LAMENTABLE

Publié le par Bernard Bonnejean

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De Gaulle avait coutume de se plaindre des Français. Peut-être parce que les aimant il exigeait d’eux plus qu’ils n’étaient capables de fournir. Dans ses "Maximes et Pensées", Chamfort a fort bien dit que la plus belle fille du monde ne peut donner que ce qu'elle a. Or, dans le trousseau de Marianne, on n’a jamais pu trouver la discipline et la déférence. C’est ainsi et avant de se lancer dans une carrière politique hexagonale il vaut mieux tenir compte de ce paramètre.

Parmi les griefs du général il y avait le fait que la France, pensait-il, est ingouvernable. Il l’expliquait avec humour par la variété de ses fromages. Mais on aura beau jeu de souligner que le même qui s'est écrié : « Comment voulez-vous gouverner un pays où il existe plus de 300 sortes de fromages ? » a déclaré par ailleurs : « Un pays qui produit plus de 365 sortes de fromages ne peut pas perdre la guerre », du moins si l'on en croit Abdelkader Amiri. Finalement, ce pays qui s'enorgueillit de produire une si grande variété ne saurait se satisfaire d'une technique unique de fabrication, si parfaite soit-elle, applicable à tous. Autrement dit, deux têtes valent mieux qu'une et quelques dizaines de millions mieux que deux.

Soyons honnêtes : le Français a hérité du caractère gaulois une surprenante allergie à tout ce qui est de l’ordre de la règle commune. Sur le plan militaire, César a bien compris que le désordre, l'indiscipline et la désunion ont été causes que nous ne sommes plus gaulois, si j'ose dire. Chez nous, l’individualisme est si fort que toute loi ne peut apparaître que comme une source de coercitions, une atteinte à la liberté individuelle.

Mais j’avoue que nous avons atteint aujourd'hui la limite de l’absurde. Ce pays est vraiment devenu ingouvernable non pas parce que les Français ne peuvent être gouvernés par la faute de leur caractère. Il l’est parce que c’est le gouvernement lui-même qui est devenu ingouvernable. Incontrôlable, certes, mais aussi ingouvernable, j’y insiste.

Quel est le processus habituel qui préside à l’action politique ? Le Président de la République en accord avec son premier ministre lui-même après consultation de ses ministres fait une proposition de réforme. Si le jeu en vaut la chandelle, on prépare le public à l’accepter avant même de la soumettre au parlement. En résumé, on tâte le terrain. Partisans et adversaires ont le temps de fourbir leurs armes, d’affuter les lames, de parer les coups pour mieux en asséner, de bâtir une argumentation logique, solide et, si possible, implacable. Deux camps vont s’affronter : la majorité et l’opposition, autrement dit les pour et les contre, avec quelques nuances possibles qui permettront des ajustements et des amendements.

Or, que s’est-il passé ces jours-ci ? M. Emmanuel Macron, présentement ministre de l’Economie, semble lancer un débat sur une réforme de l'assurance chômage. Une vraie réforme, assurément, puisqu’elle s’établira sur une réflexion juste et réaliste « sans tabou, ni posture ». On pourrait croire qu’il est là le porte-parole du gouvernement et de l’Élysée et que cette première attaque à peine déguisée touche la droite. Surprise (ou pas !) : c’est Jean-Christophe Cambadélis qui rétorque au nom du parti socialiste, le parti de M. Macron : « La gauche n'a pas de tabous mais elle a quelques totems. En particulier le fait que quand un président de la République s'exprime, les ministres appliquent ». Serait-ce que, avant même que l’opposition ait pris le temps de la réflexion et de la lutte prévue à organiser, le ministre n'ayant parlé qu'en son nom propre sans avoir consulté l’Elysée se voit contré d'emblée par son propre camp ?

En fait c’est pire que ça. Le gouvernement ne gouverne plus ; il s’oppose. Le gouvernement contre le gouvernement ? Mais c'est idiot ! Oui, mais c'est ainsi ! Et pour exprimer son mécontentement, on prend le pays à témoin quitte à le plonger dans un état proche du dérèglement intellectuel et psychologique.

Le problème n’est pas que je sois pour ou contre la réforme possible de l’assurance chômage. Mais je demande qu’on m’explique pour que je me fasse une opinion avant de retirer ce qui n'est même pas encore un projet ! De quoi ont l’air ces manifestations de plus en plus fréquentes d’aller-retours, de retours en arrière, de volte-face soudaines ?

Oui, c’est ridicule et lamentable. Chaque Française, chaque Français devrait avoir le temps de s'informer, de juger et de statuer sur les questions essentielles. Sinon qu'on ne vienne pas se plaindre, hypocritement, du fort taux d'abstention lors des consultations électorales.

On ne retire pas l’os du chien avant qu’il l’ait reniflé au risque de le rendre méfiant, puis méchant !

Ce qui me rend particulièrement maussade dans cette histoire, c’est que les chômeurs, par définition, sont les seuls à qui on puisse imposer ce genre d’attitude désinvolte et méprisante sans risquer de réprésailles en retour : la grève n'est un droit que chez ceux qui travaillent. Et ça, jouer ainsi sur cette impunité, quand j'y pense c’est de la lâcheté !

Bernard Bonnejean

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