux donner en ce contexte une dénotation secondaire à l'expression "faire tapisserie" parmi ces ors, ces pompes et ces discours apprêtés et ampoulés dans une France qu'on veut à tout prix faire rêver à grands renforts de pacotilles, de paillettes et de mauvais strass. Une France dont le premier a préféré le Fouquet's au recueillement, le yacht d'un milliardaire au silence d'une abbaye où nos chers moines, confiants jusqu'à la naïveté, l'ont attendu en vain. Une France dont les filles penseront davantage à un garnement en chère pas trop chère qu'à un prince charmant, pur aristocrate, mais désargenté. Jehanne aurait ouvert le Livre et aurait dit, en bonne chrétienne : "On ne peut servir Dieu et Mammon". Et la Jeanne d'aujourd'hui lui aurait conseillé un peu plus de pragmatisme.

 

 


L'intronisation d'Agnès

Où serait alors la vraie noblesse des fêtes johanniques orléanaises ? Et si Orléans avait le courage de se choisir une Jeanne d'Arc "beurette" ? Ou une Larissa, par exemple, qui, si je ne me trompe, fréquentait le lycée Jeanne-d'Arc avant d'être rapatriée au Brésil.  Mauvais esprit ? Assurément non ! Relisez le procès de la Pucelle et vous verrez que la petite bergère devait avoir le tempérament d'une militante de "ni putes ni soumises", plutôt que celui que l'on croit deviner, peut-être à tort, chez cette Nicolette blonde à souhait, un peu trop aryenne avec son "cler vis", un peu trop "bonne catholique", un peu trop sage, au premier rang de la classe, pour mieux entendre les voix de ses maîtres, mais si belle que jamais il ne pût se trouver un Anglais assez diabolique pour lui vouloir du mal.



Mais, il faut le reconnaître, nous ne savons rien du physique de notre héroïne. Et puisque l'histoire ne nous a rien laissé qui puisse nous aider sur le portrait de Jeanne, restons finalement modestes. Laissons à Malraux le mot de la fin :

 

Ô Jeanne sans sépulcre et sans portrait, toi qui savais que le tombeau des héros est le coeur des vivants, peu importent tes vingt mille statues, sans compter celles des églises : à tout ce pour quoi la France fut aimée tu as donné ton visage inconnu...


Et que rien de ce qui précède ne dispense quiconque de s'enthousiasmer devant la grâce et la beauté d'Agnès Rabineau ! Qui vaut bien cette autre, après tout :




DERNIERE NOUVELLE :

Europe 1, 17 h 53 :

Paul Vermusse annonce que Paris Hilton a été choisie pour incarner Jeanne d'Arc dans un remake américain.
Ce qui me permet de vous rappeler, en toute simplicité, que le vocable pucelle, de l'étymon latin classique puella > bas latin VIe siècle pulicella > fr. pucelle à partir du Xe siècle ne connote pas obligatoirement la virginité. Au moins jusqu'au XVIe siècle, "pucelle se dit simplement pour "jeune fille", comme le dit pudiquement le bon Littré, qui s'empresse d'ajouter que pour La Pucelle d'Orléans, "en cet emploi, pucelle n'est pas du style familier". Ce qui ne l'empêche pas de ranger cette acception sous sa rubrique 1 : "Terme familier. Vierge".

Une citation du même Littré peut aider à se faire une idée lexicale du problème, si j'ose dire :

"Les lits se font : les trois pucelles de Marolles [qui n'étaient plus pucelles] se couchent, et leurs maris après"
Extrait des Contes de Desper. (j'ignore de qui il s'agit), V, XVIe siècle.

Finalement, nous ne sommes guère plus avancés.


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