Premières de couverture

Publié le par Bernard Bonnejean

 

  A la petite Leslie qu'a rien compris au commerce
culturel libéral                                                      

On n'en prend vraiment conscience
 
jeudi 12 février 2009

 
qu'une fois franchie la porte d'une grande maison d'édition. Jusque là, on s'imaginait très naïvement que le succès d'un livre tenait exclusivement à son contenu. D'ailleurs, ce sont peut-être les mêmes défenseurs de cette thèse innocente  - il est vrai qu'elle était encore acceptable jusque dans les années quatre-vingt du défunt XXe siècle - qui vous parlent, sans aucune arrière-pensée, de la beauté intérieure d'une femme. Ce qui ne les empêche pas de partager une soirée agréable, voire un lit de rencontre avec une autre dontles atouts sont autrement plus sensuels qu'un grand bon coeur ou un QI démesuré. Du reste, - j'en connais un qui viendra peut-être nous rendre visite, l'entendant me reprocher mes sempiternelles digressions, sans comprendre que je procède toujours par association d'idées pour m'aider à fixer l'idée, la transmettre et la faire comprendre - les femmes sont les plus tentées par ce rejet des apparences au bénéfice de valeurs intrinsèques à chercher et à découvrir. Pourquoi éprouvent-elles donc ce besoin irrépressible, inscrit, pour ainsi dire, dans leurs gènes depuis la création du sexe et leur âge le plus tendre, de mettre en évidence, sans trop d'innocence, telle caractéristique physique propre à attirer le regard, à troubler et à séduire ? Soyons juste : la coquetterie nous est plus agréable qu'exaspérante. Si, parfois, elle n'a  pas l'agrément du mari, c'est qu'elle lui coûte sans lui être destinée.

Le rapport avec la littérature et avec le livre ? Il est évident ! Mais il vaut mieux le taire, si l'on veut sauvegarder les mythes. Un grand écrivain, fournisseur de dictées (consécration suprême d'une Colette, d'un Genevoix, d'un Gide [et pourtant !], d'un Maupassant...) ou, pour les poètes, de récitations (récompense post mortem de La Fontaine, champion toutes catégories de la IIIe  à la Ve République, de morceaux choisis de Corneille, Racine, Molière, Hugo, Verlaine [et pourtant !]) ne suppose, en amont, ni la reconnaissance des pairs ni les honneurs de l'Académie française ni même les lauriers de la critique contemporaine. Ils n'ont besoin que d'être institutionnalisés. Vous avez déjà récité du Voltaire, ou du Bossuet à la Communale ou chez les Jésuites ? Votre maître vous a dicté un passage de Beauvoir ou de Sagan ? Trop compliqué ? Bien moins que certains textes que l'Inspection générale a institué depuis des lustres comme aptes à torturer les cerveaux enfantins ou adolescents. Est-à-dire que Bossuet est moins fréquentable que Gide, par exemple ? Ou moins accessible ? Qui oserait soutenir pareille énormité ? Mais le fait est que le second est estampillé dans une catégorie à laquelle le premier n'a jamais eu accès. Et n'aura sans doute jamais accès, car ces valeurs-là, souvent irraisonnées, se transmettent de génération en génération sans que personne sache exactement pourquoi.

 

Ce qui revient à dire que cette institutionnalisation de la littérature, tout à fait arbitraire, n'a finalement que peu de rapport avec la valeur réelle, c'est-à-dire la valeur relative d'une oeuvre. La notoriété est fabriquée. Duquel de Le Clézio ou de Simon, tous deux écrivains français prix nobels de littérature, parierez-vous sur la pérennité au-delà de cinquante ans, de trente, de dix ? Qui l'emportera des deux ? Selon quels critères ? Quel professeur aura droit aux félicitations de l'inspecteur ponctuées par un "Il faut dire que vous avez choisi la facilité avec ce texte magnifique" ? Vous êtes incapables de le dire, car ni l'auteur ni l'oeuvre ni les lecteurs n'y sont pour rien. Encore que ces deux-là figureront probablement dans les manuels de lecture expliquée des collèges et lycées en tant que prix nobels de littérature. En un mot, ils auront été institutionnalisés "à l'international". Quant à être lus, quant à être élus, quant à être disséqués comme seuls peuvent le faire les professionnels de la critique scolaire moderne qui auront appris à mathématiser leurs sentiments sur les bancs des facultés selon une méthode dite structuraliste ?

