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Lundi 13 avril 2009 1 13 /04 /Avr /2009 00:04

 

ou la naissance d'un nouvel amour


Mon cher amour,

Tout, les aléas, les vicissitudes, les traverses, les afflictions, tout devait nous laisser étrangers l'un à l'autre. Non que tout nous séparât, mais que tout conspirait à empêcher notre rencontre. De mon côté, une tête chenue, un dos qui se voûte, des malaises inexpliqués, un coeur qui défaille parfois, sans compter le souci quotidien du possible manque ; du tien, la jeunesse, la beauté, l'allure, l'équilibre, et cette insatiable envie de vivre et de voyager que je ne puis satisfaire. Rien que ça (un détail pour beaucoup) aurait dû m'inciter à la prudence et à la plus extrême réserve.

L'amour, tu le sais, contrairement à ce qu'on en dit, est parfois égoïste. Toutes ces contrariétés, je les ai métamorphosées en autant de certitudes que je ne pourrais vivre sans toi.



Mes amis, bons garçons toujours un peu goujats, ont tenté de freiner mes ardeurs. Ils te trouvaient trop petite, comme si la taille comptait pour quelque chose dans le sentiment ; trop brillante, à supposer que cet éclat pût porter atteinte à mon humeur quand, au contraire, tu es le soleil de ma grisaille ; trop vive, trop dynamique, et, comble de mauvaise foi, pas assez gourmande... En fait, ils croyaient, les bougres, me détourner de toi en exagérant les contrastes, soulignant des qualités que je n'ai plus, tentant de les travestir en défauts à toi.

Si je t'aime, cher coeur, c'est peut-être parce que tu es mon complément indispensable, la faillite de ma sagesse, la poésie de ma raison. Je t'aime parce que tu es toi, et non pas moi. Et pas non plus toutes celles qui t'ont précédée.

Quand j'ai quitté Titine à Châlons-sur-Marne, dans un état de santé pitoyable, quasi inanimée, j'ai eu le coeur gros. Mais je la savais en bonnes mains, dans une maison convenable, à rendre de multiples services dans l'attente d'une retraite bien méritée. Près de quinze ans de vie commune, ça marque quand même. Il avait quand même fallu lui fournir des explications, à Titine, toutes les bonnes raisons pour lesquelles
je devais la quitter : des yeux jaunes d'hépatique, irrémédiablement ; une tendance excessive à la boisson ; sans compter que certains amis la trouvaient déjantée. Puis Totoche est venue, une capricieuse, fringante, pétillante de malice, drôle. Puis elle se mit, elle aussi, à râler au moindre effort, à avoir des problèmes de locomotion, une certaine tendance à s'affaisser, comme si elle se laissait aller, alors qu'en réalité, c'était déjà l'âge.




Pardonne-moi, mon amour, mais je ne serai pas ingrat envers ces deux-là. Nous sommes allés en Italie ensemble, en Espagne, à Bruges (tu te rappelles, Titine, comme c'était beau les canaux de Bruges-La-Morte ?) et presque partout en France.

Puis te voilà, toi. Les débuts furent difficiles. Ils se sont mis à deux pour favoriser notre rencontre. Deux entremetteurs sympas, experts chacun dans son domaine. Le premier, Samuel Caillot, un vendeur du garage Renault de Saint-Berthevin près de Laval (53) ; la seconde, Natacha Dufilhol, une conseillère de la DIAC, dont l'action fut déterminante dans notre liaison.

Il faut quand même que je te l'avoue, mon amour, ma Précieuse. Ma décision était prise avant même que Samuel ne me propose de te prendre à l'essai. Mais à peine t'ai-je eue en mains que ce fut le coup de foudre ! Restait, car il faut bien en revenir à ces histoires de gros sous, l'aspect financier : Natacha me prêta la somme nécessaire à ta dot, si je puis dire, à un taux défiant toute concurrence (TEG 3,9 sur 3 ans !!), une somme sans laquelle nous nous serions regardé l'un l'autre sans jamais nous aborder.

Et nous nous sommes juré fidélité jusqu'à ce que mort s'en suive.

Notre amour ne peut demeurer caché, aussi me permettras-tu de te présenter à mes amis :

FERRARI 360, CHALLENGE
"Eh ! oh ! Les giboles, ça va ? Même en miniature, tu vas pas nous faire gober ça, hein !"

Bon ! Je recommence !
[...] aussi me permettras-tu de te présenter à mes amis :


Papa : Renault, 34 Avenue de Paris, 53941 Saint-Berthevin Cedex 02 43 01 22 22
Maman : DIAC (voir avec les papas), ou éventuellement 04 78 17 77 95
Parrain : Samuel Caillot 06 14 19 79 98 de chez papa Renault
Marraine : Natacha Dufilhol de chez maman DIAC.

[Ben, mon vieux ! Il s'emmerde pas l'écrivain au chomdu ! Tu vois, Fernande où qu'il passe le bouclier fiscal ? Merde, pendant qu'on trime, lui i'vit de la sécu et des alloc !! J's'rais l'gouvernement, j'te foutrais tous ces parasites à l'usine, moi, et qu'ça saute, et plus vite que ça ! Et allez, par charrettes entières ! Et à pinces qu'i z'iraient, comme tout l'monde ! Et si i' manifestent, contre un mur, à coup de mitraillette. Et bon débarras ! Mais les Français sont trop cons ! I'croivent encore au père Noël ! Ah ! si on avait écouté Le Pen, j'aime autant t'dire qu'on n'en serait pas là !
Comment ça j't'agace ? Y'a jamais moyen d'discuter politique avec toi ! J'ai pas essuyé la vaisselle ? Je discute sérieusement là  et tu viens m'embêter avec ta vaisselle !!! La vaisselle, elle attendra ! Non mais alors ! La vaisselle !!...]

Précieuse et moi, nous vous disons à bientôt, les amis,

Bernard Bonnejean


Par Bernard Bonnejean - Publié dans : arts plastiques - Communauté : Les Zinzins d'Over
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