BONNE ANNÉE 2015

Publié le par Bernard Bonnejean

 

Voilà, c’est fait ! Nous sommes passés à l’impair. Pour les nostalgiques que tenterait le regret du pair, qu’ils pensent à Verlaine :

 

 

De la musique avant toute chose,

Et pour cela préfère l'Impair

Plus vague et plus soluble dans l'air,

Sans rien en lui qui pèse ou qui pose.

 

Et, sacré bon sang !, Dieu sait s’il fut bien lourd et bien pénible ce 2014 ! Ne lui ont manqué aucune obscénité, aucune vilenie, aucune violation à l’honneur minimal, aucun manquement à l'humanité fondamentale, au nom d'Allah et d'un prophète qui, l'un et l'autre, ne trouveraient pas pire s'ils voulaient nous dégoûter à tout jamais de leur existence. Au reste, il faut le dire, le redire et raison garder : tous les catéchismes de toutes les fois proclament que le fondement universel de leur doctrine est l'Amour. Si l'Islam est aujourd'hui réduit au rapt et au viol de jeunes filles pour s'affirmer, au meurtre d'innocents dont la seule faute fut d'être là, au massacre d'enfants dans les villes et les écoles pour assurer son pouvoir et sa suprématie, l'Islam est mort ! Jamais un Etat fort voire tyrannique, jamais un système politique, une théorie philosophique ou religieuse, jamais une saine idéologie qui se sent assez forte pour subsister n'a jamais commis d'Oradour. La barbarie est un aveu d'impuissance et ce signe de faiblesse a toujours signé leur fin. 

 

 

 

L’Islam est mort, dis-je. Mais est-ce l’Islam, ce dépotoir de tous les déserteurs et de tous les vendus d’un monde passé, d’une histoire finie, de ces armées de fortune, conséquences indirectes de victoires et de traités. Qui ne comprendra jamais que les cadres de Daech sont les vaincus sunnites de l’armée de Sadam Hussein qui, restés sans emploi, se sont attachés, contre espèces sonnantes et trébuchantes, à donner dynamisme et efficacité à une armée de substitution ? En effet, évoquer Daech – ou Al-Qaïda, Boko Haram et autres dépendances – c’est convoquer la figure désespérante et honteuse des Grandes compagnies du XIVème siècle ou de ces foules de soudards bestialisés connues sous le nom d’ « Écorcheurs » dans la France du XVème siècle, issues de deux traités de paix, Brétigny et Arras. Aurait-on pu imaginer Daech au service du bien ? Sans doute, pour peu que le bien eût été payé à un prix satisfaisant.

 

 

Quel est l’intérêt de l’Islam, d’Allah dans ce commerce ? Rappelons ce qu’est le mercenaire : « un combattant de métier recruté moyennant finance par un État, une entreprise, un mouvement politique ou toute autre organisation légale ou non, en-dehors du système statutaire de recrutement militaire d'un pays ». En outre, ce combattant doit avoir un « avantage personnel » sous forme de « rémunération nettement supérieure à celle » des homologues de l’armée régulière. Dieu n’a jamais recruté quiconque contre de l’argent. Ce sont là procédés du diable. Alors, l'Islam des Islamistes n'est pas l'Islam et le moins que l'on puisse demander au monde musulman qui n'est pas encore tombé aux mains de cette horde de sauvages sataniques est de nous aider à les éliminer. Ce n'est pas l'Occident contre l'Orient, mais la Civilisation contre la sauvagerie, l'humanité contre la bestialité. 

 

C’est dans ce contexte qu’il faut comprendre ce texte étonnant que Zola écrivit en préface de « Mes Haines » en 1866 :

 

La haine est sainte. Elle est l’indignation des cœurs forts et puissants, le dédain militant de ceux que fâchent la médiocrité et la sottise. Haïr c’est aimer, c’est sentir son âme chaude et généreuse, c’est vivre largement du mépris des choses honteuses et bêtes. La haine soulage, la haine fait justice, la haine grandit.