Ce choix-là n'a rien d'intérieur. Il n'est pas inhérent à la beauté intérieure de l'auteur ou de l'ouvrage. Je n'irais pas jusqu'à dire qu'il est commercial. Mais je ne protesterais pas outre mesure si l'on avance qu'il y a un aspect commercial à ne pas dédaigner. Sinon, pourquoi mettre autant d'acharnement à esthétiser l'objet livre comme pour le maquillage d'une jeune fille à marier -  le grand Balzac, qui passe pour un moraliste avec son Père Goriot, à usage des collèges et des oraux de bac de français, aurait parlé du maquignonnage d'une pouliche à vendre ? Sand et lui auront osé condamner certaines alliances matrimoniales "arrangées", parlant de "prostitution légale".

M'avez-vous lu jusque là ? Non ? Je ne vous en veux pas : vous n'êtes pas vraiment concernés. Vous venez ici pour vous détendre et on vous sert un cours sur la réception de l'oeuvre littéraire. Vous êtes fatigués, éreintés. Vous avez fait l'effort d'éteindre la télé et voilà que vous ne trouvez ni le repos ni la paix  dans ces propos d'écrivain blogueur apparemment désabusé.

Certes, mais vous avez regardé les photos ! Ah ! Vous avez démontré par là que j'avais raison ! Tout est dans l'apparence ! Ne connaissez-vous personne qui vous ait affirmé un jour avoir "une belle bibliothèque" ? Le conjoint, toujours un peu moins passionné, vous aura sans doute précisé s'il s'agissait du meuble, des couvertures, des collections, des millésimes ? Les seuls dont vous aurez peut-être dénigré le snobisme, seront ceux qui vous auront ouvert leur goût pour le théâtre de Musset, en collection complète, ou leur tout-Shakespeare, ou leur tout-Céline-même-les-pamphlets-vendus-à-prix-d'or-à-Paris. Et pourtant, il en est probablement parmi ceux-là qui auront acheté l'auteur et son oeuvre davantage que le "chagrin" qui les habille.

Pourquoi les éditeurs accordent-ils parfois cette importance peu raisonnable dans la première de couverture ? Pas pour une raison littéraire, tout à fait secondaire, mais uniquement parce que, en bons commerçants, ils savent qu'il faut que ce soit un beau livre. Esthétiquement beau ! Un beau livre comme on dit un bel homme. Un beau jeune homme n'a pas besoin d'être profond pour être beau. C'est une question de fonction. Un beau livre n'est pas un bon livre. On peut très bien l'acheter parce qu'il rendra bien entre Apollinaire et Zola. Je n'ai rien contre. C'est même louable, en un certain sens, car cette complaisance au futile rend à la littérature son  caractère d'agrément et de fantaisie.

Si j'avais les moyens, j'achèterais un Modigliani parce que je pense qu'il irait bien avec mon mobilier et le dernier papier peint. Il se fait que j'aime aussi Modigliani pour Modigliani, mais c'est un peu secondaire. Que celui ou celle qui n'a jamais entendu dans une exposition "Il ferait bien dans le salon" me jette la première pierre ! Vexant pour l'artiste ? Allons donc ! Nous vivons une époque où la peinture se vend au centimètre (grand cadre, moyen cadre, petit cadre) !

Eh bien ! A défaut de vous offrir mes livres, je vous en offre les couvertures, oeuvres de Monsieur Patrick Legrand, le maquettiste des Editions du Cerf, un véritable artiste dont on ne parle jamais. Avec en cadeau, la maquette du dernier livre à paraître au printemps : Le dur métier d'apôtres. Je vous donnerai peut-être les clefs de chacune de ces premières dans de prochains billets. Merci d'avoir patienté si longtemps jusqu'à cette brève conclusion, qui, comme toutes ses semblables, ne conclut rien du tout.

Bernard Bonnejean






COUVERTURE D'UN OUVRAGE A PARAÎTRE


AU PRINTEMPS PROCHAIN

 

A LA SAINT-GLINGLIN

 

EN MAI OU JUIN PROCHAIN















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Evelyne Marcelin-Gabriel 27/10/2010 23:13



Hello, petit passage sur ton blog vraiment très bien fait bravo!! pourquoi le blog de Louyse 'n'est pas dans tes blog préféré?? sniff, c'est moi qui lui est monté!! bon j’arrête de te
taquiner, ce que je voulais te dire c'est qu'a chaque fois que je vois ta photo, je vois mon docteur traitant " le doc Bouzidh"..je ne suis pas croyante ça tu le sais, n’empêche que
les poèmes qui se trouvent dans 'Clio et ses poètes"..m'ont beaucoup touchée...kiss  



Bernard Bonnejean 28/10/2010 03:56



Quel idiot je fais !


Heureusement que mes amis sont là pour me rappeler à mes devoirs.


Merci LYneVe d'être passée et pour tout ce que tu me dis.


Bises