 

Haïr par amour... Comprenne qui pourra ! Nous reviendrons bientôt sur une notion de "haine" plus académique. 

 

L’Impair se présente donc à nous dans toute sa pureté de nouveau-né. Et Musset a beau dire

 

L'homme est un apprenti, la douleur est son maître, et nul ne se connaît tant qu'il n'a pas souffert

 

nous laisserons à 2015 le temps de naître, de grandir et de vivre avant de le charger d’afflictions et d’amertume.

 

2015… Un nombre de bon augure, me semble-t-il. Parmi toutes les dates emmagasinées dans nos esprits d’écoliers, une seule a su résister à l’oubli. Imaginez un grand gaillard de 21 ans, successeur d’un roi fils de poète, aussi fine lame que vrai lettré, aussi beau que fort, un prince pour conte de fées, tout juste couronné le 25 janvier. Il a décidé, le bougre, de faire valoir les droits de son épouse Claude sur le Milanais. Il est soutenu par Venise et s’est assuré la neutralité de l’Angleterre et de Charles Quint. La Trémoille et Bayard conduisent les nobles français aidés de gascons, navarrais, allemands, et mercenaires de Pays-Bas. En face, il y a surtout des Suisses, peu motivés à vrai dire à tel point que Bernois, Fribourgeois, Valaisans et Soleurois rentrent chez eux avant de livrer bataille. Et quelle bataille que celle de Marignan 1515 ! Deux jours de combat acharné : les jeudi et vendredi 13 et 14 septembre, le roi François Ier, en personne, à la tête de la cavalerie. Le chevalier Bayard, « sans peur et sans reproche », échappe de justesse à la mort. Le lendemain, après la victoire, il adoubera le roi.

 

Parmi les conséquences multiples de cette victoire, certaines sont encore d’actualité. D’une part, les cantons suisses signent une paix perpétuelle avec la France ; d’autre part, c’est le roi (le président de la République aujourd’hui) qui nomme les évêques confirmés par le pape. Et un certain Léonard de Vinci deviendra le plus français des Italiens et mourra, le 2 mai 1519, sous un toit pentu couvert d’ardoises — un toit "à l’italienne" — du château du Clos Lucé d’Amboise. Giorgio Vasari le fait mourir dans les bras de François Ier. Pourquoi pas ? Il est des légendes qu’il faut perpétuer.

 

En cette année 2015, j’espère qu’on n’oubliera pas de commémorer le 500ème anniversaire de la victoire de Marignan, parce que, à y regarder de près, c’est un peu une victoire universelle malgré les quelque 10 000 Suisses qui y périrent. Combien de leurs descendants ont échappé à la mort violente sur un champ de bataille après la paix perpétuelle de Fribourg du 29 novembre 1516 ? Est-il des défaites bénéfiques comme il existe des victoires à la Pyrrhus ?

 

En 1510, le pape Jules II avait versé une forte somme et une promesse de pensions annuelles aux mercenaires suisses pour qu'ils ouvrent les hostilités contre le roi de France. Aujourd'hui que François 1er est pape (curieux, tout de même !), il s'allie en quelque sorte avec le monde libre et civilisé auquel il n'interdit pas le droit de se défendre. Sans jamais prononcer le mot guerre, il réactualise la notion de guerre juste, laissée dans l'oubli pendant des décennies : 

 

Dans ces cas où il y a une agression injuste, je peux seulement dire qu’il est licite d’arrêter l’agresseur injuste. Je souligne le verbe : arrêter. Je ne dis pas bombarder, faire la guerre, mais l’arrêter. Les moyens par lesquels on peut arrêter, devront être évalués.

 

Le devoir du monde occidental et chrétien, – n’en déplaise aux néo-obscurantistes agnostiques et athées qui font de la lutte antireligieuse leur fonds de commerce –, est avant tout de protéger sa culture et jusqu’à l’existence et à la vie de sa communauté et de ses âmes. Il lui est aussi demandé de défendre les intérêts communs des populations qui lui sont attachées par les convictions, les croyances et les traditions. Il est enfin licite de considérer l’extension de cette assistance à nos frères d’au-delà de nos frontières : pas seulement les chrétiens et yézidis d’Irak qui ont fait la une cette année mais aussi, le saviez-vous, les 1213 chrétiens assassinés en Syrie et les 612 au Nigeria, pour ne parler que de ceux-là.

 

Alors, un jour, et seulement ce jour-là, après que nous serons enfin venus à bout d’une des plus monstrueuses des folies, la haine pourra changer de sens et de destination. Et Zola, sans se contredire, aura pu écrire trente ans après dans le Figaro du 16 mai 1896 :

 

Désarmons nos haines, aimons-nous dans nos villes, aimons-nous par-dessus les frontières, travaillons à fondre les races en une seule famille, enfin heureuse ! Et mettons qu’il faudra des mille ans, mais croyons quand même à la réalisation finale de l’amour, pour commencer du moins à nous aimer aujourd’hui autant que la misère des temps actuels nous le permettra. Et laissons les fous, et laissons les méchants retourner à la barbarie des forêts, ceux qui s’imaginent faire la justice à coups de couteau.

 

Emile Zola adolescent projetait d’être poète à une époque où la poésie était encore un genre noble. Puis, il trouva que l’homme « se ressent trop de la fange, sa mère » et abandonna son projet pour le roman naturaliste. François Ier, le roi de Marignan, lié à un poète resta lui-même poète. Le père de son prédécesseur, Louis XII, était Charles d’Orléans. Pour célébrer la nouvelle année, je vous propose de l’inaugurer avec la poésie de ce prince dont le thème est le temps qui passe :

 

Qui ? Quoy ? comment ? à qui ? pourquoi ?

Passez, presens, ou avenir,

Quant me viennent en souvenir,

Mon cueur en penser n’est pas coy.

Au fort, plus avant que ne doy,

Jamais je ne pense en guerir.

Qui ? quoy ? comment ? à qui ? pourquoi ?

Passez, presens, ou avenir,


On s’en peut rapporter à moy

Qui de vivre ay eu beau loisir,

Pour bien aprendre et retenir,

Assez ay congneu, je m’en croy.

Qui ? Quoy ? comment ? à qui ? pourquoi ?

Passez, presens, ou avenir.

 

Vous aussi, chers amis, ayez en cette belle et bonne année 2015 « beau loisir » de vivre « pour bien apprendre et retenir » ce qu’elle vous offrira d’expérience nouvelle et ce qu’elle assurera d’expérience passée.

 

Bernard Bonnejean

 

 

(Parfois, le passé resurgit miraculeusement sans qu’on l’y invite. J’ai voulu vérifier l’orthographe du poème de Charles d’Orléans et je suis tombé sur la version de Joye, une américaine que j’ai bien connue sur fr.lettres.langue.francaise il y a quelque quinze ans. Elle écrivait ceci : « En cherchant à ré-écrire un rondeau de Charles d'Orléans, je suis tombée sur ce joli "congneu" que j'interprète comme « connu ». Joli, non ? Si quelqu'un voulait bien revoir ma version à moi, je lui serais reconnaissante. Voici la v.o. et ma transcription qui suit chaque strophe ».
Et parce qu’il faut bien que le temps fasse son office, le modérateur du site a ajouté : « Il y a dix ans. Trop ancien pour répondre »

Eh bien, vous vous trompiez ! Bonne année aussi à toutes les Joye).


Et puisqu’il est aussi question de nostalgie, vous lirez avec plaisir ce qui se disait sur les ancêtres de facebook dans les années 2000. Ce seront mes étrennes :

 

https://groups.google.com/forum/#!topic/fr.lettres.langue.francaise/9dhd5FxO7iQ

 

Publié dans Bonne année 2015

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